Mbamba 26, la nouvelle doctrine militaire du Gabon
Libreville, Lundi 18 Mai 2026 (Infos Gabon) – Dans les forêts épaisses de la Ngounié, au sud du Gabon, les manœuvres militaires menées ces dernières semaines dépassent largement le cadre d’un simple exercice tactique.
Avec la deuxième édition de l’opération conjointe « Mbamba 26 », Libreville et Paris affichent une volonté commune. Celle de redéfinir leur coopération de défense dans un contexte africain marqué par la recomposition des alliances sécuritaires, la montée des menaces asymétriques et le recul progressif de l’influence militaire française sur le continent.
Pendant deux semaines, les élèves officiers de deuxième année de l’École Nationale des Forces Militaires de Mandilou (ENFOMA) et les élèves sous-officiers de l’École Nationale des Sous-Officiers d’Active de Mouila (ENSOA) ont été plongés dans des conditions proches des réalités opérationnelles contemporaines. Combat en jungle, opérations urbaines, infiltration tactique, neutralisation d’engins explosifs improvisés : Mbamba 26 a servi de laboratoire grandeur nature pour préparer les futures élites militaires gabonaises aux nouvelles formes de conflictualité.
Mais derrière les entraînements et les démonstrations tactiques, cet exercice révèle surtout un repositionnement stratégique du partenariat militaire franco-gabonais.
Une coopération militaire qui change de dimension
À l’heure où plusieurs pays africains ont pris leurs distances avec la présence militaire française, le Gabon choisit une autre voie. Celle d’un partenariat restructuré autour du transfert de compétences, de la professionnalisation des forces et de l’interopérabilité opérationnelle.
Mbamba 26 illustre cette mutation. L’objectif n’est plus seulement la présence symbolique d’alliés étrangers, mais la construction d’une armée gabonaise capable de conduire des opérations complexes dans des environnements instables et technologiquement exigeants.
Le point culminant de l’exercice, une synthèse opérationnelle de 48 heures organisée du 20 au 22 avril, a mis à l’épreuve cette montée en puissance. Les jeunes officiers gabonais ont tour à tour pris le commandement de troupes mixtes gabono-françaises dans des scénarios simulant des affrontements réels. Les opérations ont conduit les unités engagées à effectuer une reconnaissance de 16 kilomètres autour du lac Bleu de Mouila avant de mener des actions d’infiltration et d’assaut contre un quartier général fictif.
Le 21 avril, les forces mobilisées annonçaient avoir atteint leurs objectifs tactiques après la neutralisation complète des éléments adverses simulés.
Au-delà du résultat militaire, l’exercice a surtout permis de tester les capacités de commandement, de coordination et de prise de décision des futurs cadres des Forces armées gabonaises.
Le Gabon face aux nouveaux défis sécuritaires africains
Dans un continent confronté à l’expansion des groupes armés, au terrorisme transnational, aux trafics illicites et aux risques de déstabilisation régionale, le Gabon entend désormais renforcer sa capacité d’anticipation et de réaction.
Jusqu’ici relativement épargné par les grands foyers d’insécurité qui secouent certaines régions africaines, le pays cherche néanmoins à moderniser son appareil de défense afin de prévenir toute vulnérabilité future. La professionnalisation des forces devient ainsi une priorité stratégique pour les autorités gabonaises.
Mbamba 26 s’inscrit précisément dans cette logique. Les modules dispensés traduisent une adaptation aux réalités contemporaines des conflits : guerre asymétrique, combat en environnement urbain dense, mobilité tactique rapide et maîtrise des menaces explosives improvisées.
La présence du détachement français apporte également une dimension technologique et doctrinale importante dans la formation des jeunes cadres militaires gabonais.
Paris tente de reconstruire son influence militaire en Afrique
Pour la France, cet exercice possède aussi une portée géopolitique évidente. Après les ruptures observées au Mali, au Burkina Faso ou encore au Niger, Paris cherche désormais à reconstruire sa présence sécuritaire en Afrique sur des bases plus discrètes, plus ciblées et davantage axées sur la coopération technique.
Le Gabon apparaît aujourd’hui comme l’un des partenaires les plus stables de cette nouvelle stratégie. La cérémonie de clôture de Mbamba 26, présidée par le Colonel Mayandji François-Martial en présence du Colonel Baller Nicolas, chef du détachement de liaison interarmées français au Gabon, a d’ailleurs illustré cette volonté de continuité stratégique.
La cession de véhicules et d’équipements militaires à l’ENFOMA dépasse le simple geste symbolique. Elle traduit une volonté de consolider durablement les capacités opérationnelles des forces gabonaises tout en maintenant un ancrage militaire français dans une région considérée comme stratégiquement sensible.
Une armée plus moderne pour un État plus souverain
À Libreville, les autorités veulent désormais inscrire la modernisation des forces armées dans une vision plus large de souveraineté nationale. L’enjeu ne se limite plus à la défense du territoire. Il concerne également la protection des infrastructures stratégiques, des corridors économiques, des ressources minières et des investissements.
Dans cette perspective, Mbamba 26 apparaît comme un jalon important d’une transformation plus profonde de l’appareil sécuritaire gabonais.
L’exercice marque aussi l’émergence d’une nouvelle génération d’officiers formés aux standards contemporains de commandement et capables d’évoluer dans des environnements opérationnels complexes. Pour le Gabon, l’objectif est clair. Il faut disposer d’une armée plus autonome, plus professionnelle et plus crédible face aux défis du XXIe siècle.
Car dans un monde où les équilibres géopolitiques se recomposent rapidement, la sécurité n’est plus seulement une question militaire. Elle devient un levier de stabilité politique, de souveraineté économique et d’influence stratégique. Mbamba 26 montre que Libreville entend désormais jouer cette partition avec davantage d’ambition et de préparation.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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