Gabon – Port-Gentil sous le pétrole : l’ONG CSE accuse TotalEnergies et dénonce l’inaction de l’État
Libreville, Dimanche 1er Mars 2026 (Infos Gabon) – Une nappe noire au cœur d’un quartier résidentiel, des familles évacuées à la hâte et des autorités restées discrètes pendant de longues heures.
À Port-Gentil, capitale économique du Gabon, une fuite de pipeline a ravivé les tensions autour de l’exploitation pétrolière. L’ONG Croissance Saine Environnement (CSE) parle de « catastrophe écologique » et met directement en cause TotalEnergies EP Gabon.
Une fuite au cœur des habitations
Tout commence mardi 24 février, peu après 14 heures, dans le quartier Côte d’Azur, dans le premier arrondissement de Port-Gentil. Un riverain observe un liquide noir jaillir du sol avant d’envahir sa cour. Rapidement, l’odeur d’hydrocarbures se répand, et la panique gagne les habitants.
Selon les premières constatations relayées par les médias locaux, la fuite proviendrait d’un pipeline transportant du pétrole brut entre le champ offshore d’Anguille et le terminal du Cap Lopez. La conduite, enfouie à proximité immédiate des habitations, aurait cédé sous l’effet d’une surpression.
Le brut s’est infiltré dans plusieurs parcelles, transformant un quartier résidentiel en zone à risque.
Intervention rapide, communication mesurée
Les sapeurs-pompiers ont été dépêchés sur place, suivis des services provinciaux des Hydrocarbures et de l’Environnement. Un périmètre de sécurité a été établi et des familles directement menacées ont été temporairement relogées. Leur prise en charge a été assurée par TotalEnergies EP Gabon, propriétaire de l’infrastructure.
Les autorités affirment que la fuite a été localisée et que les travaux de réparation ont débuté dès le lendemain. Officiellement, la situation serait désormais « maîtrisée ».
Mais pour plusieurs organisations environnementales, cette version reste incomplète.
« Une fragilité extrême de l’écosystème »
Dans un communiqué au ton sévère, l’ONG Croissance Saine Environnement (CSE) estime que l’événement dépasse le simple incident technique. Son Conseil scientifique international, présidé par le professeur Alain Merle, évoque une « défaillance technique » révélatrice d’infrastructures vieillissantes.
Pour CSE, l’écosystème lagunaire et marin de Port-Gentil constitue un sanctuaire naturel dont dépendent pêcheurs et communautés riveraines. « Loin d’être un simple incident, c’est un signal d’alerte majeur », souligne l’organisation, qui rappelle que ce type d’accident n’est pas inédit dans la région.
L’ONG dénonce également le « silence prolongé » des pouvoirs publics dans les premières heures de la crise, s’interrogeant sur la capacité de l’État à exercer un contrôle rigoureux face à un opérateur pétrolier majeur.
Entre dépendance économique et impératif environnemental
À Port-Gentil, ville historiquement façonnée par l’industrie pétrolière, la tension entre développement économique et protection environnementale n’est pas nouvelle. Le Gabon tire une part importante de ses revenus des hydrocarbures, mais cherche parallèlement à promouvoir une image de pays engagé dans la préservation de ses écosystèmes.
La répétition d’incidents fragilise cet équilibre. Pour les ONG, l’enjeu dépasse la réparation d’une conduite : il s’agit d’évaluer l’état réel des infrastructures, la transparence des procédures de maintenance et l’efficacité des mécanismes de contrôle.
Des explications attendues
Si TotalEnergies EP Gabon assure avoir pris les mesures nécessaires pour contenir la fuite et sécuriser la zone, Croissance Saine Environnement réclame une enquête indépendante, une évaluation environnementale approfondie et, le cas échéant, des sanctions.
Au-delà de la gestion immédiate de la crise, c’est la question de la responsabilité et de la prévention qui est posée. Dans une ville où le pétrole est omniprésent, la population attend désormais des garanties.
Car derrière la nappe noire qui s’est infiltrée dans les sols de Côte d’Azur, c’est une inquiétude plus large qui affleure : celle d’un modèle économique dont les failles techniques pourraient, à terme, peser lourdement sur l’environnement et la confiance des citoyens.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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