Mobilité étudiante africaine : coûts, nouvelles destinations et avenir des études à l’étranger
Libreville, Mardi 30 Juin 2026 (Infos Gabon) – Alors que les flux d’étudiants africains vers l’international continuent de progresser, le secteur connaît de profondes mutations. Hausse des frais de scolarité dans certains pays, concurrence entre destinations universitaires, développement de nouveaux pôles d’attractivité en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, évolution des politiques migratoires et nouvelles attentes des familles redessinent le paysage mondial de l’enseignement supérieur.
JOGOO Espace accompagne depuis plusieurs années des étudiants africains en général et gabonais en particulier dans leurs projets académiques internationaux. Son dirigeant revient sur les défis actuels et les nouvelles réalités de la mobilité étudiante. Directeur et Fondateur de JOGOO Espace, Ntsinanda Alimbi Kebaly a répondu aux questions de notre rédaction.
Une mobilité étudiante en pleine transformation
Infos Gabon : Comment décririez-vous aujourd’hui l’évolution de la mobilité étudiante africaine ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : La mobilité étudiante africaine est en pleine mutation. Pendant longtemps, le réflexe principal consistait à regarder presque uniquement vers l’Europe, et notamment vers la France. Aujourd’hui, les étudiants et leurs familles adoptent une approche plus stratégique : ils comparent les coûts, la qualité des formations, les perspectives d’employabilité et les possibilités de retour sur investissement. On observe donc une mobilité plus diversifiée, plus rationnelle et plus ouverte à de nouvelles destinations.
Infos Gabon : Les étudiants gabonais ont longtemps privilégié la France, vous l’avez mentionné tout à l’heure. Cette tendance est-elle toujours dominante ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : La France reste une destination importante, notamment en raison de la langue, de l’histoire et de certains liens institutionnels. Mais elle n’est plus automatiquement la seule référence. De plus en plus d’étudiants gabonais s’intéressent à d’autres pays, soit pour des raisons de coût, soit pour des raisons de spécialisation, soit pour rechercher des environnements académiques plus adaptés à leur projet.
Infos Gabon : Quelles sont aujourd’hui les destinations les plus demandées par les étudiants que vous accompagnez ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Nous observons un intérêt croissant pour plusieurs zones. En Afrique, le Maroc, le Sénégal, le Ghana, l’Afrique du Sud ou encore la Tunisie attirent davantage. En Europe, la France reste forte, mais d’autres pays gagnent en visibilité. Hors d’Afrique, le Canada, la Turquie, la Chine et certains pays du Golfe suscitent aussi beaucoup d’attention.
Infos Gabon ; Observe-t-on un intérêt croissant pour des pays africains comme le Maroc, le Sénégal, le Ghana, l’Afrique du Sud ou encore la Tunisie ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Oui, clairement. Ces pays deviennent de vraies alternatives parce qu’ils combinent plusieurs atouts : des formations compétitives, des coûts souvent plus accessibles, une certaine proximité culturelle ou linguistique, et une meilleure lisibilité pour certaines familles. On voit que l’Afrique devient progressivement aussi une destination de formation, pas seulement un point de départ.
Infos Gabon : Quels sont les principaux facteurs qui influencent désormais le choix d’une destination universitaire ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Le premier facteur reste le coût global, pas seulement les frais de scolarité, mais aussi le logement, le transport et la vie quotidienne. Ensuite viennent la qualité académique, la reconnaissance du diplôme, les perspectives d’emploi, la simplicité des démarches, la stabilité du pays et les possibilités d’accompagnement. Les familles sont aussi beaucoup plus attentives à la sécurité du parcours.
