Gabon : Abidjan, le laboratoire africain qui inspire le Gabon
Libreville, Vendredi 07 Août 2026 (Infos Gabon) – La visite du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema en Côte d’Ivoire prend une dimension qui dépasse le simple déplacement diplomatique.
En parcourant plusieurs infrastructures emblématiques d’Abidjan, le chef de l’État a choisi de regarder concrètement ce que produit une politique de transformation urbaine lorsqu’elle associe grands équipements, innovation technologique, investissement privé et prise en compte des populations. Une démarche qui dessine une diplomatie moins protocolaire et davantage tournée vers l’apprentissage opérationnel.
Au cours de cette journée du 6 août 2026, le président gabonais s’est rendu sur plusieurs sites illustrant les mutations économiques et urbaines engagées par la Côte d’Ivoire. De la future représentation diplomatique gabonaise aux installations industrielles de SHIBA, en passant par la Tour F, le quatrième pont d’Abidjan et les zones de recasement des populations, le parcours présidentiel ressemblait à une immersion dans un modèle de développement africain dont Libreville entend tirer des enseignements.
Voir ce qui fonctionne pour mieux construire chez soi
Première étape, le site destiné à accueillir la future résidence de l’ambassadeur du Gabon et les logements de certains diplomates gabonais. Le projet, engagé par le passé mais resté inachevé, a fait l’objet d’un constat présidentiel direct. Estimant nécessaire de repartir sur de nouvelles bases, Brice Clotaire Oligui Nguema a instruit la démolition des ouvrages existants et le lancement d’un nouveau projet.
Le choix est révélateur d’une méthode. Plutôt que de prolonger un chantier devenu inadapté, l’exécutif entend redéfinir l’infrastructure selon de nouvelles exigences. Derrière cette décision se trouve aussi une question d’image. Une représentation diplomatique constitue une vitrine de l’État à l’étranger et doit, selon cette vision, être à la hauteur de la place que le Gabon souhaite occuper.
La visite de l’usine SHIBA a ensuite déplacé le regard vers l’industrie. Spécialisée dans la fabrication de sacs en papier kraft, d’emballages et de contenants, cette unité entièrement financée par des capitaux ivoiriens illustre la capacité du secteur privé national à participer à la transformation économique.
Pour le Gabon, l’intérêt dépasse la découverte d’une entreprise. Il réside dans le modèle de création de valeur locale, la transformation industrielle et la possibilité de développer des partenariats fondés sur des savoir-faire africains. La Côte d’Ivoire devient ainsi un terrain d’observation, mais également un potentiel réservoir d’expériences directement transposables.
Des infrastructures qui racontent une ambition
La visite de la Tour F de la cité administrative a donné une autre mesure de la transformation d’Abidjan. Présentée comme appelée à devenir le plus haut immeuble d’Afrique subsaharienne, elle symbolise une ambition urbaine qui cherche à inscrire la capitale économique ivoirienne dans une nouvelle échelle de développement.
Le président gabonais a salué les transformations engagées par son homologue Alassane Ouattara, tout en affirmant que le Gabon s’inscrit lui aussi dans une dynamique de modernisation. Le message dépasse les relations bilatérales. Il traduit une conviction selon laquelle les réussites africaines peuvent désormais constituer des références pour d’autres pays du continent.
Le quatrième pont d’Abidjan offre peut-être l’exemple le plus directement exploitable pour Libreville. Le chef de l’État y a observé le fonctionnement du péage intelligent, du centre de supervision et des dispositifs de gestion du trafic et d’intervention d’urgence.
Cette infrastructure montre que la modernisation urbaine ne se limite pas au béton. Elle repose également sur les données, la surveillance des flux, les technologies de gestion et la capacité à intervenir rapidement lorsque survient un incident. Pour une capitale gabonaise confrontée à ses propres défis de mobilité, cette dimension technologique présente un intérêt particulier.
L’autre leçon d’Abidjan, ne pas construire contre les populations
La dernière étape de la visite apporte une dimension essentielle à cette politique d’infrastructures. Le président s’est rendu sur les sites destinés au recasement des populations affectées par les grands projets, notamment par la construction du quatrième pont.
Cette séquence est probablement l’une des plus importantes sur le plan politique. Une infrastructure spectaculaire ne peut être considérée comme une réussite durable si elle produit, en parallèle, une dégradation des conditions de vie de ceux qu’elle déplace. L’expérience ivoirienne observée par la délégation gabonaise met ainsi en évidence la nécessité d’intégrer l’accompagnement social à la conception même des grands projets.
C’est précisément ce qui donne à cette visite une portée stratégique. Le Gabon ne cherche pas seulement à admirer les réalisations ivoiriennes. Il cherche à comprendre les mécanismes qui permettent de passer d’une ambition politique à une réalisation concrète.
Cette approche correspond à une diplomatie de résultats fondée sur le partage d’expériences plutôt que sur les seuls échanges protocolaires. Elle ouvre surtout une question essentielle pour Libreville. Quels enseignements tirés d’Abidjan peuvent désormais être adaptés aux réalités gabonaises, avec quels financements, quelles compétences et quel calendrier d’exécution ?
La véritable réussite de cette visite se mesurera à cette capacité de transposition. Car l’Afrique n’a plus seulement besoin de dirigeants qui visitent les réalisations des autres. Elle a besoin de dirigeants capables d’en comprendre les ressorts, d’en éviter les erreurs et de transformer les bonnes pratiques continentales en projets utiles à leurs propres populations.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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