Gabon : dix ans pour protéger la mer
Libreville, Jeudi 10 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Dix ans après le lancement de l’Opération Albacore, le Gabon veut faire de la protection de ses eaux une politique durable plutôt qu’une succession d’opérations ponctuelles. La clôture de la 9ᵉ édition, le 8 septembre 2026 à Libreville, a consacré une décennie de coopération avec Sea Shepherd Global contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée.
Derrière cette alliance se joue un enjeu beaucoup plus vaste, celui de la maîtrise d’un espace maritime devenu à la fois une réserve écologique, un actif économique et une composante de la souveraineté nationale.
Depuis 2016, les opérations conjointes en mer ont renforcé la capacité du Gabon à détecter les activités suspectes, contrôler les navires et faire appliquer les règles de pêche. La présence de la Direction générale des pêches et de l’aquaculture, de la Marine nationale, de l’Agence nationale des parcs nationaux et des services des Eaux et Forêts traduit cette approche intégrée. La mer n’est plus considérée comme un espace relevant d’une seule administration, mais comme un territoire où se croisent sécurité, environnement, économie et souveraineté.
L’enjeu est considérable pour un pays dont la façade maritime et les ressources halieutiques constituent un potentiel encore largement sous-exploité.
Depuis dix ans, Albacore a ainsi dépassé la seule logique de répression. En améliorant la surveillance des eaux gabonaises, le dispositif contribue à préserver les stocks de poissons, protéger les écosystèmes et sécuriser les revenus futurs d’une économie bleue que Libreville veut développer. Chaque navire contrôlé n’est donc pas seulement une opération policière. C’est aussi une tentative de préserver une ressource dont dépendent les générations futures.
Cette coopération a été consolidée au fil des années par plusieurs accords. Le dernier protocole entre le Gabon et Sea Shepherd Global a été signé le 7 janvier 2025, confirmant la volonté des deux parties de prolonger leur partenariat. Sa pérennisation est révélatrice d’un changement de perspective. Pour Libreville, l’expertise internationale ne doit plus simplement servir à traquer les contrevenants. Elle doit contribuer à bâtir des capacités nationales de surveillance et de gouvernance maritime.
Le caractère gouvernemental de la cérémonie du 8 septembre est à cet égard significatif. La présence simultanée des ministres chargés de la Mer, de la Défense et des Eaux et Forêts donne à la politique maritime une dimension interministérielle qui correspond aux réalités du terrain. La protection des eaux gabonaises ne relève plus d’un seul ministère ou d’une seule force. Elle nécessite du renseignement, des moyens navals, des capacités scientifiques, des contrôles administratifs et une justice capable de donner une suite effective aux infractions.
Le véritable défi est désormais de franchir une nouvelle étape. Dix ans de coopération doivent permettre au Gabon de capitaliser les données accumulées, de renforcer ses propres moyens techniques et humains et de consolider une chaîne de contrôle qui fonctionne avant même qu’un partenaire extérieur n’intervienne.
La protection maritime est également une question de développement. La pêche durable, la conservation des espaces marins et la lutte contre les pratiques illégales peuvent créer davantage de valeur locale, améliorer la sécurité alimentaire et attirer des investissements dans les secteurs liés à l’économie bleue. Une ressource mieux protégée devient une ressource économiquement plus prévisible.
L’expérience Albacore montre donc une réalité souvent mal comprise. La souveraineté maritime ne consiste pas simplement à posséder une vaste zone maritime sur une carte. Elle suppose de savoir qui y circule, ce qui y est prélevé et dans quelles conditions.
Après dix ans, le Gabon dispose d’un acquis important. Il doit désormais transformer cette expérience en doctrine nationale, avec des moyens permanents, des contrôles crédibles et une exploitation responsable des ressources.
La mer gabonaise ne doit pas être seulement protégée contre le pillage. Elle doit être organisée pour produire durablement de la richesse. C’est à cette condition que l’Opération Albacore aura véritablement changé l’histoire maritime du pays.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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