Infos Gabon : Au Gabon, tous les étudiants et élèves ont-ils accès à votre structure y compris ceux qui sont en province ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Oui, c’est essentiel pour nous. JOGOO Espace ne doit pas être réservé à une élite urbaine. Nous voulons être accessibles à tous les jeunes, y compris ceux de l’intérieur du pays, grâce au digital, à l’information claire et à des relais de proximité quand cela est possible. L’enjeu, c’est que chaque jeune talent, où qu’il se trouve, puisse avoir une chance réelle d’être orienté correctement.
La question sensible des frais de scolarité
Infos Gabon : Une réforme française prévoit une forte augmentation des frais de scolarité pour certains étudiants étrangers à partir de la prochaine rentrée universitaire. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : C’est une évolution qui peut avoir un effet réel sur les flux d’étudiants. Dès qu’un pays augmente fortement ses coûts d’accès, il devient moins compétitif pour une partie du public international. La France doit donc mesurer l’impact de ses décisions sur son attractivité académique, surtout auprès des étudiants africains qui sont très sensibles à la question du budget global.
Infos Gabon : Plusieurs universités françaises appliquaient jusqu’ici des exonérations quasi automatiques pour les étudiants internationaux. Que risque de changer cette nouvelle orientation ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Cela peut créer un tri beaucoup plus fort entre les profils capables d’assumer le coût et ceux qui ne le pourront pas. On risque aussi de voir davantage d’étudiants se tourner vers des destinations alternatives plus souples ou plus accessibles financièrement. Pour les familles, la logique devient plus sélective et plus prudente.
Infos Gabon : Cette hausse des coûts peut-elle constituer un frein majeur pour les étudiants africains et particulièrement gabonais ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Oui, potentiellement. Pour beaucoup de familles, même une hausse modérée peut changer complètement l’équilibre du projet. Quand on additionne scolarité, visa, logement, transport et installation, le budget devient vite lourd. Il est donc normal que les étudiants cherchent aujourd’hui des options plus soutenables, sans renoncer à la qualité.
Infos Gabon : Assiste-t-on déjà à une réorientation des candidatures vers d’autres pays jugés plus accessibles financièrement ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Oui, potentiellement. Pour beaucoup de familles, même une hausse modérée peut changer complètement l’équilibre du projet. Quand on additionne scolarité, visa, logement, transport et installation, le budget devient vite lourd. Il est donc normal que les étudiants cherchent aujourd’hui des options plus soutenables, sans renoncer à la qualité.
Infos Gabon : Cette politique risque-t-elle d’affaiblir l’attractivité historique de la France auprès de la jeunesse africaine ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Elle peut, à terme, réduire une partie de son avantage historique. La France reste une destination forte, mais l’attractivité ne se résume plus à la langue ou à l’histoire. Aujourd’hui, les étudiants arbitrent aussi selon les coûts, les débouchés et la qualité perçue de l’accompagnement. La compétition est devenue mondiale.
Infos Gabon : Selon vous, la France prend-elle le risque de perdre une partie de son influence académique sur le continent africain ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Oui, si elle ne compense pas ses hausses tarifaires par une politique d’accueil, de bourses, d’excellence et de lisibilité plus forte. L’influence académique ne se maintient pas par héritage; elle se maintient par l’accessibilité, la qualité et la confiance. Dans un monde ouvert, les étudiants africains ont désormais plus d’options qu’avant.
La montée en puissance des nouvelles destinations
Infos Gabon : Le Maroc apparaît aujourd’hui comme l’un des grands pôles universitaires du continent. Comment expliquez-vous cette progression ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Le Maroc a su construire une position très lisible : proximité géographique, environnement francophone pour une partie des offres, ouverture africaine, et développement progressif de son offre universitaire. C’est devenu une destination crédible, rassurante et de plus en plus visible pour les familles.
Infos Gabon : L’Afrique du Sud attire de plus en plus d’étudiants grâce à la qualité de ses universités. Est-c’est une tendance durable ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Oui, je pense que c’est durable. L’Afrique du Sud bénéficie d’une image académique forte, d’une vraie culture universitaire, et d’une capacité à accueillir des profils internationaux. Si les conditions de sécurité, de coût et de stabilité restent correctes, elle continuera à séduire.
