Economie

Gabon : Le grand ménage de l’État

Libreville, Dimanche 20 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Au Gabon, 1 299 dossiers viennent de franchir le seuil de la radiation après l’examen de 1 762 situations administratives. Derrière ce chiffre spectaculaire se joue une question beaucoup plus stratégique que celle des seuls effectifs publics.

Il s’agit désormais de savoir si l’État peut reprendre durablement le contrôle de sa masse salariale, de ses fichiers et, plus largement, de son appareil administratif.

Le Conseil des ministres réuni le 18 septembre à Port-Gentil a pris acte des conclusions de la Commission exceptionnelle des litiges de la Fonction publique, chargée d’examiner les situations issues du recensement biométrique et administratif des agents publics. Le bilan est lourd. Sur les 1 762 dossiers étudiés, 589 agents font l’objet d’une radiation avec maintien de leurs droits à pension, 110 d’une radiation sans maintien de ces droits et 600 personnes relevant de la main-d’œuvre non permanente sont également écartées des effectifs. Dans le même temps, 116 agents ont été réhabilités.

L’opération doit, selon les autorités, permettre à l’État de réaliser près de 11 milliards de FCFA d’économies chaque année. Mais réduire cette décision à une simple opération comptable serait passer à côté de son véritable enjeu. Derrière les noms retirés des fichiers se trouve la question de la fiabilité même de l’administration gabonaise et de sa capacité à savoir précisément qui travaille pour l’État, dans quelles conditions, à quel poste et avec quel statut.

Une réforme qui dépasse les radiations

La séquence actuelle s’inscrit dans un chantier plus large conduit par le ministère de la Fonction publique et du Renforcement des capacités sous l’autorité de Laurence Ndong. Le gouvernement cherche simultanément à régulariser les carrières, moderniser les procédures et mieux maîtriser la gestion des ressources humaines publiques.

Le recensement des agents ne constitue donc qu’un volet d’une transformation plus vaste. Le ministère travaille notamment à renforcer le rôle des directeurs centraux des ressources humaines, à améliorer le traitement des carrières et à responsabiliser davantage les administrations dans la gestion des agents placés sous leur autorité.

Cette logique s’est déjà traduite par la mise en place du Guichet unique, conçu pour regrouper les différents intervenants chargés de signer les actes de carrière et réduire les délais administratifs. Le ministère affirme que certains dossiers qui nécessitaient auparavant plusieurs semaines peuvent désormais être traités en quelques jours.

La modernisation du Fichier unique de référence constitue un autre chantier déterminant. Cet outil, central dans la gestion des ressources humaines de l’État, fait l’objet d’une optimisation destinée notamment à corriger des dysfonctionnements et à améliorer la célérité du traitement des actes administratifs.

Le dossier de la main-d’œuvre non permanente ajoute une autre dimension à la réforme. Il ne s’agit pas uniquement de réduire un nombre. Le gouvernement cherche aussi à clarifier les statuts, à distinguer les fonctions qui relèvent réellement de la main-d’œuvre non permanente de celles correspondant à des emplois normalement occupés par des agents publics permanents. Cette clarification doit notamment accompagner la régularisation de certaines situations professionnelles.

Le vrai test commence maintenant

Le plus difficile reste pourtant à venir. Une radiation ne produit d’effet réel que lorsqu’elle est effectivement appliquée dans les administrations concernées. Le Conseil des ministres a demandé aux services compétents de mettre en œuvre les décisions arrêtées, de les notifier aux agents concernés et d’actualiser les actes de gestion correspondants.

C’est à ce niveau que se mesurera la portée réelle de l’opération. Une économie annoncée de 11 milliards de FCFA par an peut représenter une marge budgétaire significative, mais elle ne constituera un acquis que si les anomalies identifiées ne se reconstituent pas dans quelques années.

Le ministère devra donc franchir une étape supplémentaire, celle de la prévention. Cela suppose des fichiers régulièrement actualisés, des procédures numériques fiables, une chaîne de responsabilité clairement établie et des contrôles capables de détecter rapidement les incohérences. Le travail engagé sur le Fichier unique de référence, le Guichet unique et la gestion des carrières montre que cette dimension structurelle commence à être prise en compte.

Le contexte budgétaire donne à cette réforme une portée particulière. La maîtrise de la masse salariale ne relève plus seulement de la bonne administration des ressources humaines. Elle conditionne aussi la capacité de l’État à dégager des ressources pour financer ses politiques publiques, ses investissements et ses services essentiels.

Le Gabon se trouve ainsi face à un test de crédibilité administrative. Le véritable succès ne sera pas d’avoir supprimé 1 299 dossiers d’un fichier, mais d’avoir construit un système dans lequel chaque agent public dispose d’une situation clairement établie, chaque poste correspond à un besoin identifié et chaque dépense salariale peut être justifiée.

Le nettoyage actuel peut donc constituer un tournant. Mais il ne deviendra une réforme de fond qu’à une condition, que la rigueur exceptionnelle du contrôle devienne la règle ordinaire de fonctionnement de l’État. C’est à cette transformation, beaucoup plus exigeante que les seules radiations, que se mesure désormais l’ambition portée par Laurence Ndong et par les autorités gabonaises.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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