Gabon : Pourquoi le gouvernement mise sur la nouvelle taxe d’habitation pour éviter l’austérité ?
Libreville, Mardi 9 Décembre 2025 (Infos Gabon) – Face à une équation budgétaire devenue intenable, l’exécutif gabonais a tranché : plutôt que d’imposer des mesures d’austérité, de réduire les salaires ou de supprimer les bourses étudiantes, le gouvernement a choisi d’introduire une Taxe Forfaitaire d’Habitation (TFH).
Prélevée directement sur les factures d’électricité dès 2026, cette contribution s’inscrit dans ce que les autorités présentent comme un « pacte de responsabilité nationale », destiné à préserver la stabilité sociale du pays.
Préserver les salaires, les bourses et la paix sociale
Pour le Chef de l’Etat, la ligne rouge est claire. « Je ne vais jamais licencier un Gabonais de la fonction publique », a-t-il répété ces dernières semaines, en réponse aux inquiétudes suscitées par la situation économique.
Alors que plusieurs pays africains ont été contraints, sous pression financière, de réduire leurs effectifs publics ou de couper dans les aides sociales, Libreville affirme vouloir suivre une voie différente : maintenir le contrat social en place, quitte à innover dans les modes de financement de l’action publique.
Une équation budgétaire à la limite de la rupture
La pression sur les finances publiques est pourtant bien réelle. L’on note que 60 % des recettes partent dans le remboursement de la dette, et 35 % sont absorbés par les salaires de la fonction publique. Il reste moins de 5 % pour les investissements, l’entretien des routes, la salubrité urbaine, ou encore la modernisation des infrastructures.
Dans ces conditions, l’État n’avait que trois options : réduire drastiquement sa masse salariale, suspendre les bourses et aides sociales, ou créer des ressources nouvelles.
La TFH a été présentée comme l’option la moins dommageable pour les ménages, dans une logique de souveraineté budgétaire : financer le pays par ses propres capacités, plutôt que subir des ajustements imposés par l’extérieur.
Une taxe “selon les capacités de chacun”
Selon le gouvernement, la TFH repose sur un principe d’équité : contribuer en fonction de son niveau de vie et de sa zone d’habitation. Ainsi, les tarifs ont été calibrés pour éviter d’alourdir le quotidien des ménages modestes, indique-t-on.
Foubourgs et zones populaires : 500 à 1 000 FCFA par mois. Quartiers intermédiaires : montants gradués selon les caractéristiques du logement. Quartiers résidentiels et zones premium : 10 000 à 30 000 FCFA par mois.
Les zones rurales, quant à elles, sont exemptées dans la première phase d’application.
Un outil de financement ciblé pour les services urbains
Contrairement aux idées reçues, la TFH n’est pas un impôt sur la propriété. Il s’agit d’une contribution liée à l’occupation ou à l’usage d’un logement, et non à son statut foncier. Elle est destinée à financer des missions précises : la salubrité, la collecte des déchets, l’entretien urbain, et certaines infrastructures publiques de proximité.
Elle remplace, en l’élargissant, l’ancienne Contribution pour les ordures ménagères, longtemps jugée inefficace.
Un pari politique risqué, mais assumé
En adossant la collecte à la SEEG, le gouvernement cherche à digitaliser et sécuriser la fiscalité, en s’appuyant sur un réseau de facturation fiable. Cette innovation vise à contourner les déficiences du cadastre, qui empêchent depuis des années un recouvrement efficace des taxes locales.
Mais la mesure reste sensible : beaucoup s’interrogent sur le poids de cette taxe dans un contexte économique déjà difficile ; d’autres craignent un effet domino et un élargissement futur de la pression fiscale ; certains saluent toutefois un choix responsable pour éviter une austérité brutale.
Un débat national qui ne fait que commencer
La mise en place de la TFH pourrait devenir l’un des grands chantiers politiques et sociaux de 2026. Elle place le pays devant un dilemme majeur : comment financer durablement l’action publique sans sacrifier les acquis sociaux ?
Pour le gouvernement, l’objectif est clair : préserver la stabilité ; garantir la continuité des services publics ; et engager une transition vers un modèle fiscal plus moderne.
Reste désormais à convaincre les citoyens que cette contribution, modeste pour les uns, lourde pour les autres, sera réellement utilisée de manière transparente et efficace, condition indispensable pour qu’elle soit acceptée.
FIN/INFOSGABON/SO/2025
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