Gabon : Enfin les chiffres pour mesurer sa richesse naturelle
Libreville, Jeudi 27 Août 2026 (Infos Gabon) – Pendant des années, le Gabon a surtout mesuré son économie à travers les produits qu’il extrait et exporte. Le gouvernement veut désormais aller plus loin.
Avec la signature d’un protocole d’accord de don avec la Banque africaine de développement pour financer le projet COSAFE, le pays entreprend de mieux mesurer la contribution réelle de ses forêts et de ses industries extractives à la richesse nationale. Derrière cette opération statistique se joue une question autrement plus stratégique, celle de savoir combien le patrimoine naturel gabonais produit réellement, combien il rapporte à l’État et à la population, et ce que coûte son exploitation.
Signé par le ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, Thierry Minko, l’accord doit permettre de construire des comptes satellites consacrés aux secteurs forestier et extractif. Ces outils viendront compléter la comptabilité nationale en isolant plus précisément la production, la valeur ajoutée, les revenus, les emplois et les autres effets économiques liés à ces activités. Le sujet est loin d’être secondaire pour une économie dont le pétrole, le manganèse, le bois et, plus largement, les ressources naturelles occupent une place historique.
La Banque africaine de développement considère justement que la mesure du capital naturel devient un élément essentiel de la planification économique africaine. L’institution souligne que les ressources naturelles doivent être intégrées de manière plus complète aux systèmes de comptes nationaux afin de mieux orienter les politiques publiques et les investissements.
Pour le Gabon, cette démarche intervient dans un contexte particulièrement révélateur. La forêt couvre plus de 85 % du territoire national selon les données reprises par la BAD, tandis que la filière bois constitue depuis longtemps un secteur important de l’emploi et des recettes extérieures. Mais connaître l’importance d’un secteur ne signifie pas encore savoir précisément quelle richesse il crée, comment cette richesse est distribuée et quelle part revient effectivement à l’économie nationale.
Mesurer autrement ce que le Gabon possède
C’est précisément la vocation des comptes satellites. Ils permettent de regarder un secteur avec beaucoup plus de finesse que les agrégats traditionnels du PIB. Pour la forêt, cela peut signifier mieux mesurer la production, les emplois, les salaires, les recettes fiscales, les exportations et la valeur ajoutée générée par chaque étape de transformation. Pour les industries extractives, le même travail peut permettre d’évaluer plus précisément les effets sur les revenus publics, l’investissement, l’emploi et les chaînes de sous-traitance.
La BAD avait déjà identifié cette nécessité. En 2023, elle avait lancé au Gabon une étude visant précisément à déterminer la contribution des entreprises du secteur bois aux recettes budgétaires, l’évolution de la production, les emplois créés et la masse salariale générée. Elle prévoyait aussi une base de données actualisable destinée aux administrations.
COSAFE peut donc être lu comme une nouvelle étape de cette construction statistique. Son intérêt sera d’autant plus grand que les données pourront être croisées avec les réalités environnementales. Combien de valeur une concession produit-elle ? Combien d’emplois génère-t-elle ? Quel est son apport fiscal ? Quelle transformation est réalisée localement ? Quels sont les coûts environnementaux associés ?
Cette dernière dimension est devenue particulièrement urgente. Les données de surveillance de l’AGEOS montrent par exemple que le Gabon a enregistré des pertes forestières liées à des activités minières et forestières, avec une forte concentration des pertes liées à l’exploitation aurifère au premier semestre 2026.
Le véritable progrès statistique consistera donc à rapprocher deux réalités longtemps présentées séparément, la richesse produite et le patrimoine consommé pour la produire.
De la ressource à la richesse nationale
Le projet COSAFE arrive au moment où Libreville cherche justement à modifier son modèle économique. Le principe n’est plus seulement d’extraire davantage, mais de transformer davantage localement, d’augmenter la valeur ajoutée et de réduire la dépendance à quelques produits d’exportation.
Une comptabilité plus précise peut devenir un instrument puissant pour mesurer cette transition. Elle peut montrer si l’industrialisation du bois augmente réellement la valeur créée au Gabon, si les activités minières produisent davantage de revenus pour les territoires et si les investissements publics et privés entraînent des effets mesurables sur l’emploi et les fournisseurs locaux.
Elle peut également aider à arbitrer. Un gouvernement ne peut véritablement comparer deux politiques publiques que s’il dispose de données comparables sur leurs bénéfices et leurs coûts. Dans une économie fondée sur les ressources naturelles, cette capacité est décisive.
Mais l’enjeu dépasse les seuls décideurs. Des comptes satellites crédibles et régulièrement actualisés peuvent améliorer la transparence économique et permettre aux investisseurs, chercheurs, entreprises et citoyens de mieux comprendre la structure réelle de l’économie gabonaise.
La difficulté sera désormais dans l’exécution. Produire un premier jeu de données ne suffira pas. Le Gabon devra assurer leur régularité, leur qualité méthodologique, leur interopérabilité entre administrations et, surtout, leur utilisation dans la préparation des budgets et des politiques publiques. Une statistique qui dort dans une base de données ne transforme pas une économie.
COSAFE peut donc devenir beaucoup plus qu’un projet d’appui statistique. Il peut être l’un des instruments qui permettront au Gabon de passer d’une logique de comptage des ressources à une véritable comptabilité de sa richesse. La forêt, le pétrole et les minerais ne sont pas seulement des volumes extraits du sous-sol ou du sol. Ils représentent du capital naturel, des emplois, des recettes, des investissements et des choix de développement. Le Gabon ne pourra gérer efficacement ce capital que s’il sait enfin le mesurer avec précision. C’est à cette condition que mieux connaître sa richesse naturelle pourra devenir une nouvelle manière de mieux la défendre, mieux la valoriser et surtout mieux en répartir les bénéfices.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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