Oligui Nguema à Paris, la doctrine d’un Gabon qui veut négocier d’égal à égal
Libreville, Lundi 27 Juillet 2026 (Infos Gabon) – La visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema en France n’a pas seulement marqué le retour du Gabon au premier plan de la scène diplomatique. À travers son entretien accordé au journal Le Figaro, le président gabonais a exposé une vision qui dépasse le cadre des relations franco-gabonaises.
Derrière les dossiers économiques, climatiques et diplomatiques, un fil conducteur se dessine. Celui d’un État qui revendique une souveraineté assumée, refuse les logiques de dépendance héritées du passé et entend désormais négocier ses partenariats sur la base de l’équité plutôt que de la rente.
Loin d’un discours de rupture, Brice Clotaire Oligui Nguema défend une redéfinition des rapports entre le Gabon et ses partenaires. Dans les colonnes du journal Le Figaro, il affirme que son pays est « venu à Paris en partenaire souverain, pour un partenariat rénové », une formule qui résume l’orientation prise par Libreville depuis l’ouverture de la transition politique puis l’élection présidentielle de 2025.
Une souveraineté économique revendiquée
Le cœur du message présidentiel porte sur la maîtrise des ressources nationales. Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, le modèle économique qui a longtemps prévalu ne répond plus aux attentes des populations. « Longtemps, le Gabon est passé pour un pays où les rentes étaient copieuses, sauf pour le peuple gabonais », déclare-t-il au Figaro, estimant que le moment est venu de corriger des déséquilibres anciens.
Le chef de l’État ne remet pas en cause la présence des investisseurs étrangers. Au contraire, il insiste sur l’ouverture du Gabon à tous les partenaires. « Nous ne chassons personne. Nous voulons diversifier », affirme-t-il. Cette diversification constitue désormais l’un des piliers de la stratégie économique gabonaise.
L’objectif consiste à bâtir des partenariats où chaque partie trouve un intérêt réel, mais où la création de richesse bénéficie davantage au territoire qui produit les ressources. Cette philosophie s’illustre déjà dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment avec l’ambition de transformer localement le manganèse, le bois ou encore les hydrocarbures afin de créer davantage d’emplois, de compétences et de valeur ajoutée.
Dans cette logique, Brice Clotaire Oligui Nguema défend également une approche pragmatique des contrats historiques. Il ne s’agit pas, selon lui, d’une confrontation avec les partenaires traditionnels, mais d’une renégociation fondée sur le droit, l’économie et le dialogue. « On ne va pas négocier les armes à la main. On négocie politiquement, économiquement, juridiquement », explique-t-il au Figaro.
Changer de méthode sans changer d’alliés
Le président gabonais prend soin de distinguer souveraineté et isolement. Son message consiste moins à modifier les alliances qu’à transformer leur nature. « Il faut changer de paradigme vis-à-vis de l’Afrique si on veut que les choses avancent », souligne-t-il.
Cette évolution repose sur un constat simple. L’Afrique dispose désormais d’une nouvelle génération d’ingénieurs, de chercheurs, d’économistes et de dirigeants formés dans les meilleures universités du monde. Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, cette montée en compétence autorise le continent à défendre plus efficacement ses intérêts et à construire des coopérations plus équilibrées.
Cette vision dépasse largement le seul cas gabonais. Elle rejoint un mouvement observé dans plusieurs capitales africaines, où les États cherchent à attirer davantage d’investissements tout en exigeant des transferts de technologies, une industrialisation locale et une meilleure répartition des bénéfices issus des ressources naturelles.
Le message adressé depuis Paris apparaît donc comme celui d’une Afrique qui souhaite être davantage considérée comme un partenaire stratégique que comme un simple fournisseur de matières premières.
Le climat, nouvel enjeu de souveraineté
L’autre temps fort de l’entretien publié par Le Figaro concerne la diplomatie climatique. Avec près de 88 pour cent de son territoire couvert de forêts, le Gabon figure parmi les principaux puits de carbone de la planète. Pour autant, le président estime que cet effort mondial ne peut continuer à être assumé sans contrepartie.
« Il faut préserver les forêts. Mais à quel prix ? Qui nous paye, parce que c’est vous qui polluez. Ce ne sont pas les Africains qui polluent », déclare Brice Clotaire Oligui Nguema.
À travers cette interpellation, le chef de l’État ne remet pas en cause les engagements environnementaux du Gabon. Il demande une reconnaissance financière plus juste des services écologiques rendus par les pays forestiers. Pour Libreville, préserver les forêts ne peut signifier renoncer au développement économique.
Cette position traduit une évolution de la diplomatie gabonaise. Le pays ne souhaite plus seulement être identifié comme l’un des grands réservoirs de biodiversité de la planète. Il entend faire reconnaître la valeur stratégique de son capital naturel et promouvoir un mécanisme international permettant de rémunérer les États qui contribuent concrètement à la stabilité climatique mondiale.
Au-delà des annonces diplomatiques et des accords économiques conclus lors de cette visite d’État, l’entretien accordé au Figaro révèle surtout une doctrine. Celle d’un Gabon qui ne réclame ni privilège ni assistance, mais une relation fondée sur l’équilibre, la responsabilité et le respect mutuel. Brice Clotaire Oligui Nguema résume cette ambition par une conviction qui pourrait désormais guider la politique extérieure de son pays.
Le Gabon reste ouvert au monde, mais il entend que chaque partenariat participe pleinement à son développement, à la valorisation de ses ressources et à la défense de ses intérêts stratégiques. Plus qu’un changement d’orientation, c’est une nouvelle méthode de négociation que Libreville propose à ses partenaires, avec la volonté d’inscrire durablement le pays parmi les acteurs africains qui entendent définir eux-mêmes les règles de leur avenir.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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