Gabon Infini, la bataille du capital naturel
Libreville, Vendredi 25 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut changer la manière dont le monde regarde sa biodiversité. À New York, en marge de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, Libreville n’est pas venu seulement présenter un nouveau programme de conservation. Avec Gabon Infini, le pays cherche à installer une autre équation : faire de la protection de ses écosystèmes un instrument de développement, un actif économique de long terme et un levier de financement international.
Cette ambition était au centre des échanges conduits le 25 septembre par le ministre des Eaux et Forêts, de l’Environnement, du Climat, chargé du Conflit Homme-Faune, Maurice Ntossui Allogo, avec plusieurs partenaires techniques, financiers et philanthropiques du Projet de Financement pour la Permanence, le PFP. The Nature Conservancy, l’alliance Enduring Earth, le Bezos Earth Fund, la Gordon and Betty Moore Foundation ou encore la Rob Walton Foundation figuraient parmi les acteurs réunis autour du dispositif.
L’enjeu dépasse donc la seule protection des forêts. Il touche désormais à la capacité d’un État riche en capital naturel à convertir cet avantage écologique en ressources durables, sans en compromettre le socle.
La finance au service d’une souveraineté écologique
Gabon Infini repose sur une enveloppe annoncée de 200 millions de dollars destinée à financer durablement la préservation de la biodiversité gabonaise. Surtout, le dispositif prévoit une contribution publique gabonaise de 86 millions de dollars. Ce choix est politiquement et économiquement significatif : Libreville entend démontrer que la conservation relève d’abord d’une responsabilité nationale, même si elle nécessite des capitaux et des expertises internationales.
La mécanique repose également sur le Fonds de Préservation de la Biodiversité au Gabon, un fonds fiduciaire indépendant et pérenne chargé de gérer et redistribuer les ressources mobilisées auprès des bailleurs.
Cette architecture vise à répondre à l’un des problèmes les plus persistants du financement environnemental : assurer la continuité des ressources au-delà des annonces et des cycles de projets. Le gouvernement entend pour cela combiner ressources publiques, instruments financiers innovants et mécanismes internationaux afin d’inscrire la conservation dans une logique de permanence.
Le message adressé aux partenaires internationaux est clair : le Gabon ne demande pas seulement de financer sa biodiversité ; il propose de participer à la construction d’un modèle financier destiné à la préserver dans la durée.
Transformer la forêt en opportunité pour les territoires
La crédibilité de cette stratégie se jouera toutefois loin des salles de conférences internationales, dans les territoires où vivent les populations directement confrontées aux contraintes de la conservation.
Gabon Infini entend précisément faire de ces communautés des bénéficiaires économiques du dispositif. L’écotourisme, les produits forestiers non ligneux et l’artisanat doivent permettre de développer des chaînes de valeur durables et de créer des sources de revenus pérennes.
Cette orientation modifie profondément la logique traditionnelle de la conservation. Une forêt protégée ne peut durablement être perçue comme une richesse abstraite si les populations riveraines n’en retirent aucune perspective économique. Le pari consiste donc à établir un lien direct entre préservation des écosystèmes, création d’emplois et amélioration des revenus.
Le gouvernement inscrit cette approche dans le Plan National de Croissance et de Développement, où la transition écologique est présentée à la fois comme une obligation environnementale et comme une opportunité économique.
La difficulté sera désormais de maintenir l’équilibre entre valorisation et protection. Car faire de la biodiversité un actif économique comporte une condition non négociable : que sa valorisation ne conduise pas à sa dégradation.
Un test pour le financement mondial de la biodiversité
La présence, autour de Gabon Infini, d’acteurs philanthropiques et institutionnels internationaux donne au projet une portée qui dépasse largement le cadre national. Parmi les soutiens annoncés figurent notamment le Fonds pour l’Environnement Mondial, le Bezos Earth Fund et plusieurs fondations internationales, tandis que The Nature Conservancy intervient comme partenaire technique majeur pour la conception et la mise en œuvre du programme.
Pour Libreville, cette mobilisation constitue aussi une démonstration de leadership. Le pays veut rappeler qu’un État africain peut être à la fois gardien d’un patrimoine écologique d’importance mondiale et acteur de la conception de mécanismes financiers capables d’en assurer la pérennité.
Mais le véritable rendez-vous commence maintenant. L’ampleur financière annoncée devra se traduire en résultats vérifiables : protection effective des écosystèmes, revenus supplémentaires pour les communautés, développement d’activités durables et gouvernance transparente des ressources.
C’est à cette condition que Gabon Infini pourra dépasser le statut de programme environnemental pour devenir une référence en matière de financement de la biodiversité.
Le Gabon joue ici une partie qui dépasse ses propres frontières. Dans un monde où les États cherchent simultanément à financer leur développement, à préserver leurs ressources naturelles et à répondre à l’urgence climatique, la question n’est plus seulement de savoir combien vaut une forêt. Elle est de déterminer comment sa valeur peut financer sa propre protection et contribuer à la prospérité de ceux qui en vivent. Gabon Infini entend apporter une réponse gabonaise à cette équation mondiale.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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