Politique

Gabon : Le vrai test commence maintenant

Libreville, Dimanche 4 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Trois ans après le 30 août 2023, le Gabon offre une expérience politique qui dépasse désormais ses frontières. Le pays est passé d’une rupture institutionnelle à un retour à l’ordre constitutionnel, avec une nouvelle Constitution adoptée par référendum en novembre 2024, puis une présidentielle en avril 2025.

Brice Clotaire Oligui Nguema a été élu avec 94,85 % des suffrages exprimés, selon les résultats définitifs proclamés par la Cour constitutionnelle. L’Union africaine a ensuite salué le retour du pays à l’ordre constitutionnel et la reprise de sa participation aux activités de l’organisation.

Mais l’intérêt de l’expérience gabonaise ne réside pas seulement dans cette séquence institutionnelle. Il se trouve dans une question beaucoup plus exigeante pour n’importe quel État africain confronté à une crise de gouvernance. Que reste-t-il d’une transition lorsqu’elle cesse d’être une promesse politique et doit produire des routes, de l’eau, de l’électricité, des écoles, des hôpitaux, des emplois et des services publics qui fonctionnent ?

Le développement comme épreuve de crédibilité

La première caractéristique de la période ouverte en 2023 est d’avoir placé les infrastructures au centre du discours et de l’action publique. À Makokou, choisie en 2026 pour accueillir la troisième Fête de la Libération, plusieurs projets ont été réalisés ou engagés dans les voiries, l’administration, l’éducation, la formation, le logement, la santé et l’accès à l’eau. Le nouvel hôpital départemental de Booué, mis en service en août 2026, illustre cette volonté de faire des investissements territoriaux un instrument d’amélioration directe des conditions de vie.

Le mouvement ne concerne pas uniquement l’intérieur du pays. Dans le Grand Libreville, les autorités ont multiplié les interventions sur les voiries et la mobilité urbaine. Le président s’est rendu lui-même sur plusieurs chantiers en août 2026, avec des instructions portant notamment sur la qualité des ouvrages et leur adéquation aux besoins des populations.

Cette politique donne une autre dimension aux échéances électorales. Elle permet de comprendre pourquoi le débat sur la transition gabonaise ne peut être réduit au seul passage du pouvoir militaire au pouvoir constitutionnel. Une transition se juge aussi à sa capacité à transformer les attentes sociales en politiques publiques mesurables.

Mais cette approche comporte un risque. Une succession d’inaugurations ne constitue pas, à elle seule, une politique de développement. La véritable mesure sera la durée de vie des ouvrages, leur entretien, leur utilisation et leur capacité à produire de l’activité économique. Autrement dit, le Gabon devra passer progressivement de la logique du chantier à celle du système.

L’eau et l’électricité, le test décisif

C’est précisément sur ce terrain que se trouve aujourd’hui l’une des principales contradictions du modèle. Alors que les infrastructures se multiplient, l’accès à l’eau potable et à l’électricité demeure une difficulté persistante. Le gouvernement en a fait l’un des piliers du septennat et prépare notamment la scission de la SEEG en deux entités spécialisées à partir de 2027, dans l’objectif affiché d’améliorer la gouvernance et la qualité du service.

Le partenariat avec SUEZ est entré dans une phase opérationnelle en 2026, avec des travaux portant notamment sur les adductrices entre Ntoum et Libreville et la réduction des pertes sur les réseaux. L’État a également engagé l’acquisition de dizaines de milliers de compteurs d’eau et d’électricité.

C’est ici que se joue une partie essentielle de la crédibilité de l’action publique. Une route neuve améliore la mobilité, un hôpital change l’accès aux soins, une école rapproche le service public des familles. Mais l’eau et l’électricité constituent des infrastructures transversales. Elles conditionnent les ménages, les entreprises, les hôpitaux, les écoles et l’industrie. Leur résolution ne peut donc être traitée comme un chantier parmi d’autres.

La même exigence vaut pour l’éducation et la santé. Construire davantage d’établissements ne suffira pas. Il faudra les équiper, les approvisionner, y affecter des personnels et assurer leur maintenance. Le véritable changement d’État commence lorsque l’infrastructure physique rencontre une administration capable de la faire fonctionner.

Ce que l’Afrique peut réellement observer

L’autre dimension de l’expérience gabonaise est la méthode de gouvernement. Le dialogue national de 2024, la réforme constitutionnelle et le retour au processus électoral ont constitué des étapes institutionnelles majeures. L’Union africaine a souligné le rôle du dialogue inclusif, du référendum et des élections dans le retour à l’ordre constitutionnel.

La question désormais est de savoir si cette culture du dialogue peut devenir une pratique permanente de gouvernance. Les rencontres directes avec les agents publics, les populations et les acteurs économiques peuvent produire de l’information que les administrations remontent parfois imparfaitement. En juin 2026, une rencontre de plusieurs heures avec le personnel de la SEEG a précisément permis au chef de l’État d’entendre directement les contraintes techniques et opérationnelles du secteur.

Cette dimension est particulièrement importante dans une Afrique profondément transformée par le numérique. Les citoyens comparent désormais en temps réel les infrastructures, les services publics et les conditions de vie d’un pays à l’autre. L’exigence sociale n’est plus seulement nationale. Elle devient comparative, continentale et mondiale.

C’est pourquoi ce qui se joue au Gabon dépasse finalement la personne d’Oligui Nguema. Les hommes passent, les institutions restent et les ouvrages peuvent survivre à ceux qui les ont inaugurés. Le véritable héritage d’une période politique ne sera donc pas le nombre de cérémonies, mais la solidité des systèmes laissés derrière elle.

Pour le Gabon, le prochain cycle sera celui de la preuve. Il faudra transformer les routes en activité économique, les hôpitaux en soins effectifs, les écoles en compétences, l’eau et l’électricité en services fiables, et le dialogue en mécanisme durable de décision publique. Pour l’Afrique, l’enseignement potentiel est tout aussi clair. Une transition ne devient une référence que lorsqu’elle dépasse la rupture politique pour construire un État capable de répondre quotidiennement à ses citoyens.

La réussite historique d’un dirigeant ne se décrète pas dans les discours. Elle se mesure longtemps après son passage, lorsque les populations continuent d’utiliser les institutions qu’il aura contribué à renforcer et les infrastructures qu’il aura fait construire. C’est désormais sur cette durée que le Gabon sera jugé.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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