Environnement

Les oiseaux d’eau, nouvelle sentinelle des zones humides africaines

Libreville, Mercredi 26 Août 2026 (Infos Gabon) – L’Afrique du Nord et le Sahel ont besoin de mieux connaître leurs zones humides pour mieux les protéger. C’est le sens de la nouvelle session du cours en ligne gratuit consacré au suivi des oiseaux d’eau, relancée par la FAO et ses partenaires à partir du 15 septembre 2026.

Derrière cette formation consacrée à l’identification et au dénombrement des espèces se joue un enjeu beaucoup plus large que l’ornithologie. Il s’agit de construire, à l’échelle africaine, une capacité durable à mesurer l’état des écosystèmes, anticiper leurs dégradations et éclairer les décisions publiques par des données fiables. (FAO).

Intitulé « Identifier et dénombrer les oiseaux d’eau en Afrique du Nord et au Sahel », le programme développé dans le cadre du projet RESSOURCE+ du Programme de gestion durable de la faune sauvage s’appuie sur une première session particulièrement suivie en 2025. Plus de 1 600 personnes issues de 45 pays s’étaient inscrites, dont des participants provenant de 27 pays africains. La deuxième session sera accessible du 15 septembre 2026 au 31 mai 2027, avec des inscriptions ouvertes jusqu’au 15 avril 2027. (FAO).

La formation est conçue en français et accessible gratuitement. Elle comprend six modules interactifs, des contenus d’experts, des photographies et vidéos, des fiches d’identification et des exercices d’évaluation. Les apprenants peuvent progresser à leur rythme et obtenir une certification après réussite de l’évaluation finale. Le parcours représente environ 40 heures d’apprentissage et comprend des ressources consacrées à plus de 200 espèces d’oiseaux d’eau. (FAO).

Ce dispositif répond à une faiblesse structurelle de nombreuses politiques de conservation. Sans observations régulières et comparables, il devient difficile de savoir si une population animale progresse, décline ou change de répartition. Or les zones humides africaines sont soumises à des pressions multiples, liées notamment à la transformation des paysages, à l’exploitation des ressources, aux changements hydrologiques et aux activités humaines.

Mesurer pour protéger

Les oiseaux d’eau constituent à cet égard de véritables indicateurs biologiques. Leur présence, leur abondance et leurs déplacements peuvent renseigner sur l’évolution des habitats auxquels ils sont liés. La FAO souligne depuis plusieurs années que la dégradation des zones humides sahéliennes affecte simultanément la biodiversité et les moyens de subsistance des communautés qui dépendent de ces territoires pour l’eau, la pêche, les pâturages ou certaines activités économiques. (FAO).

Le suivi des oiseaux d’eau prend donc une dimension stratégique. Savoir reconnaître une espèce ne constitue que la première étape. Les participants apprennent également à organiser des comptages, interpréter les résultats et intégrer les observations dans des réseaux plus larges de surveillance. À terme, cette circulation des données doit permettre de mieux comparer les situations entre pays et d’améliorer les politiques de conservation.

La session de 2025 fournit déjà un enseignement important. Les étudiants représentaient 42 % des participants et la majorité des apprenants avaient entre 18 et 34 ans. Plus de 240 personnes avaient achevé au moins la moitié du parcours et 172 avaient obtenu la certification. La stratégie consiste donc clairement à investir dans une nouvelle génération d’observateurs, capable de prendre progressivement le relais des réseaux d’experts existants.

Cette dimension est essentielle pour l’Afrique. La conservation ne peut durablement dépendre uniquement d’expertises venues de l’extérieur. Elle doit produire ses propres compétences, ses propres données et ses propres institutions capables de les exploiter.

Des oiseaux au cœur d’une politique territoriale

Le projet RESSOURCE+ porte cette ambition au-delà de la formation. Mis en œuvre notamment au Sénégal, au Tchad et en Mauritanie, il cherche à renforcer la gestion des zones humides, le suivi des oiseaux d’eau et la mise en place de politiques compatibles avec les besoins des communautés locales. La FAO travaille avec la Tour du Valat et l’Office français de la biodiversité, avec le soutien financier du Fonds français pour l’environnement mondial et de l’Union européenne. (FAO).

L’objectif est particulièrement pertinent dans le Sahel, où les mêmes zones humides peuvent simultanément être des espaces de biodiversité, des zones de pêche, des pâturages, des réservoirs d’eau et des lieux d’activités économiques. Une politique de conservation efficace doit donc éviter l’opposition artificielle entre protection de la nature et besoins humains.

Le suivi scientifique peut justement permettre d’arbitrer. Des données suffisamment robustes peuvent aider à déterminer les périodes sensibles, mieux encadrer certaines activités, identifier les zones prioritaires et mesurer l’effet des politiques mises en œuvre.

La formation lancée en septembre constitue ainsi davantage qu’un cours en ligne. Elle participe à la construction d’une infrastructure invisible mais essentielle à la gouvernance environnementale africaine, celle des compétences et des données.

L’Afrique ne pourra pas protéger efficacement ses zones humides en se contentant de déclarer leur importance. Elle doit être capable de savoir ce qui s’y passe, de mesurer les changements et d’agir sur la base de preuves. Les oiseaux d’eau deviennent ainsi plus que des espèces à préserver. Ils sont des sentinelles de territoires dont dépendent des millions de personnes. Former ceux qui savent les observer, les identifier et les compter revient finalement à former ceux qui pourront mieux comprendre l’état des écosystèmes africains et défendre leur avenir.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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