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Coup d’État à Madagascar : le colonel Mickael prend le pouvoir, Andry Rajoelina exfiltré à l’étranger

Libreville, Lundi 13 octobre 2025 – (Infos Gabon) – C’est désormais officiel : le colonel Mickael Randrianirina est le nouveau “Chef de l’Etat” de Madagascar. Il a pris le contrôle du pouvoir ce lundi 13 octobre 2025 à Antananarivo, à la suite d’une insurrection populaire déclenchée “Gen Z” contre la cherté de la vie, le chômage et le mécontentement social généralisé.

L’ancien président Andry Rajoelina, au pouvoir de 2009 à 2014 en tant que président de la Transition puis président de la République depuis 2019, a été exfiltré par l’armée française dimanche dans la matinée, selon plusieurs sources diplomatiques et militaires concordantes.

Un soulèvement populaire sans effusion de sang

Les événements ont pris une tournure décisive ce week-end.
Après plusieurs semaines de manifestations massives dans la capitale et dans les grandes villes du pays conduites par “Gen Z”, les forces de sécurité ont refusé d’obéir à l’ordre présidentiel de tirer sur les manifestants, selon des sources internes à l’armée. “Les militaires ont fait le choix de protéger le peuple, non de le combattre”, confie à la presse un officier proche des “nouveaux dirigeants”.

Ce basculement a ouvert la voie à une prise de pouvoir sans effusion de sang, saluée dans les rues d’Antananarivo par des milliers de citoyens en liesse. Des témoins parlent d’une ambiance de délivrance : les soldats, acclamés, ont sécurisé les bâtiments publics avant de hisser le drapeau national au-dessus.

Le colonel Mickael, nouvel homme fort

Peu connu du grand public avant ces événements, le colonel Mickael Randrianirina, 47 ans, dirigeait jusqu’ici une unité d’élite de la Garde nationale. Dans une brève allocution retransmise par la télévision nationale malgache, il a souhaité la mise en place prochaine d’un Conseil de transition nationale chargé de “restaurer la confiance du peuple dans les institutions”.

“Nous ne sommes pas venus pour confisquer le pouvoir, mais pour le rendre au peuple malgache”, a-t-il déclaré, promettant un processus de transition pacifique et des élections libres dans un délai raisonnable.

La chute de Rajoelina

Le départ précipité du président Rajoelina marque la fin d’un cycle politique houleux. Ancien disc-jockey devenu maire de la capitale puis chef de l’État après le coup d’Etat de 2009, il laisse derrière lui un pays économiquement exsangue et profondément fracturé.

Ces dernières semaines, les pénuries d’eau, d’électricité et de carburant, conjuguées à la flambée des prix des denrées alimentaires, avaient cristallisé la colère populaire. Selon une source diplomatique européenne, Paris aurait facilité l’exfiltration du président d’abord vers l’île de La Réunion, avant de prendre une autre destination “sûre” pour “éviter un bain de sang”. L’Élysée n’a, pour l’heure, pas confirmé cette information.

Une transition dans le calme, inspirée du modèle gabonais

Le colonel Mickael a promis de “tirer les leçons des transitions africaines récentes”, allusion faite implicitement à “l’exemple du Gabon”, où le général Brice Clotaire Oligui Nguema avait pris le pouvoir en août 2023 “sans effusion de sang ni violence”.

Comme au Gabon, les militaires malgaches affirment ne pas vouloir instaurer une junte permanente, mais remettre le pays sur la voie d’une gouvernance civile.

“C’est un signal fort à l’échelle du continent : les soldats rappellent qu’ils sont d’abord au service du peuple, pas des régimes”, commente un politologue malgache.

Toutefois, les partenaires internationaux appellent déjà à la prudence. L’Union africaine et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ont condamné “toute prise de pouvoir anticonstitutionnelle”, tout en invitant “les nouvelles autorités à préserver la stabilité et les droits fondamentaux”.

Un pays suspendu à la suite des événements

Dans les rues d’Antananarivo, le calme est revenu, mais les espoirs restent mêlés d’incertitude. Les banques et les administrations rouvrent timidement. Les écoles restent fermées.

Les Malgaches, éprouvés par la crise économique et les scandales politiques à répétition, attendent désormais les premières mesures du “nouveau pouvoir” : lutte contre la vie chère, réforme de la fonction publique, relance agricole et sécuritaire.

“Nous voulons juste vivre dignement”, résume Razana, une institutrice de 28 ans. “Peu importe l’uniforme, du moment qu’ils tiennent leurs promesses.”

Un coup d’État sans effusion de sang, mais pas sans conséquences

Ce renversement de régime, intervenu sans affrontement, marque une nouvelle étape dans la vague de transitions militaires en Afrique. Après le Mali, le Niger, le Burkina Faso, la Guinée et le Gabon, Madagascar devient le sixième pays africain en quatre ans à voir l’armée reprendre le pouvoir sous pression populaire.

Reste à savoir si le colonel Mickael Randrianirina saura tenir sa promesse : rendre le pouvoir aux civils, dans la paix et la transparence.
Le peuple malgache, lui, n’attendra pas éternellement.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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