Economie

Gabon : Or gabonais, le virage souverain

Libreville, Mardi 8 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Nkok, le pouvoir gabonais veut désormais regarder l’or autrement. Non plus comme une simple matière première extraite du sous-sol puis vendue ailleurs, mais comme une ressource dont la chaîne de valeur doit être maîtrisée au maximum sur le territoire national.

La visite du 7 septembre 2026 du ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, à la Raffinerie Gabonaise de l’Or marque ainsi une nouvelle étape dans la reprise en main d’une filière longtemps confrontée aux failles de traçabilité, à l’activité informelle et aux pertes de valeur pour l’économie nationale.

Inaugurée en juin 2023 dans la Zone d’investissement spéciale de Nkok, la RGO concentre plusieurs maillons essentiels, de la réception à la pesée, du contrôle au raffinage, jusqu’à la certification et au stockage. Elle devient ainsi l’un des instruments industriels d’une politique qui cherche à déplacer le centre de gravité de la filière, de l’extraction vers la maîtrise de la valeur.

Nettoyer avant de produire davantage

Cette transformation ne peut cependant être crédible sans assainissement préalable. Le gouvernement a engagé depuis 2025 une opération de recensement des acteurs de la filière, organisée du 29 octobre au 5 novembre, concernant notamment les exploitants à petite échelle, les artisans miniers, les collecteurs, les commerçants et les bijoutiers. Le dispositif devait permettre de distinguer les opérateurs réellement conformes des activités nécessitant régularisation ou traitement juridique.

Le diagnostic a également mis en évidence les fragilités administratives du secteur. Le gouvernement avait notamment signalé l’existence de structures dépourvues de cadre juridique suffisamment établi ainsi que des cas de fausses cartes d’exploitants. Un audit interne engagé après la suspension des activités aurifères a depuis été complété par un audit externe confié au cabinet Talex.

Cette remise à plat poursuit un objectif précis. Il ne s’agit pas de condamner une filière entière, mais de faire en sorte que ceux qui respectent les règles puissent travailler dans un environnement plus lisible, tandis que les circuits irréguliers soient réellement neutralisés.

De la mine au lingot

Le changement le plus important est peut-être celui qui concerne la traçabilité. L’or gabonais est une ressource stratégique au sens du droit national, avec des obligations particulières de transparence, de comptabilisation de la production et de suivi des opérations. Le cadre réglementaire impose notamment la transformation locale de l’or extrait sur le territoire et encadre les conditions de sa commercialisation et de son exportation.

Dans cette logique, la Société équatoriale des mines est appelée à jouer un rôle accru aux côtés de la RGO. L’une doit contribuer à la maîtrise minière et à la souveraineté sur la ressource, l’autre à sa transformation et sa certification. Le gouvernement entend ainsi construire une chaîne plus cohérente, où chaque étape laisse une trace et où une part plus importante de la valeur demeure au Gabon.

La dynamique s’est accélérée le 7 septembre avec la levée de la suspension de l’exploitation aurifère sur l’ensemble du territoire et la signature de conventions d’exploitation concernant Baniaka, dans le Haut-Ogooué, et Koumba, dans la Ngounié. La mine de Koumba couvre notamment 160 km² et son exploitation alluvionnaire a démarré en 2024, tandis que la recherche de l’or primaire reste au cœur du projet.

L’enjeu dépasse largement l’or

Pour Libreville, la question n’est donc plus seulement de savoir combien d’or le Gabon peut extraire. Elle consiste à déterminer combien de valeur le pays peut conserver, combien d’emplois industriels peut créer, combien de recettes publiques peut sécuriser et quelle crédibilité il peut bâtir autour de l’origine de son métal.

C’est là que la réforme trouvera sa véritable mesure. Une raffinerie moderne ne suffit pas à garantir une souveraineté minière. Il faut des titres fiables, des opérateurs identifiés, des registres contrôlés, des flux traçables, une fiscalité effectivement recouvrée et une gouvernance capable de résister aux contournements.

Le virage engagé à Nkok pourrait donc devenir un test majeur de la nouvelle doctrine économique gabonaise. La souveraineté ne se proclame pas au moment où l’or sort du sol. Elle se construit lorsque le pays sait précisément qui l’extrait, où il va, comment il est transformé et quelle richesse cette opération laisse derrière elle. Pour le Gabon, le véritable pari commence désormais après la mine.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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