Economie

Gabon : Banio, le pari minier qui peut changer le sud du Gabon

Libreville, Mardi 3 Novembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon pourrait bientôt ajouter une nouvelle ressource stratégique à son portefeuille minier. À Mayumba, dans la province de la Nyanga, le projet de potasse de Banio, porté par la société canadienne Millennial Potash, ambitionne de faire émerger une industrie tournée vers un marché mondial essentiel à l’agriculture.

Avec un investissement initial évalué à 480 millions de dollars, soit environ 274 milliards de FCFA, cette perspective dépasse la seule ouverture d’une mine. Elle pose la question de la diversification économique du pays, de son positionnement dans les chaînes d’approvisionnement internationales et de sa capacité à transformer une richesse souterraine en développement territorial.

Un gisement, des ambitions revues à la hausse

À l’origine, Millennial Potash envisageait une capacité de production annuelle de 800 000 tonnes. Son président, Farhad Abasov, évoque désormais un démarrage pouvant atteindre un à 1,2 million de tonnes par an. Cette révision serait liée à l’intérêt manifesté par des acheteurs potentiels aux États-Unis, au Brésil, en Asie et en Afrique. L’entreprise estime ainsi que les perspectives commerciales pourraient justifier un dimensionnement industriel supérieur aux premières hypothèses.

Les campagnes de forage ont permis d’avancer une estimation de ressources dépassant six milliards de tonnes. Un volume considérable, qui pourrait conférer au site un potentiel d’exploitation de longue durée. Mais une distinction demeure fondamentale pour les investisseurs comme pour les autorités gabonaises. Une ressource géologique estimée ne constitue pas automatiquement une réserve économiquement exploitable. Les études de faisabilité doivent encore confirmer les conditions techniques, les coûts d’extraction, les besoins énergétiques et la rentabilité du projet.

La potasse, principalement utilisée dans la fabrication des engrais, est l’un des trois grands nutriments minéraux indispensables aux cultures, avec l’azote et le phosphate. Le marché mondial représente environ 70 à 75 millions de tonnes par an et reste concentré entre quelques grands producteurs, notamment le Canada, la Russie et la Biélorussie. Les perturbations provoquées en 2022 par la guerre en Ukraine et les sanctions visant Moscou et Minsk ont rappelé la vulnérabilité de cette chaîne d’approvisionnement.

Le financement, véritable test de crédibilité

Le passage de l’exploration à l’exploitation dépend désormais largement de la capacité de Millennial Potash à réunir les capitaux nécessaires. La société recherche environ 480 millions de dollars pour construire son dispositif industriel. La participation de la U.S. International Development Finance Corporation (DFC), qui a déjà engagé trois millions de dollars dans l’étude de faisabilité définitive, constitue un signal d’intérêt financier. L’institution américaine pourrait également jouer un rôle dans le montage du financement, attendu selon le calendrier présenté pour août ou septembre 2027.

Cette implication ne signifie toutefois pas que les fonds nécessaires sont déjà réunis. Les études techniques et environnementales, la structuration du financement et la sécurisation des débouchés restent des étapes déterminantes. Le calendrier avancé prévoit une conversion du permis d’exploration en permis d’exploitation au début de 2027, puis un démarrage des travaux à la fin de cette année ou au début de 2028. Les premières productions sont envisagées entre 2029 et 2030, après 18 à 24 mois de chantier.

La question des infrastructures sera tout aussi décisive. Une mine destinée à exporter jusqu’à 1,2 million de tonnes par an suppose des solutions fiables pour l’énergie, le transport et l’accès aux installations portuaires. Le choix du gaz naturel liquéfié comme source d’alimentation figure parmi les paramètres encore à préciser. Sans logistique compétitive, même un gisement important peut perdre une partie de son avantage sur le marché international.

Une ambition gabonaise, un enjeu africain

L’intérêt de Banio dépasse les frontières du Gabon. L’Afrique importe aujourd’hui l’essentiel de ses besoins en potasse, alors même que l’amélioration des rendements agricoles et la sécurité alimentaire exigent un accès plus régulier aux fertilisants. Une production sur la façade atlantique du continent pourrait contribuer à réduire cette dépendance. Millennial avance qu’une capacité de 800 000 tonnes couvrirait environ 40 % de la consommation africaine de potasse, et qu’une production de 1,2 million de tonnes porterait cette proportion à près de 60 %. Ces estimations devront être confrontées à la demande réelle, aux prix et aux conditions commerciales.

La concurrence régionale existe déjà. En République du Congo, les projets de Kola et de Dougou Extension, dans le Kouilou, ambitionnent eux aussi de développer une production importante. Le Gabon ne se trouve donc pas seul sur ce marché. Il devra convaincre les investisseurs et les acheteurs que Banio peut offrir des conditions d’exploitation, de transport et d’exportation suffisamment compétitives.

Pour la Nyanga, les retombées potentielles sont considérables, à condition que le projet ne se limite pas à extraire et expédier une matière première. Emplois locaux, formation, sous-traitance nationale, infrastructures et recettes publiques devront figurer parmi les critères de réussite. Le Gabon doit également veiller à la maîtrise des impacts environnementaux et à la concertation avec les communautés concernées.

Banio pourrait devenir un troisième pilier minier aux côtés du pétrole et du manganèse. Mais ce statut ne se décrète pas sur la base d’un potentiel géologique ou d’annonces d’investissement. Il se construit par la solidité du financement, la réalisation des infrastructures et la création de valeur sur le territoire. Le véritable trésor de Mayumba ne sera pas seulement la potasse enfouie sous son sol, mais la capacité du Gabon à en faire une richesse durable pour son économie et sa population.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon-Italie : Le pari d’un partenariat économique concret

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *