Gabon – AGASA : derrière la grève, un réseau d’intérêts en péril
Libreville, Jeudi 9 octobre 2025 (Infos Gabon) – Alors que la grève paralyse l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) depuis plusieurs semaines, les dessous du mouvement révèlent un affrontement bien plus profond qu’une simple crise sociale.
Derrière les slogans syndicaux, des soupçons de sabotage interne et de résistance à la réforme secouent une institution longtemps gangrenée par les pratiques opaques. Entre assainissement voulu par la direction et défense d’intérêts anciens, l’AGASA est devenue le théâtre d’une lutte pour le contrôle d’un secteur stratégique.
Ce qui se joue actuellement au sein de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) dépasse la simple agitation syndicale. Derrière la grève lancée par le Syndicat national des travailleurs de l’alimentation et de l’agroalimentaire (SYNATA), plusieurs sources internes évoquent une lutte acharnée entre la direction générale et un réseau d’intérêts internes bien ancrés, opposés à la réforme en cours.
Depuis plusieurs semaines, les activités de l’Agence sont ralenties par un mouvement social que les observateurs jugent atypique. Officiellement, il s’agirait de revendications professionnelles. Officieusement, selon plusieurs cadres, il s’agit d’un bras de fer entre la nouvelle direction et un système ancien, accusé d’avoir entretenu des pratiques opaques et des dérives financières au sein de l’institution.
Avant même la réforme, l’AGASA, censée garantir la sécurité alimentaire du pays, faisait face à de lourdes irrégularités : fausses déclarations de recettes, circuits parallèles de produits impropres à la consommation, et une dette estimée à près d’un milliard de francs CFA. Le syndicalisme y servait parfois, selon les témoignages, de bouclier pour protéger certains privilèges acquis.
Un vent de réforme mal accueilli
L’arrivée du nouveau Directeur général a bouleversé ces équilibres. En quelques semaines, il a initié plusieurs mesures prévues par les statuts de l’agence : réaffectation d’agents en poste depuis plus de dix ans, création de brigades provinciales et renforcement des délégations locales. Objectif affiché : rapprocher l’AGASA du terrain et rendre son action plus efficace.
Mais ces réformes ont rapidement suscité une levée de boucliers. Le déplacement du secrétaire général du syndicat, notamment, a cristallisé les tensions. Depuis, le mouvement social s’est transformé, selon plusieurs témoins, en une opération de blocage systématique des services.
Des actes d’intimidation auraient même été signalés au siège de l’Agence. Des enregistrements circulent en interne, évoquant des discussions entre syndicalistes se vantant d’avoir “fait tomber” des directeurs généraux précédents. Ces éléments, s’ils étaient confirmés, témoigneraient d’une stratégie organisée pour déstabiliser la direction.
Un système d’intérêts remis en cause
Les accusations portées par la direction font état d’un véritable réseau interne, soupçonné d’avoir détourné des fonds à travers un système de ristournes internes et de fausses dépenses. Ces pratiques, aujourd’hui menacées par la réforme, auraient conduit certains acteurs à orchestrer un sabotage méthodique de l’administration.
Pour les partisans de la réforme, la résistance actuelle ne serait donc pas motivée par des revendications salariales, mais par la crainte d’une perte de contrôle sur des circuits financiers opaques.
Une contre-offensive attendue
Face à cette situation, le Directeur général serait déterminé à rétablir l’ordre. Plusieurs voix, au sein du ministère de tutelle, appellent à la fermeté : ouverture d’enquêtes administratives, suspension des agents impliqués et saisine de la justice. L’État, insistent-elles, ne peut tolérer que l’une de ses agences stratégiques soit paralysée par une minorité agissante.
Les premiers effets de la réforme commencent pourtant à se faire sentir. Selon les chiffres internes, les inspections hebdomadaires auraient quadruplé, le suivi des mises aux normes triplé et le nombre d’infractions détectées doublé. Des résultats que la direction présente comme la preuve d’une dynamique nouvelle, tournée vers la transparence et l’efficacité.
Un symbole de la lutte contre la corruption
Pour de nombreux observateurs, le cas de l’AGASA illustre les résistances auxquelles se heurte la réforme de la gouvernance publique au Gabon. En toile de fond, c’est la question du contrôle de l’argent public et de la responsabilité administrative qui se joue.
“Ce n’est pas un conflit de personnes, c’est une bataille pour l’assainissement d’un système”, résume un cadre du ministère.
Alors que les tambours de la contestation continuent de résonner, la direction de l’AGASA promet de “rester droite dans ses bottes”. Car, selon un proche du dossier, “cette fois, ce n’est pas un directeur général qu’on cherche à faire tomber — c’est la corruption qu’on veut faire reculer.”
FIN/INFOSGABON/SO/2025
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