Economie

Gabon : Crédit-bail, le pari des 200 milliards pour financer les PME gabonaises

Libreville, Lundi 2 Novembre 2026 (Infos Gabon) – Le financement des petites et moyennes entreprises demeure l’un des points de fragilité de nombreuses économies africaines. Faute de garanties suffisantes ou d’accès au crédit bancaire classique, des entrepreneurs renoncent à acquérir les équipements indispensables à leur développement.

Au Gabon, le crédit-bail pourrait contribuer à desserrer cette contrainte. La création, le 21 octobre 2026 à Libreville, de l’Association gabonaise des acteurs du crédit-bail (AGA CB) marque une tentative de structurer ce marché, dont le potentiel annuel est estimé entre 180 et 200 milliards de francs CFA. Mais entre les perspectives annoncées et le financement réel des entreprises, plusieurs obstacles restent à lever.

Réunie à l’hôtel La Sablière, l’assemblée générale constitutive a adopté les textes fondateurs de l’association et élu un bureau exécutif de sept membres, présidé par Ruffin Nzoghé Ndong Simore, directeur général d’Alios Gabon. Avec l’appui technique de la Société financière internationale (IFC), à travers le projet Gabon Leasing, la nouvelle organisation entend promouvoir cet instrument, renforcer les compétences des professionnels, produire des données sectorielles et instaurer un dialogue structuré avec les pouvoirs publics.

Un financement alternatif encore marginal

Le crédit-bail, également appelé leasing, repose sur un mécanisme relativement simple. Un établissement financier acquiert un bien professionnel — véhicule, machine, matériel ou équipement — puis le met à la disposition d’une entreprise contre le paiement de loyers. À l’échéance du contrat, celle-ci peut généralement en devenir propriétaire en levant une option d’achat.

L’intérêt pour les PME est considérable. Plutôt que de devoir financer immédiatement l’acquisition d’un équipement ou présenter les garanties exigées pour un prêt classique, elles peuvent utiliser un outil de production et étaler son coût dans le temps. Ce mécanisme peut ainsi faciliter l’investissement, soutenir la modernisation des entreprises et améliorer leur capacité à produire.

Pourtant, les chiffres révèlent un décalage important entre les possibilités et la réalité du marché. L’encours du crédit-bail au Gabon était estimé à 22,3 milliards de francs CFA en 2021, soit seulement 2,6 % des financements accordés au secteur privé. Face à ce niveau, le potentiel annuel évalué entre 180 et 200 milliards apparaît comme une réserve de croissance encore largement inexploitée.

Ruffin Nzoghé Ndong Simore estime même que cette perspective pourrait avoir été sous-évaluée par l’IFC. Il appelle les PME à s’approprier davantage cet outil, présenté comme une solution de financement nécessitant moins de garanties que certains crédits traditionnels. L’enjeu est de faire du leasing un instrument accessible à un tissu entrepreneurial suffisamment large, et non un produit réservé aux entreprises déjà structurées.

La loi, condition du changement d’échelle

La création de l’AGA CB ne suffira toutefois pas à déclencher cette transformation. Le secteur attend un cadre juridique spécifique, destiné à clarifier les règles applicables et à sécuriser les relations entre établissements financiers et entreprises clientes. Selon Serge Bertrand Abessolo, représentant du ministre de l’Économie, des Participations et des Finances, le projet de loi relatif au crédit-bail est en attente d’inscription en Conseil des ministres avant sa transmission au Parlement.

Cette étape est déterminante. Sans règles adaptées, la lisibilité des contrats, la protection des parties et la prévisibilité des opérations peuvent freiner le développement du marché. À cette évolution juridique s’ajoute la question fiscale. Le changement de l’assiette de la TVA, désormais calculée sur les intérêts plutôt que sur le loyer toutes taxes comprises, est présenté comme un facteur susceptible de réduire le coût de ce financement.

Mais la compétitivité du crédit-bail dépendra aussi des taux pratiqués, de la durée des contrats, des conditions d’accès et de la capacité des établissements à proposer des offres adaptées aux petites structures. Une PME aux revenus irréguliers n’a pas les mêmes besoins ni les mêmes marges de remboursement qu’une grande entreprise. La démocratisation du leasing suppose donc une réelle adaptation commerciale.

Des milliards potentiels aux investissements réels

La première mission de l’association sera désormais de transformer sa création en programme opérationnel, avec des contributions des membres, une reconnaissance officielle et des actions de promotion. Le soutien de l’IFC peut apporter une expertise utile, mais le développement du secteur dépendra surtout de la coordination entre professionnels, autorités publiques et entreprises.

Le chiffre de 200 milliards de francs CFA constitue une indication du marché potentiel, non une enveloppe disponible ni une promesse de financement. Sa concrétisation devra se mesurer à des résultats perceptibles, équipements acquis, entreprises financées, capacités de production renforcées et emplois créés.

Le Gabon ne manque donc pas seulement de capitaux à mobiliser. Il doit aussi diversifier les instruments qui permettent de transformer l’argent en activité productive. Si le cadre légal attendu apporte la sécurité nécessaire et si les offres deviennent réellement accessibles aux PME, le crédit-bail pourrait contribuer à combler une partie du déficit d’investissement. La réussite de l’AGA CB se jugera finalement moins à l’ampleur du potentiel annoncé qu’au nombre d’entreprises capables, demain, de produire davantage grâce à des équipements qu’elles ne pouvaient pas financer hier.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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