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Gabon : Éducation, l’année sauvée, le système encore à réformer

Libreville, Mardi 04 Août 2026 (Infos Gabon) – L’école gabonaise sort d’une année scolaire 2025-2026 qui aurait pu s’achever dans l’échec. Elle se termine finalement par des examens organisés, une forte mobilisation des candidats et des résultats en progression. Mais derrière ce dénouement se dessine une réalité plus exigeante. Le Gabon a sauvé son année scolaire. Il lui reste désormais à sauver durablement son système éducatif.

Le 1er août, au CES Nelson Mandela de Libreville, la ministre d’État à l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume-Leclercq, a proclamé un taux de réussite de 85,59 % au baccalauréat général. Au premier tour, toutes séries confondues, 44,08 % des candidats avaient déjà obtenu leur admission directe, contre 33,14 % un an auparavant. Ces chiffres ont une portée particulière lorsqu’on les replace dans le contexte d’une année commencée sous la menace d’une rupture majeure.

Quelques mois plus tôt, l’école publique était confrontée à une grève des enseignants déclenchée dès le 5 janvier, au lendemain des vacances de Noël et du Nouvel An. Le risque d’une année blanche n’était plus une hypothèse théorique. Il devenait une possibilité réelle.

Une crise qui révélait dix années de tensions

Le mouvement social n’était pas né d’une revendication isolée. Il cristallisait des années de frustrations liées notamment au gel des carrières, aux recrutements suspendus et à la situation de nombreux enseignants bénévoles travaillant sans rémunération. Pour le pouvoir issu de la transition, il s’agissait de la première crise sociale majeure dans le secteur éducatif depuis août 2023.

La difficulté tenait aussi à la fragmentation des interlocuteurs. Syndicats, collectifs et coordinations portaient des revendications parfois convergentes, mais ne parlaient pas toujours d’une seule voix. Le protocole de suspension signé le 19 janvier n’a pas suffi à provoquer le retour en classe. L’incarcération de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, poursuivis pour trouble à l’ordre public, a ensuite durci la situation. Leur libération, intervenue le 26 janvier, a constitué un tournant dans le processus de reprise.

La sortie de crise a finalement conduit l’État à prendre des engagements significatifs. Près de 6 958 situations administratives ont été débloquées et 16 milliards de francs CFA ont été mobilisés pour les intégrations, les présalaires et la relance de carrières restées à l’arrêt pendant des années.

Mais régler l’urgence ne suffisait pas. Il fallait encore récupérer une année scolaire largement amputée.

Une année sauvée au prix d’un calendrier sous tension

Avec l’appui de l’Unesco, le calendrier scolaire a été profondément réorganisé. Les enseignements des classes d’examen ont été prolongés jusqu’au 31 juillet, transformant les dernières semaines en véritable course contre la montre. Les élèves ont néanmoins répondu présents. Plus de 98 % de participation aux épreuves ont été enregistrés, tandis que les résultats ont progressé dans plusieurs filières.

Ce redressement constitue un résultat important pour le ministère et pour les milliers de familles qui redoutaient de voir une année entière sacrifiée. Il serait toutefois réducteur d’y voir uniquement la réussite d’une méthode administrative. Il témoigne aussi de la capacité de l’ensemble de la communauté éducative à absorber un choc majeur lorsqu’une issue devient possible.

L’année aura également été marquée par une enquête ouverte en juin sur des primes de vacation présumées irrégulières au sein des services financiers du ministère. À ce stade, le texte de référence indique que la ministre n’est ni poursuivie ni entendue dans cette procédure. Cette séquence rappelle que la modernisation de l’école passe aussi par la transparence et la solidité de sa gouvernance.

Les vacances doivent désormais servir à préparer l’avenir

Le principal enseignement de cette année mouvementée est peut-être là. Une crise évitée ne constitue pas encore une réforme réussie.

Les vacances qui s’ouvrent doivent donc être davantage qu’une pause administrative. Elles doivent devenir un temps de réflexion stratégique pour empêcher que le même scénario ne se reproduise. L’école gabonaise ne peut durablement fonctionner au rythme des crises sociales, des protocoles d’urgence et des calendriers réaménagés à la dernière minute.

La prochaine année scolaire devra être sereine et apaisée. Cela suppose d’abord de consolider les engagements pris envers les enseignants, de traiter en amont les situations administratives susceptibles d’alimenter de nouvelles tensions et d’installer un dialogue social régulier, capable d’anticiper les conflits plutôt que de les gérer lorsqu’ils paralysent déjà les établissements.

Mais l’enjeu dépasse désormais la seule paix scolaire. Une fois la stabilité restaurée, l’école devra revenir à son véritable agenda. Qualité des apprentissages, formation des enseignants, numérique, orientation, enseignement technique et professionnel, recherche, infrastructures et adéquation entre les compétences produites et les besoins de l’économie.

Camélia Ntoutoume-Leclercq peut revendiquer d’avoir contribué à éviter le naufrage de l’année 2025-2026. Les résultats du baccalauréat donnent du crédit à cette sortie de crise. Mais le véritable bilan de cette séquence ne se mesurera pas seulement aux 85,59 % enregistrés au baccalauréat général.

Il se mesurera à la capacité du Gabon à faire en sorte qu’une telle crise ne puisse plus menacer une année scolaire entière. Le pays vient de gagner une bataille. La prochaine étape consiste à transformer ce répit en rupture avec les anciennes pratiques et à donner enfin à l’école gabonaise l’espace nécessaire pour préparer l’avenir plutôt que réparer le passé.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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