Environnement Société

Lutte contre le commerce illégal d’espèces sauvages : Ali Bongo Ondimba plaide pour l’action

Libreville, Samedi 13 Octobre 2018 (Infos Gabon) – Le président gabonais a invité vendredi à Londres en Grande-Bretagne ses homologues de l’Initiative pour la protection des éléphants à poser des actes concrets pour mettre ces pachydermes à l’abri des différentes menaces dont ils font l’objet.

Invité vendredi à prendre la parole à Londres en Grande Bretagne à la faveur de la réunion d’inauguration du Groupe consultatif de l’Initiative pour la protection des éléphants (EPI), le président gabonais a entamé son propos par un constat d’échec dans la mise en œuvre effective de cette initiative. Dans son franc-parler habituel, Ali Bongo Ondimba n’est pas allé du dos de la cuillère pour dénoncer l’inaction dont font montre les Etats-membres de l’EPI face à l’abattage sauvage des pachydermes.

«Nous avons constaté qu’en dépit des belles paroles et l’adoption unanime du Plan d’action pour l’éléphant d’Afrique par les États de l’aire de répartition de l’éléphant d’Afrique à la CITES en 2010, en 2014, presque rien n’a été fait pour mettre le plan en œuvre. Peu de ressources ont été allouées au fonds mis en place pour la mise en œuvre du plan. On constate malheureusement que, personne ne s’est approprié le plan, personne n’assurait le suivi des avancées. Et plus encore, les éléphants ont continué à être décimés de façon drastique», a-t-il déclaré, l’air un tantinet déçu.

Or, à son lancement en 2014, cette initiative présentait des objectifs nobles visant à éradiquer le trafic d’ivoire du fait des niveaux insoutenables d’abattage d’éléphants et à mettre en œuvre le Plan d’action pour la protection de l’éléphant d’Afrique.

Place à l’action

Face à ce constat d’échec, le chef de l’Etat gabonais pense que l’heure est désormais à l’action. «Il faut agir plutôt que parler. Les cinq nations fondatrices ont depuis lors été rejointes par quatorze autres États de l’aire de répartition de l’éléphant, et cinq autres États souhaitent nous rejoindre au moment où nous parlons. Regardez autour de vous. L’EPI constitue désormais une force indiscutable. Nous faisons des progrès et nous sommes décidés à continuer. Des populations d’éléphants font face à une crise. L’EPI ne recherche pas une solution à court terme; des mesures sporadiques pour l’avenir; le financement d’un nombre limité de projets», a martelé Ali Bongo Ondimba.

L’orateur a ainsi tenu à rappeler que sur les quatre objectifs de l’EPI, trois sont en voie d’être atteints. «Le commerce international de l’ivoire est au point mort, bien que certains pays persistent à s’opposer à son interdiction totale. Les marchés intérieurs sont en cours de fermeture dans les États membres de l’EPI et au-delà. Les États membres de l’EPI ont mis leurs stocks d’ivoire à l’abri de tout usage commercial. Certains ont opté pour la voie de la destruction, d’autres pour celle de la sécurisation; mais nous nous sommes tous engagés à ne pas utiliser nos stocks et avons éliminé toute possibilité de fuite dans la chaîne d’approvisionnement illégale», a-t-il relevé.

Lutte contre le commerce de l’ivoire : l’Afrique au premier plan

Pour le président gabonais, il n’est pas que question pour les membres de l’EPI, malgré leurs différences, de se laisser dominer par leurs divergences. «Je demande aux États de l’aire de répartition de l’éléphant d’Afrique, qu’ils partagent tous les objectifs de l’EPI ou non, de collaborer, aux fins de mettre en œuvre le Plan d’action de notre organisation. Il faut plusieurs partis pour parler de démocratie, et il faut divers intérêts et collaborateurs pour faire exister une initiative aussi ambitieuse que l’EPI», a-t-il recommandé. Il a également tenu à rassurer ses pairs sur le fait que les Plans d’action nationaux pour les éléphants mis en place par les pays africains apportent la réponse aux questions posées lors de la première Conférence sur le commerce illégal des espèces sauvages.

A l’occasion, la communauté internationale a lancé un défi à l’Afrique : « Dites-nous ce dont les dirigeants africains ont besoin pour protéger la population d’éléphants en baisse. Quel est votre plan pour lutter contre le braconnage ? Comment susciterez-vous chez les populations rurales l’intérêt de protéger leur biodiversité ? Comment rendrez-vous la protection de vos éléphants primordiale dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable?». «Ils s’alignent sur le Plan d’action pour l’éléphant d’Afrique et sont complétés par des plans de mise en œuvre chiffrés, afin de poser les bases de la protection des éléphants et de toutes les espèces qui cohabitent au sein du territoire de l’éléphant», a tenu à rassurer le chef de l’Etat gabonais.

«Ne laissez personne mettre en doute la détermination de l’EPI à atteindre ses objectifs. Les États membres de l’EPI ont donné de leur sang et leur richesse pour la protection de nos éléphants. Des Africains meurent au front pour protéger les éléphants contre les braconniers. Les communautés en Afrique perdent leurs récoltes et sont tuées par ces magnifiques, mais dangereuses bêtes. Des villageois affamés font les frais de l’appétit des éléphants alors que des pays qui ont éradiqué les menaces animales locales contre leurs populations, réclament des mesures de conservation», a relevé Ali Bongo Ondimba.

Les financements font défaut

Au-delà d’un simple manque de volonté des uns et des autres à passer des paroles aux actes, l’EPI reste également confrontée à l’incapacité de ses membres à mettre en place le financement international nécessaire pour une lutte efficace contre le massacre des éléphants d’une part et la protection des riverains d’autre part. Pour Ali Bongo Ondimba, sans fonds durable, tous ces efforts sont voués à l’échec. «Le reste du monde est-il disposé à nous aider? Si la communauté internationale n’est pas capable ou disposée à identifier les financements nécessaires à la mise en œuvre de ces plans, en dépit de nos contributions budgétaires nationales, qui s’élèvent à des dizaines de millions de dollars, alors les NEAP ne seront que des feuilles de papier», a-t-il prévenu.

Il pense pour cela que «grâce au financement des économies durables d’espèces sauvages, et un tourisme qui devrait connaître une expansion au cours de la prochaine décennie, nous pouvons protéger la plus emblématique des espèces et son habitat naturel, pour elles, pour nous et pour les générations d’enfants à naître». Il a ainsi invité les participants à cette rencontre à mettre en place un nouveau cadre de financement du développement en faveur de la conservation et à faire pencher la balance en faveur de l’action.

Avec la création d’une entité juridique présidée par Ian Khama, ancien président du Botswana, l’EPI sera désormais capable de porter l’initiative à un niveau plus important. «Maintenant que l’EPI est établie comme un mécanisme juridique, elle pourra solliciter un financement pour la mise en œuvre des NEAP à part entière», espère l’orateur. Il annonce également un partenariat officiel de l’EPI avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et une fenêtre prévue dans le fonds The Lion’s Share.

Rendez-vous a été pris au Gabon en 2019 pour l’organisation de la seconde réunion internationale du Groupe consultatif.

FIN/INFOSGABON/PM/2018

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