Economie

Gabon : La reprise sous haute surveillance

Libreville, Mardi 8 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Quatre mois après avoir figé l’exploitation aurifère sur l’ensemble du territoire, le Gabon entrouvre à nouveau la porte de ses mines.

Le 7 septembre, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, a paraphé la convention permettant à la Société équatoriale des mines de reprendre ses activités. Mais cette réouverture n’a rien d’un retour au statu quo. Elle constitue plutôt le premier acte d’un dispositif destiné à reprendre le contrôle d’une filière considérée comme stratégique, après plusieurs mois d’audit et de remise à plat.

La séquence est importante. La suspension n’était pas motivée par une volonté de neutraliser durablement le secteur, mais par la nécessité affichée de vérifier les titres, les opérateurs et les conditions réelles d’exploitation. Le ministère indique qu’une revue interne d’environ deux mois a permis d’examiner les entreprises intervenant aussi bien dans la recherche que dans l’exploitation aurifère. La SEM, selon le ministre, a adopté durant cette période une attitude jugée responsable.

Cette méthode traduit un changement de doctrine. Pour Libreville, le sujet n’est plus seulement de produire davantage d’or, mais de savoir avec précision qui le produit, où, dans quelles conditions et par quels circuits il quitte le territoire.

La fin annoncée de l’or sans identité

Le dispositif envisagé repose d’abord sur une idée simple, mais déterminante pour une économie minière moderne, chaque gramme d’or doit pouvoir être retracé. Sous réserve de l’adoption du nouveau Code minier, le gouvernement prévoit que l’or extrait au Gabon transite obligatoirement par la Raffinerie Gabonaise de l’Or à Nkok avant sa commercialisation internationale. Les lingots seraient identifiés par un système de traçabilité intégrant notamment un QR code permettant de remonter à leur origine et à leur permis d’exploitation.

Cette orientation s’accompagne d’une autre rupture, l’interdiction annoncée de l’exportation de l’or brut. Le métal devrait être raffiné localement avant toute sortie du pays. La raffinerie vise une pureté annoncée de 99,999 %, tandis que le gouvernement envisage de constituer progressivement un stock d’or auprès de la BEAC.

Pour un pays qui cherche à accroître la valeur ajoutée de ses ressources naturelles, l’enjeu est considérable. Exporter du minerai ou du métal non transformé revient à céder une partie de la chaîne de valeur avant même qu’elle ne soit créée sur le territoire national. Raffiner, certifier, tracer et conserver une fraction de cette richesse permet au contraire de transformer une ressource du sous-sol en actif économique et financier.

La SEM au cœur d’une nouvelle architecture

La reprise de la SEM ne doit donc pas être interprétée comme une simple autorisation administrative. Elle intervient dans une réorganisation plus vaste de la filière. Le gouvernement annonce également la création de comptoirs d’or et la fin des achats directs auprès des particuliers. L’objectif est de réduire les circuits parallèles et d’installer un système dans lequel les transactions peuvent être contrôlées, enregistrées et fiscalisées.

Cette réforme répond à une faiblesse ancienne des économies aurifères africaines. Plus la chaîne commerciale échappe à la traçabilité, plus l’État perd simultanément en recettes, en information économique et en capacité de contrôle. Au Gabon, la suspension décidée en juin était justement liée à des opérations contre l’exploitation illégale et à la volonté de procéder à un audit exhaustif des titres et de la conformité des activités.

La difficulté sera désormais de transformer les nouvelles règles en réalité opérationnelle. Une raffinerie ne suffit pas. Il faut des contrôles efficaces sur les sites, une administration minière fiable, des opérateurs identifiés, des comptoirs fonctionnels, des procédures rapides et surtout une capacité à empêcher que l’or ne réapparaisse dans des circuits clandestins à la sortie des zones d’exploitation.

Le Gabon joue donc plus qu’une relance sectorielle. Il tente d’imposer une nouvelle chaîne de souveraineté sur son or. La réussite de cette stratégie ne se mesurera pas au ton des annonces du 7 septembre, mais à la quantité d’or effectivement tracée, raffinée, fiscalisée et conservée dans l’économie nationale.

La reprise de la SEM ouvre cette nouvelle phase. Elle devra maintenant prouver qu’après quatre mois de suspension, le Gabon n’a pas seulement fermé la porte aux dérives du passé, mais construit les mécanismes capables de garantir que sa richesse aurifère profite davantage au pays qui la possède.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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