Gabon : Libreville, les déguerpissements entrent dans leur phase décisive
Libreville, Mardi 25 Août 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, le projet de nouvelles voies destiné à fluidifier la circulation autour de la Cité de la Démocratie entre désormais dans une phase concrète, mais aussi socialement sensible. Après les premières opérations de marquage, la gouverneure de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, a précisé lundi 24 août aux habitants des 1er et 6e arrondissements les contours du dispositif qui doit libérer les emprises nécessaires aux futurs aménagements routiers.
L’État veut accélérer les travaux. Les populations, elles, veulent savoir exactement quelles habitations sont concernées, quand elles devront partir et dans quelles conditions leurs droits seront traités.
Le projet concerne plusieurs secteurs, notamment Lac Bleu, Diba-Diba, Désert, GP et l’axe de l’échangeur de Nzeng-Ayong. Selon les explications données par la gouverneure, seules les constructions implantées sur le titre foncier n°5997 appartenant à l’État sont visées. La référence annoncée est une emprise de 80 mètres à partir du mur extérieur de la Cité de la Démocratie, avec des adaptations du tracé selon les zones. Sur certains secteurs, l’emprise pourrait atteindre 100 mètres.
Cette précision répond à l’une des principales inquiétudes apparues depuis l’annonce de l’opération. Toutes les maisons situées dans les quartiers concernés ne seront donc pas automatiquement détruites. La limite réelle doit être déterminée par le marquage et le recensement, puis rendue lisible grâce à une cartographie qui doit être affichée dans les mairies concernées.
Une semaine pour identifier précisément les biens
Le calendrier annoncé est particulièrement serré. Les opérations de marquage doivent se poursuivre à partir du 25 août, tandis que les équipes de l’ANUTTC et du ministère chargé de l’Habitat procéderont au recensement des maisons et des commerces afin d’établir les situations individuelles et d’évaluer les indemnisations. Le travail doit être réalisé par phases, avec un délai d’une semaine pour boucler cette campagne.
Le directeur général adjoint de l’ANUTTC a surtout lancé un appel aux propriétaires. Leur présence lors du recensement est vivement recommandée, y compris lorsque les logements sont occupés par des locataires. Cette étape sera déterminante pour identifier les biens, leurs occupants et les éléments nécessaires à l’évaluation des droits concernés.
L’opération doit suivre quatre séquences principales, de Lac Bleu au rond-point Diba-Diba, puis de Diba-Diba à Désert, de Désert à GP et enfin de GP à l’échangeur de Nzeng-Ayong. Cette progression vise à organiser les interventions plutôt qu’à provoquer une libération simultanée de l’ensemble du périmètre.
L’État affirme par ailleurs que l’indemnisation doit intervenir avant le déguerpissement et qu’un chronogramme précisant les différentes échéances doit être rendu public. Cette clarification est essentielle, car elle conditionne largement l’acceptabilité sociale du projet.
À quelques jours de la rentrée, l’inquiétude demeure
Pour les habitants concernés, le calendrier ne constitue pourtant pas qu’une donnée administrative. Il intervient à quelques jours de la rentrée scolaire, période où de nombreuses familles doivent déjà mobiliser des ressources importantes pour les frais d’inscription, les fournitures et le transport. La perspective d’une démolition, d’un déplacement ou d’une indemnisation dont la date exacte reste attendue ajoute donc une pression supplémentaire.
Les questions de relogement et de niveau des compensations demeurent également sensibles. Certains riverains souhaitent connaître précisément la nature de l’accompagnement prévu et redoutent que les délais entre recensement, indemnisation et libération des emprises soient trop courts pour permettre aux familles de s’organiser sereinement. Des interrogations ont aussi été exprimées sur la prise en compte des investissements réalisés dans les bâtiments.
C’est précisément pourquoi la prochaine étape sera déterminante. Une nouvelle rencontre doit intervenir après le recensement, tandis que la cartographie des limites annoncée dans les mairies doit permettre à chaque famille de savoir clairement si elle se trouve ou non dans l’emprise du projet.
Le besoin de nouvelles voies à Libreville n’est guère contestable. La saturation des principaux axes impose des réponses infrastructurelles et le gouvernement présente ces dessertes comme un moyen de désengorger la circulation. Mais la réussite du projet dépendra de sa capacité à combiner urgence urbaine et rigueur sociale.
Le chantier de la Cité de la Démocratie entre donc dans une semaine décisive. Pour l’administration, il s’agit de mesurer précisément l’emprise et d’établir les situations individuelles. Pour les propriétaires, c’est le moment de se faire recenser et de faire valoir leurs éléments. Pour les familles, c’est surtout l’attente d’une visibilité sur leur avenir. La crédibilité de cette opération se jouera finalement sur une exigence simple mais fondamentale, que personne ne découvre au dernier moment ce qu’il adviendra de sa maison, de son commerce et de sa vie quotidienne. Construire de nouvelles routes est nécessaire. Les construire sans laisser derrière elles une nouvelle crise sociale l’est tout autant.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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