Gabon : Libreville, l’État veut éviter le choc des déguerpissements
Libreville, Mercredi 26 Août 2026 (Infos Gabon) – À Libreville et Akanda, le gouvernement cherche désormais à remettre de la méthode dans une opération routière qui commençait à nourrir l’inquiétude des riverains.
Alors que les projets d’élargissement et de création de voies de desserte doivent permettre de désengorger plusieurs secteurs du Grand Libreville, la gouverneure de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, a appelé mardi les populations potentiellement touchées à la sérénité et surtout à ne pas confondre marquage, recensement et démolition. Le message officiel marque une inflexion importante dans un dossier où la question des habitations et des indemnisations est devenue aussi sensible que celle des infrastructures.
Les secteurs concernés se situent notamment entre l’ancien Delta et le carrefour Clando, ainsi que dans plusieurs zones d’Okala et de Cibiba, dans les 1er et 2e arrondissements de Libreville et sur le territoire d’Akanda. Le projet répond à un objectif clair d’aménagement urbain, créer de nouvelles voies de desserte et des axes de délestage pour soulager une capitale confrontée à la saturation de plusieurs de ses itinéraires structurants. Les travaux s’inscrivent dans une stratégie engagée depuis plusieurs mois pour ouvrir et élargir les voiries du Grand Libreville.
Mais l’autorité provinciale veut désormais que cette ambition infrastructurelle soit encadrée par une procédure précise. Quatre étapes ont été annoncées, le marquage des emprises, le recensement et l’identification des constructions concernées, l’élaboration d’un Plan d’action et de réinstallation à travers des consultations publiques, puis la libération des emprises avant le démarrage des travaux.
Cette chronologie change substantiellement la lecture des événements. Le marquage ne signifie pas, à lui seul, qu’une maison est immédiatement condamnée. Il doit d’abord permettre de déterminer précisément les biens situés dans l’emprise du projet. Le recensement devient donc la pièce maîtresse de la procédure, puisqu’il doit établir qui est concerné, par quel bien et dans quelles conditions.
Okala, le point de tension
C’est à Okala Village que les inquiétudes ont été les plus visibles ces derniers jours. Des représentants des habitants, dont Édouard Ekomie et Alphonsine Ngoua Mba, ont dénoncé l’imminence de démolitions qu’ils estimaient trop rapides et demandé une clarification sur les indemnisations, le tracé et le respect des propriétés familiales.
Le collectif affirme avoir constitué des dossiers comprenant titres fonciers, plans de bornage et expertises et soutient avoir proposé un tracé alternatif passant davantage vers la mangrove. Cette proposition, présentée comme moins destructrice pour les habitations, devra être appréciée sur les plans technique, environnemental et financier par les services compétents.
La dimension humaine du dossier est particulièrement sensible à l’approche de la rentrée scolaire. Pour les familles qui pourraient être concernées, une éventuelle libération de leur habitation ne représente pas seulement une opération immobilière. Elle signifie trouver un autre toit, organiser un déménagement, préserver les biens familiaux et, parfois, assurer la scolarité des enfants dans un délai court.
C’est précisément pour éviter que cette incertitude ne dégénère en confrontation que le gouvernement insiste désormais sur le processus de recensement et de consultation. La gouverneure assure que les préoccupations des personnes affectées seront prises en compte dans le cadre des procédures annoncées. Elle rappelle également que seules les communications émanant des membres du gouvernement ou de son autorité doivent être considérées comme officielles.
La réinstallation sera le véritable test
Le Plan d’action et de réinstallation constitue ici l’étape décisive. Dans les grands projets d’infrastructures, ce type de dispositif doit précisément permettre d’identifier les personnes et les biens affectés, d’organiser les consultations et de définir les mesures d’accompagnement nécessaires. Le Gabon a déjà utilisé ce cadre pour des projets routiers d’envergure, notamment le réaménagement de la RN1 entre les PK 50 et 75, avec un dispositif associant autorités locales, communautés et personnes affectées.
L’enjeu sera donc de faire de cette procédure un véritable outil de dialogue et non une simple étape administrative. La transparence sur les emprises, l’identification exacte des constructions, la clarté des critères d’indemnisation et le calendrier de libération seront essentiels pour restaurer la confiance.
Le contraste avec d’autres opérations récentes est instructif. Dans les zones d’Akémidjogoni et de la Baie des Cochons, des indemnisations ont déjà été effectuées pour des populations touchées par des travaux routiers, montrant qu’un chantier peut être accompagné d’un règlement concret des conséquences sociales.
Le projet de Libreville met donc l’État face à une double obligation. Il doit accélérer les infrastructures dont la capitale a besoin, tout en évitant que la vitesse d’exécution ne produise une crise foncière ou sociale. L’une des conditions de réussite sera également de publier une information suffisamment précise pour que les habitants puissent distinguer ce qui est décidé, ce qui est encore à l’étude et ce qui relève de simples rumeurs.
Le développement urbain n’est pas incompatible avec la protection des populations. Il exige simplement que la route soit précédée par une méthode. À Libreville et Akanda, la séquence annoncée par la gouverneure offre précisément cette possibilité. Recenser avant de libérer, consulter avant de déplacer, identifier avant d’indemniser et clarifier avant de démolir. La crédibilité du projet ne se mesurera donc pas seulement au nombre de kilomètres de voirie créés, mais à la capacité de l’État à démontrer qu’une capitale peut se moderniser sans transformer ses habitants en victimes collatérales de sa propre modernisation.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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