Infos Gabon : Le Ghana et le Sénégal deviennent-ils des alternatives crédibles pour les étudiants francophones ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Absolument. Le Sénégal joue un rôle majeur dans l’espace francophone africain, tandis que le Ghana attire par son dynamisme, sa stabilité relative et son ouverture. Pour beaucoup d’étudiants, ces pays deviennent des choix stratégiques, surtout lorsqu’ils veulent rester en Afrique tout en visant un bon niveau de formation.
Infos Gabon : La Turquie, la Chine et les Émirats arabes unis gagnent également du terrain. Quels sont leurs principaux atouts ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Ils offrent une combinaison intéressante : visibilité internationale, investissements dans l’enseignement supérieur, bourses dans certains cas, et forte capacité d’attraction marketing. Pour des familles africaines, ces pays apparaissent parfois comme des portes d’entrée vers une expérience globale plus moderne et plus diversifiée.
Infos Gabon : Le Canada demeure-t-il une destination privilégiée malgré des politiques migratoires plus restrictives ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Oui, le Canada reste très attractif, mais la perception change. Les étudiants l’aiment pour la qualité de vie, la reconnaissance des diplômes et les perspectives d’installation. En revanche, les politiques d’immigration plus strictes obligent les familles à être mieux préparées et plus sélectives.
Infos Gabon : Les États-Unis conservent-ils leur attractivité auprès des étudiants africains ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Oui, surtout pour ceux qui visent des parcours très compétitifs, des bourses, la recherche ou des universités de très haut niveau. Mais le coût, la complexité des démarches et l’incertitude liée à certaines politiques en font une destination plus exigeante qu’avant. Elle reste forte, mais moins automatique.
L’avenir de la formation internationale
Infos Gabon : Les familles accordent-elles aujourd’hui davantage d’importance à l’employabilité qu’au prestige des établissements ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Oui, nettement. Le prestige compte toujours, mais il ne suffit plus. Les familles veulent comprendre ce que l’étudiant pourra faire après : travailler, poursuivre, créer, s’insérer ou revenir utilement dans son pays. L’employabilité est devenue un critère central.
Infos Gabon : Quelles filières offrent actuellement les meilleures perspectives d’insertion professionnelle à l’international ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Les filières les plus porteuses restent celles liées au numérique, à l’ingénierie, à la santé, à la gestion, à la finance, à la logistique et aux métiers techniques. Mais il faut toujours raisonner en fonction du pays cible, des besoins du marché et du projet personnel de l’étudiant.
Infos Gabon : Les étudiants africains s’intéressent davantage aux formations technologiques, numériques et liées à l’intelligence artificielle. Vous l’avez souligné tout à l’heure. Quel est l’intérêt ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Oui, très clairement. Il y a une vraie montée de l’intérêt pour les filières technologiques, les sciences de données, l’IA, le développement logiciel et les métiers du digital. Les étudiants comprennent que ce sont des domaines où la demande mondiale est forte.
Infos Gabon : Comment l’enseignement à distance et les nouvelles technologies transforment-ils les parcours académiques ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Ils rendent l’accès au savoir plus flexible, plus rapide et parfois moins coûteux. Ils permettent aussi à des étudiants de préparer une partie de leur parcours avant le départ ou de compléter leur formation à distance. Cela transforme la mobilité étudiante en parcours plus hybride et plus intelligent.
Infos Gabon : Pensez-vous que les universités africaines pourront un jour concurrencer massivement les établissements européens et nord-américains ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Oui, mais cela prendra du temps et dépendra d’investissements sérieux. Les universités africaines ont un potentiel immense, mais elles doivent renforcer leur qualité, leur gouvernance, leur attractivité internationale et leurs liens avec le marché du travail. La concurrence ne sera pas forcément sur tous les segments, mais elle sera de plus en plus réelle.
