Le Parlement gabonais freine la réforme du crédit
Libreville, Lundi 11 Mai 2026 (Infos Gabon) – Les députés gabonais opposent un coup d’arrêt à un texte jugé sensible pour le système bancaire.
C’est un signal politique et économique fort envoyé par l’Assemblée nationale gabonaise. Réunis en séance plénière au Palais Léon Mba, les députés ont choisi de rejeter le projet de loi encadrant l’activité de crédit dans les secteurs bancaire et de la microfinance. Une décision rare, révélatrice d’une volonté affirmée du Parlement de peser davantage sur les grandes orientations économiques du pays.
Présenté par le gouvernement comme un instrument destiné à moderniser le financement de l’économie, sécuriser les opérations de crédit et améliorer l’inclusion financière, le texte s’est finalement heurté aux inquiétudes des élus quant à sa compatibilité avec les règles communautaires de la CEMAC et de la COBAC, les deux principales autorités de régulation financière en Afrique centrale.
Au-delà du simple rejet technique, cette séquence parlementaire marque une évolution du débat institutionnel au Gabon. Désormais, les réformes économiques stratégiques devront convaincre autant sur le fond que sur leur cohérence juridique et régionale.
Une réforme bancaire stoppée au nom de la prudence
Le projet de loi examiné vendredi ambitionnait de fixer de nouvelles règles relatives à l’activité de crédit dans les banques et établissements de microfinance au Gabon. Dans un contexte marqué par les difficultés d’accès au financement pour les ménages et les petites entreprises, le gouvernement souhaitait renforcer l’encadrement juridique du secteur tout en améliorant la protection des usagers.
Mais très vite, plusieurs parlementaires ont estimé que certaines dispositions du texte risquaient d’entrer en contradiction avec les mécanismes communautaires déjà en vigueur au sein de la zone CEMAC.
La présidente de la Commission des finances, Nicole Jeanine Lydie Roboty épouse Mbou, avait d’ailleurs alerté sur la nécessité de « préserver la cohérence du dispositif bancaire communautaire tout en veillant à mieux protéger les usagers et les établissements nationaux ».
Cette prudence traduit une réalité souvent méconnue, selon laquelle, dans l’espace CEMAC, les politiques monétaires et une grande partie de la réglementation bancaire sont harmonisées à l’échelle régionale. Toute initiative nationale dans ce domaine doit donc s’inscrire dans un équilibre délicat entre souveraineté économique et intégration communautaire.
Des députés qui réclament une réforme plus solide
Le rejet du texte ne signifie pas une opposition de principe à la réforme du secteur bancaire. Au contraire, les députés ont formulé une série de recommandations qui dessinent les contours d’une future réforme plus structurée.
Parmi les principales demandes figurent notamment la consultation préalable et conforme de la CEMAC et de la COBAC avant toute nouvelle initiative législative, la baisse du taux effectif global moyen pratiqué au Gabon, régulièrement critiqué pour son niveau élevé. L’on note également une clarification plus rigoureuse des créances en souffrance, l’ouverture de la centrale des risques aux établissements de microfinance, le renforcement des tribunaux de commerce, ainsi que le développement de mécanismes d’épargne longue capables de soutenir durablement l’investissement.
Derrière ces propositions se cache une préoccupation centrale. Les députés veulent rendre le système financier plus accessible sans fragiliser son équilibre. Car au Gabon, comme dans plusieurs pays africains, la question du crédit demeure un enjeu social majeur. Entre taux élevés, difficultés d’accès au financement et fragilité de certaines structures de microfinance, de nombreux ménages et entrepreneurs restent exclus des circuits classiques de financement.
Le Parlement affirme son rôle de contre-pouvoir
La portée politique de cette séance dépasse largement le cadre bancaire. En rejetant un texte porté par le gouvernement, les députés démontrent une volonté croissante d’exercer pleinement leur mission de contrôle et d’évaluation des politiques publiques.
Cette posture a été assumée par le président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga M. Ndiaye, qui a rappelé « l’importance pour le Parlement d’exercer pleinement sa mission de contrôle et d’adaptation des textes aux réalités nationales et communautaires ».
Dans un contexte de recomposition institutionnelle et de transformation de l’action publique au Gabon, cette séquence illustre aussi l’émergence d’un Parlement plus attentif aux implications techniques, économiques et juridiques des réformes proposées.
Le second texte examiné au cours de cette plénière, relatif au règlement du Congrès du Parlement, a d’ailleurs été adopté avec plusieurs amendements, preuve que les élus entendent désormais intervenir plus activement dans la structuration de la vie institutionnelle.
Une décision qui interpelle toute l’Afrique centrale
Le débat ouvert à Libreville dépasse les frontières gabonaises. Il pose une question essentielle pour les économies africaines intégrées. Comment moderniser les systèmes financiers nationaux tout en respectant les mécanismes communautaires de régulation ?
À travers ce rejet, le Parlement gabonais rappelle qu’une réforme bancaire ne peut être uniquement technique. Elle touche directement à la stabilité économique, à la confiance des investisseurs, à l’accès des populations au financement et à l’équilibre régional. Le message envoyé par les députés est clair. Réformer oui, mais sans précipitation, sans incohérence juridique et sans fragiliser les équilibres existants.
Dans une Afrique centrale en quête de modernisation financière, le Gabon vient peut-être d’ouvrir un débat plus large sur la manière de concilier souveraineté économique, intégration régionale et protection des citoyens.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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