ONU : Macky Sall face à une Afrique divisée
Libreville, Mardi 31 Mars 2026 (Infos Gabon) – La bataille pour la succession de António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations Unies (ONU) s’ouvre sur un constat sans détour : l’Afrique, censée peser collectivement dans ce type d’échéance stratégique, apparaît profondément fragmentée.
Au cœur de cette séquence diplomatique, la candidature de Macky Sall cristallise autant d’espoirs que de résistances.
Proposée initialement dans le cadre du mécanisme d’approbation tacite par le Burundi du président Évariste Ndayishimiye, cette candidature devait, en théorie, bénéficier d’un soutien continental sans heurts. Mais la réalité s’est révélée bien plus complexe. Très rapidement, plusieurs États membres ont exprimé des réserves, atteignant un niveau d’opposition suffisant pour empêcher l’adoption d’une position commune.
Pour autant, parler d’un rejet net serait une lecture simpliste. Car depuis les premières objections, le paysage diplomatique a évolué. Certains pays, à l’image de l’Égypte et du Liberia, ont choisi de retirer leur opposition. D’autres ont demandé un délai supplémentaire dans le cadre de la procédure silencieuse, signe que des arbitrages sont encore en cours. À ce stade, environ 18 États maintiennent leurs objections, un chiffre suffisant pour bloquer le consensus, mais révélateur d’un rapport de forces encore mouvant.
Cette situation place Macky Sall dans une position singulière. Ni pleinement soutenu, ni totalement isolé, il incarne une candidature en suspens, dépendante des équilibres internes africains autant que des dynamiques internationales. En décidant de maintenir sa candidature malgré l’absence d’aval formel de l’Union africaine, l’ancien chef d’État sénégalais fait le choix d’une stratégie autonome, rompant avec la tradition d’un front africain uni.
Ce pari est à la fois audacieux et risqué. Audacieux, parce qu’il repose sur l’idée que son expérience politique et diplomatique peut séduire au-delà du continent. Risqué, parce que dans les arènes multilatérales, le soutien régional constitue souvent un levier déterminant. Sans ce socle, toute candidature part avec un handicap structurel.
Au-delà du cas individuel, cette séquence met en lumière une faiblesse récurrente : la difficulté de l’Afrique à construire des positions communes sur les grandes échéances internationales. Entre rivalités régionales, intérêts divergents et absence de consensus naturel, le continent peine à transformer son poids démographique et politique en influence réelle.
Et pourtant, l’enjeu est majeur. La désignation du prochain secrétaire général de l’ONU, prévue pour un mandat débutant le 1er janvier 2027, dépasse la simple question de leadership. Elle engage la capacité des régions du monde à peser dans la gouvernance globale, à défendre leurs priorités et à exister dans les grands arbitrages internationaux.
Dans ce contexte, la candidature de Macky Sall agit comme un révélateur. Elle montre une Afrique en transition, hésitant entre logique d’unité et affirmation d’intérêts nationaux. Elle met aussi en évidence une diplomatie continentale encore en construction, où les consensus restent fragiles et les alignements incertains.
Rien n’est donc totalement joué. Les retraits d’opposition, les demandes de délais et les négociations en coulisses laissent entrevoir des marges d’évolution. La candidature n’est pas enterrée, mais elle est clairement fragilisée.
Au fond, la véritable question dépasse la trajectoire de Macky Sall : l’Afrique saura-t-elle, dans les mois à venir, transformer ses divisions en stratégie commune ? Sans cette convergence, le risque est connu, celui de rester spectatrice d’une décision qui la concerne pourtant au premier chef.
Dans cette course mondiale, une évidence s’impose : sans unité, l’influence reste une ambition. Avec elle, elle devient une puissance.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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