ONU : l’appel d’Oligui Nguema à l’unité africaine face à l’épreuve des réalités
Libreville, Lundi 27 Juillet 2026 (Infos Gabon) – À l’heure où se joue la succession d’Antonio Guterres à la tête des Nations unies, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi de faire de cette échéance un test de la capacité de l’Afrique à parler d’une seule voix.
En marge de sa visite d’État en France, le chef de l’État a profité d’un entretien accordé à Africa 24 pour appeler les dirigeants africains à se rassembler derrière la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall. Au-delà d’un simple soutien à une personnalité, Libreville défend une vision plus ambitieuse de la place du continent dans la gouvernance mondiale. Mais cette stratégie se heurte déjà à une réalité bien connue de la diplomatie africaine. L’entrée en lice de l’Ougandais Olara Otunnu révèle les difficultés persistantes du continent à construire un consensus autour d’une candidature unique.
Faire d’une candidature un projet continental
Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, l’élection du prochain Secrétaire général de l’ONU dépasse les intérêts d’un seul État. Elle représente une occasion historique pour l’Afrique d’accroître son influence dans une institution où le continent estime depuis longtemps ne pas être représenté à la hauteur de son poids démographique, politique et stratégique.
Le président gabonais a d’abord tenu à saluer l’attitude du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, qui a reçu son prédécesseur Macky Sall dans le cadre des consultations liées à cette candidature.
« Je voudrais d’abord saluer le président Bassirou Diomaye Faye d’avoir reçu son prédécesseur. C’est un geste de grandeur qui honore l’Afrique », a déclaré le chef de l’État, voyant dans cette démarche un signe de maturité politique où l’intérêt supérieur du continent prime sur les rivalités partisanes.
Brice Clotaire Oligui Nguema justifie également son soutien par une connaissance personnelle de l’ancien président sénégalais. « Pour avoir vécu au Sénégal pendant cinq ans sous le règne du président Macky Sall, je pense que c’est quelqu’un qui aura de bonnes réformes au service des Nations unies. C’est quelqu’un qui travaille et personnellement je crois en lui. »
À travers ces propos, le président gabonais met en avant l’expérience internationale, les capacités de gouvernance et le parcours diplomatique de Macky Sall comme autant d’atouts pour diriger l’organisation internationale.
L’unité africaine face à ses propres contradictions
Le message porté par Libreville repose sur une conviction simple. L’Afrique ne pourra accroître son influence mondiale qu’en présentant des positions communes sur les grandes échéances internationales. « Si le Sénégal décide de soutenir ce digne fils de l’Afrique, pourquoi n’allons-nous pas accompagner cette candidature ? Il faut arrêter les mésententes entre Africains. Nous devons nous serrer les coudes pour que l’Afrique évolue », a plaidé Brice Clotaire Oligui Nguema.
Cette vision s’inscrit dans une diplomatie qui privilégie désormais la concertation continentale, déjà mise en avant par le président gabonais sur plusieurs dossiers régionaux. Mais cet appel à l’unité intervient au moment même où cette cohésion est mise à l’épreuve. L’Ouganda a officiellement présenté dimanche la candidature de l’ambassadeur Olara Otunnu, figure reconnue de la diplomatie multilatérale.
Ancien secrétaire général adjoint des Nations unies, premier Représentant spécial pour les enfants et les conflits armés, ancien ministre des Affaires étrangères de l’Ouganda et ancien président du Conseil de sécurité, Olara Otunnu possède un parcours qui lui confère une crédibilité incontestable. Kampala souligne également qu’il est à l’origine de la « formule Otunnu », le système de vote officieux utilisé depuis plusieurs décennies pour la désignation du Secrétaire général des Nations unies.
Avec plus de quarante années d’expérience dans les organisations internationales, les institutions gouvernementales, le monde universitaire et les initiatives de consolidation de la paix, le diplomate ougandais devient ainsi le deuxième Africain officiellement engagé dans cette compétition. Cette double candidature illustre les difficultés récurrentes du continent à dépasser les logiques nationales lorsqu’il s’agit d’occuper les plus hautes fonctions internationales.
Une bataille diplomatique révélatrice des ambitions africaines
La désignation du prochain Secrétaire général entre désormais dans une phase décisive. Un premier vote des quinze membres du Conseil de sécurité est prévu le 30 juillet 2026. Pour être retenu, un candidat devra réunir au moins neuf voix sans subir le veto de l’un des cinq membres permanents. Le nom choisi sera ensuite soumis à l’Assemblée générale, avant une entrée en fonctions prévue le 1ᵉʳ janvier 2027.
Dans ce contexte, l’appel lancé par Brice Clotaire Oligui Nguema prend une portée qui dépasse largement la seule candidature de Macky Sall. Il pose une question stratégique pour l’avenir du continent. L’Afrique est-elle capable de transformer son poids démographique, économique et politique en influence institutionnelle durable, ou continuera-t-elle à disperser ses forces au moment où les grandes décisions internationales se jouent ?
La réponse dépendra moins des qualités respectives des candidats que de la capacité des États africains à construire un consensus autour d’un intérêt collectif. Car dans les enceintes multilatérales, la crédibilité d’un continent se mesure autant à la solidité de ses candidatures qu’à son aptitude à parler d’une seule voix. L’appel lancé par Libreville traduit cette ambition. L’initiative ougandaise rappelle, quant à elle, que l’unité africaine demeure un objectif à conquérir autant qu’un idéal à défendre.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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