Economie

Or gabonais : entre promesses d’investissements et défis de gouvernance, Libreville se tourne vers Abou Dhabi

Libreville, Jeudi 19 Février 2026 (Infos Gabon) – Une semaine après la signature d’accords à Abou Dhabi, la coopération minière entre le Gabon et les Émirats arabes unis entre dans une phase plus concrète.

Une délégation émiratie conduite par le ministre du Commerce extérieur, Dr Thani Bin Ahmed Al Zeyoudi, a été reçue lundi à Libreville par le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema. Officiellement, il s’agit désormais de transformer les engagements diplomatiques en projets opérationnels.

Mais derrière les annonces, les enjeux touchent aussi aux fragilités structurelles de la filière aurifère nationale.

L’or, nouveau levier stratégique

Au cœur des discussions : le potentiel aurifère du Gabon, encore largement sous-exploité. Les autorités ont présenté à leurs partenaires le cadastre minier ainsi que les zones identifiées comme les plus prometteuses.

Les Émiratis ont manifesté leur intérêt pour deux segments : l’or primaire issu des gisements industriels et l’or alluvionnaire, principalement exploité de manière artisanale.

L’objectif affiché est clair : attirer des investissements capables d’accélérer l’exploitation tout en structurant une filière encore marquée par l’informel.

Une production difficile à contrôler

Les échanges ont également mis en lumière une réalité plus sensible : l’État peine à suivre précisément les volumes d’or produits et commercialisés. L’exploitation artisanale, très répandue dans certaines régions, échappe en partie aux circuits officiels, favorisant les sorties informelles et réduisant les recettes publiques.

Pour y remédier, Libreville envisage l’introduction d’un système de traçabilité modernisé. Le projet prévoit notamment l’apposition d’un code QR sur les lingots, permettant d’identifier leur origine et de suivre leur parcours jusqu’à la commercialisation. Un outil présenté comme essentiel pour limiter les pertes et sécuriser la chaîne de valeur.

Réformer l’orpaillage artisanal

Autre chantier sensible : l’encadrement de l’orpaillage artisanal, qui mobilise des milliers de travailleurs mais reste difficile à réguler. Le système actuel, fondé sur la délivrance de cartes individuelles, est jugé insuffisant pour assurer un contrôle efficace des activités et des volumes produits.

Le gouvernement envisage désormais un changement de modèle, avec la création de coopératives d’exploitants. Cette approche, défendue par l’administration minière, permettrait de mieux organiser les acteurs du secteur, de faciliter leur suivi et d’intégrer progressivement leur production dans les circuits formels.

Les futures structures devraient travailler sous la supervision de la Direction générale de la Géologie, en lien avec le ministère des Mines et les partenaires techniques.

Entre ambitions économiques et exigences de résultats

Des équipes techniques gabonaises et émiraties ont été chargées de définir les modalités pratiques du partenariat et d’identifier les premières zones prioritaires. L’enjeu dépasse la seule production : Libreville espère renforcer la transparence du secteur, accroître les recettes fiscales et attirer des investissements durables.

Cette coopération intervient dans un contexte où le Gabon cherche à diversifier ses ressources extractives et à mieux valoriser ses richesses minières. Reste que la réussite du partenariat dépendra moins des annonces que de la capacité des autorités à mettre en place des mécanismes de contrôle efficaces et à formaliser un secteur longtemps marqué par l’informel.

Entre opportunité économique et défi de gouvernance, la filière aurifère apparaît désormais comme un test grandeur nature pour la nouvelle stratégie minière du pays.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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