RDC : le spectre du troisième mandat
Libreville, Lundi 13 Avril 2026 (Infos Gabon) – À peine réélu, déjà secoué. En République démocratique du Congo (RDC), le débat sur un possible troisième mandat du président Félix Tshisekedi fait irruption au cœur de la vie politique, ravivant des tensions profondes dans un pays où la question du pouvoir reste indissociable de celle de la stabilité.
Officiellement élu en 2023 pour un mandat courant jusqu’en 2028, le chef de l’État se retrouve au centre d’un débat explosif, nourri par des appels à la révision de la Constitution de 2006, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels.
Une révision constitutionnelle qui divise
À l’origine de la controverse, certains cadres de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti présidentiel, qui plaident pour une adaptation du texte fondamental. Son secrétaire général, Augustin Kabuya, justifie cette initiative par la nécessité de répondre aux défis actuels du pays, tout en invoquant l’héritage politique d’Étienne Tshisekedi.
Mais cette lecture est loin de faire consensus. Dans les rangs de l’opposition, la réaction est immédiate et virulente. Moïse Katumbi et Martin Fayulu dénoncent une tentative de confiscation du pouvoir, y voyant les prémices d’un « coup d’État constitutionnel ». Pour eux, toucher à la limitation des mandats reviendrait à fragiliser l’un des rares garde-fous démocratiques du pays.
Une contestation élargie
Au-delà des figures politiques, la contestation s’étend. Des voix comme Prince Epenge, au sein de la plateforme Lamuka, appellent à la mobilisation populaire pour empêcher toute modification du cadre constitutionnel. Même Jean-Marc Kabund-a-Kabund, ancien allié du pouvoir, critique une initiative jugée déconnectée des priorités nationales.
Plus inattendue encore, la réserve exprimée par certaines figures de la majorité. Modeste Bahati Lukwebo, membre influent de l’Union sacrée, s’oppose lui aussi à toute révision, révélant des fissures internes au sein de la coalition au pouvoir.
Dans ce concert de critiques, l’Église catholique, acteur moral majeur en RDC, joue un rôle déterminant. Par la voix de Donatien Nshole, les évêques mettent en garde contre une initiative susceptible de « compromettre la paix sociale », dans un pays déjà éprouvé.
Un contexte sécuritaire sous tension
Car cette crise politique ne se déploie pas dans un vide. À l’Est du pays, les conflits armés persistent, alimentant un climat d’instabilité chronique. Dans ce contexte, l’ouverture d’un débat constitutionnel apparaît pour beaucoup comme un facteur aggravant, susceptible d’exacerber les fractures sociales et politiques.
Les analystes redoutent un enchaînement classique : contestations, manifestations, puis violences. Une spirale d’autant plus préoccupante que la défiance envers les institutions reste élevée dans une partie de la population.
Une équation à haut risque
La perspective d’un troisième mandat dépasse ainsi la simple question juridique. Elle engage la crédibilité démocratique du pays et sa capacité à préserver un équilibre déjà fragile. Pour ses détracteurs, toute tentative de modification des règles du jeu en cours de partie serait perçue comme une rupture du contrat politique.
Dans ce contexte, les appels à un dialogue inclusif se multiplient, notamment du côté de l’opposition, qui plaide pour une désescalade et un recentrage sur les priorités économiques et sécuritaires.
Un tournant décisif
La communauté internationale observe avec attention. Partenaires occidentaux et institutions multilatérales pourraient peser pour éviter une dérive autoritaire, dans une région où les transitions politiques restent souvent sensibles.
La République démocratique du Congo se trouve aujourd’hui à un carrefour. Derrière la question d’un troisième mandat se joue bien plus qu’une ambition personnelle : c’est l’avenir démocratique du pays qui est en balance. Entre tentation de prolongation du pouvoir et exigence de respect des règles, le choix qui sera fait dans les mois à venir pourrait durablement redéfinir le visage politique congolais.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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