Le cas du Gabon
Infos Gabon : Quels sont les principaux défis rencontrés par les étudiants gabonais souhaitant poursuivre leurs études à l’étranger ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Les principaux défis sont financiers, administratifs et informationnels. Beaucoup de jeunes manquent d’un accompagnement structuré dès le départ, ce qui les expose à des erreurs de choix, à des dossiers incomplets ou à des orientations mal adaptées. La préparation en amont est donc décisive.
Infos Gabon : Le système des bourses répond-il encore aux besoins actuels ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Il reste utile, mais il doit être modernisé et mieux ciblé. Les besoins ont changé : les coûts ont augmenté, les destinations se sont diversifiées, et les familles sont parfois plus exposées qu’avant. Il faut donc une politique de bourses plus agile, plus transparente et mieux alignée avec les réalités actuelles.
Infos Gabon : Quelles sont les filières les plus recherchées par les étudiants gabonais aujourd’hui ? Ont-ils les mêmes ambitions que les autres étudiants africains ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : On retrouve beaucoup d’intérêt pour la santé, l’ingénierie, le management, le droit, les technologies numériques, la finance et les formations professionnalisantes. Les jeunes cherchent des filières qui combinent insertion rapide et perspectives d’évolution.
Infos Gabon : Quels conseils donneriez-vous à un jeune Gabonais qui prépare actuellement son projet d’études à l’international ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Je lui dirais d’abord de clarifier son objectif. Il faut savoir pourquoi on part, vers quel métier, pour quel budget et avec quel plan de retour ou d’évolution. Ensuite, il faut choisir une destination cohérente, monter un dossier solide, anticiper les coûts et ne pas se laisser guider uniquement par le prestige du pays.
Infos Gabon : Dans dix ans, à quoi ressemblera selon vous la carte mondiale de la mobilité étudiante africaine en général, et gabonais en particulier ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Je pense qu’elle sera beaucoup plus diversifiée qu’aujourd’hui. L’Europe restera importante, mais l’Afrique, l’Asie et certaines destinations émergentes auront gagné en poids. Les étudiants africains arbitreront davantage selon la valeur réelle du parcours plutôt que selon les habitudes historiques.
Infos Gabon : Quelle place JOGOO Espace souhaite-t-il occuper dans cette nouvelle géographie mondiale du savoir ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Nous voulons être une référence utile, crédible et structurante. Notre ambition est d’aider les étudiants à prendre de meilleures décisions, de rendre la mobilité plus lisible et de contribuer à une circulation plus intelligente des talents africains.
Infos Gabon : Si vous aviez un message à adresser aux gouvernements africains sur la question de la formation des jeunes, quel serait-il ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Je leur dirais que la formation des jeunes n’est pas une dépense, mais un investissement stratégique. Les États qui réussiront demain seront ceux qui auront su préparer aujourd’hui des générations compétentes, mobiles, disciplinées et capables de créer de la valeur.
Infos Gabon : L’accès à l’enseignement supérieur international est-il aujourd’hui un luxe ou demeure-t-il un véritable levier de développement pour l’Afrique ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : Il peut devenir un luxe si rien n’est fait pour le rendre plus accessible, mais il doit rester un levier de développement. L’enjeu n’est pas seulement de partir étudier ailleurs, c’est de revenir avec des compétences, des réseaux et une vision capables de transformer le continent.
Infos Gabon : Si vous deviez résumer l’ambition de JOGOO Espace en une phrase, laquelle choisiriez-vous ?
Ntsinanda Alimbi Kebaly : JOGOO Espace veut devenir la passerelle de confiance qui aide les jeunes Africains à transformer leur ambition académique en parcours concret, utile et porteur d’avenir.
Infos Gabon : Ntsinanda Alimbi Kebaly, merci.
Ntsinanda Alimbi Kebaly : C’est moi qui vous remercie.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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