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Gabon – Affaire Bounda Balonzi : l’ex-ministre des Travaux publics face à des accusations devant la justice

Libreville, Lundi 22 Décembre 2025 (Infos Gabon) – Le Tribunal correctionnel spécialisé de Libreville a tenu, vendredi 19 décembre 2025, une audience très attendue dans l’affaire opposant l’État gabonais à l’ancien ministre des Travaux publics, Léon Armel Bounda Balonzi, et à son coaccusé, Abdel Moussavou, directeur général de la société ZEN BTP.

Les deux hommes sont poursuivis pour blanchiment de capitaux, violation des procédures d’octroi des marchés publics et association de malfaiteurs. À l’issue des débats, le dossier a été mis en délibéré au 9 janvier 2026.

L’audience s’est ouverte au Palais de justice de Libreville par l’appel des accusés à la barre, suivi de la lecture de l’arrêt de renvoi rappelant les chefs d’accusation. Le juge a ensuite donné le coup d’envoi des débats, marqués par de longs échanges entre la juridiction, le ministère public, les avocats de l’État et ceux de la défense.

La passation du marché du marché de Potos au cœur des débats

Invité à se présenter, Léon Armel Bounda Balonzi a retracé sa biographie avant de répondre aux questions du tribunal. Interrogé sur les conditions d’attribution du marché de réhabilitation du marché de Potos à Franceville, l’ancien ministre a soutenu avoir respecté l’ensemble des procédures prévues par le Code des marchés publics.

Le juge l’a cependant confronté à une incohérence majeure : pourquoi avoir privilégié l’offre de la société ZEN BTP, estimée à trois milliards de francs CFA, alors que l’entreprise SOCOBA avait proposé un montant de 900 millions de francs CFA ? En réponse, l’accusé a invoqué l’expérience et la capacité technique de ZEN BTP.

Le magistrat a alors souligné que cette société ne figurait pas dans les fichiers de référence de l’État gabonais, contrairement à SOCOBA, ce qui a suscité de nouvelles interrogations sur la régularité de la procédure.

Le rôle présumé d’un conseiller à la présidence

La lecture du procès-verbal de l’enquête préliminaire a constitué un moment clé de l’audience. Le juge y a rappelé des déclarations dans lesquelles Léon Armel Bounda Balonzi reconnaissait avoir été instruit par un certain Ian Ngolou pour attribuer le marché à Abdel Moussavou, directeur général de ZEN BTP.

Le ministère public a alors demandé à l’accusé de préciser les fonctions exercées par Ian Ngolou à l’époque des faits et de dire s’il était habilité à donner des instructions en matière de passation des marchés publics. L’ancien ministre a répondu que ce dernier était conseiller à la présidence et qu’il lui avait simplement suggéré de consulter l’entreprise.

Toutefois, le juge a de nouveau cité le procès-verbal, dans lequel l’accusé déclarait se sentir « redevable » envers Ian Ngolou, qu’il présentait comme étant à l’origine de sa nomination au poste de ministre.

Des manquements aux exigences du Code des marchés publics

Interrogé par les avocats de l’Agence judiciaire de l’État, Léon Armel Bounda Balonzi a reconnu que ZEN BTP ne remplissait pas les critères requis pour l’attribution des marchés publics, tout en affirmant que l’entreprise disposait d’une expérience dans les travaux publics.

Les conseils de l’État ont alors rappelé les dispositions de l’article 64 du Code des marchés publics, qui encadre strictement les conditions d’éligibilité des entreprises. L’accusé a par ailleurs indiqué avoir lancé un appel d’offres déclaré infructueux, sans juger nécessaire de procéder à une relance.

Le juge a cependant relevé, toujours sur la base du procès-verbal d’enquête, que l’ancien ministre aurait imposé la reconnaissance de ZEN BTP au directeur général des Travaux publics, en violation de l’article 60 du Code des marchés publics.

Soupçons de blanchiment de capitaux

Sur le volet financier, Léon Armel Bounda Balonzi a expliqué avoir passé 33 mois au gouvernement, percevant un salaire trimestriel de 45 millions de francs CFA, et a indiqué que certaines ressources provenaient d’aides familiales.

Le ministère public a alors demandé des éclaircissements sur l’origine des fonds ayant permis l’acquisition d’une maison à Fougamou. L’accusé a soutenu que ses revenus salariaux suffisaient à justifier cet achat.

Les aveux du dirigeant de ZEN BTP

Appelé à la barre, Abdel Moussavou, directeur général de ZEN BTP, a reconnu avoir perçu 2,4 milliards de francs CFA pour la réhabilitation du marché de Potos. Il a également admis avoir été recommandé par Ian Ngolou et avoir obtenu ce marché sans fournir de caution bancaire.

Les avocats de l’État ont qualifié ces faits de violations manifestes des règles de passation des marchés publics, rappelant les dispositions des articles 210, 213 et 234 du Code des marchés publics, qui rendent obligatoire la présentation d’une caution bancaire.

Réquisitions sévères et plaidoiries de la défense

À l’issue des débats, les avocats de l’État gabonais ont plaidé la culpabilité des accusés et demandé leur condamnation à verser à l’État la somme de deux milliards cinq cent quatre-vingt-dix millions sept cent quatre-vingt-sept mille francs CFA.

Dans ses réquisitions, le ministère public a requis la confiscation des biens de l’ancien ministre, une amende de 110 millions de francs CFA ainsi qu’une peine de quatre ans d’emprisonnement ferme.

La défense, pour sa part, a soulevé l’incompétence du Tribunal correctionnel spécialisé. Elle a soutenu que la plainte relative à la non-réalisation des travaux était irrecevable, le marché ayant été exécuté à 97 %, les 3 % restants étant, selon elle, indépendants de la volonté du prestataire. Les avocats ont également mis en cause la responsabilité du Trésorier payeur général pour les questions financières et produit des documents attestant que l’ex-ministre avait déclaré ses biens à la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite.

Verdict attendu en janvier

Après les plaidoiries, le tribunal a mis l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu pour le 9 janvier 2026, une décision qui sera très suivie dans un contexte de lutte renforcée contre la corruption et les infractions économiques au Gabon. L’ancien ministre et son coaccusé sont en détention préventive depuis plusieurs mois.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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