Réseaux sociaux suspendus au Gabon : Libreville assume la fermeté et prépare un encadrement renforcé
Libreville, Jeudi 19 Février 2026 (Infos Gabon) – Au lendemain de la suspension des réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire gabonais, les autorités sortent progressivement de leur réserve pour expliquer les raisons profondes d’une décision qui continue de susciter de vives réactions.
Si la Haute Autorité de la Communication (HAC) était restée jusque-là discrète sur les détails du dossier, les prises de parole de responsables de l’exécutif apportent un nouvel éclairage sur la stratégie du gouvernement.
Intervenant mercredi sur TV5 Monde, la porte-parole adjointe de la présidence de la République, Mélodie Sambat, a confirmé le soutien du chef de l’État à la mesure. Elle a surtout révélé que cette décision a eu un effet immédiat sur les relations avec le groupe Meta, propriétaire de Facebook, WhatsApp, Instagram, Messenger et Threads.
Selon la présidence, les autorités gabonaises tentaient depuis près de dix-huit mois d’établir un dialogue avec l’entreprise, sans réponse. Ce n’est qu’après la suspension des plateformes que le géant américain aurait pris contact avec Libreville, ouvrant la voie à des discussions sur la régulation des contenus.
Pour l’exécutif, l’enjeu dépasse la simple interruption des services. Les autorités dénoncent des dérives récurrentes sur les réseaux sociaux, accusés de favoriser la diffusion de contenus jugés contraires aux valeurs sociales et culturelles du pays, mais aussi de contribuer à la désinformation et aux tensions dans l’espace public.
Vers un cadre juridique plus strict
Sur les ondes de RFI, le conseiller spécial et porte-parole de la présidence, Téophane Nzame-Nzé Biyoghe, a précisé l’objectif à moyen terme : l’adoption d’un cadre légal global sur l’usage des réseaux sociaux au Gabon. La suspension actuelle apparaît ainsi comme une mesure transitoire dans une démarche plus large de régulation du numérique.
Le gouvernement affiche la même ligne. Le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, a exprimé la solidarité de l’exécutif avec la HAC, rappelant que l’institution agit dans le cadre de ses prérogatives en matière de régulation des contenus audiovisuels et numériques.
Selon lui, la décision vise à répondre à la multiplication de fausses informations, de campagnes de cyberharcèlement et de publications susceptibles de menacer la cohésion sociale ou la stabilité des institutions. L’exécutif évoque une responsabilité partagée des institutions face à ce qu’il qualifie de « dérives liées à l’usage abusif » des plateformes.
Un impact économique reconnu
Conscient toutefois des conséquences de la mesure, le ministre a admis son coût pour l’activité économique, notamment pour les transactions en ligne et les petites activités dépendantes des réseaux sociaux. Il assure que des solutions sont à l’étude afin de limiter les perturbations, sans avancer de calendrier précis pour un éventuel rétablissement.
Le gouvernement affirme par ailleurs vouloir préserver la liberté d’expression tout en engageant une réforme en profondeur de l’écosystème numérique national, tant sur le plan juridique que technique.
Entre régulation et pédagogie
Au-delà du bras de fer avec les plateformes, l’épisode relance un débat plus large sur l’usage des réseaux sociaux dans le pays. Plusieurs responsables au sein de l’administration estiment que la réponse ne peut être uniquement répressive.
Des voix appellent à accompagner la future régulation par des actions de sensibilisation : campagnes d’information, formations aux usages responsables du numérique et promotion des réseaux sociaux comme outils de travail, d’apprentissage et de développement local.
Dans un contexte où de nombreux jeunes entrepreneurs, étudiants ou créateurs de contenus dépendent de ces plateformes, la question de l’équilibre entre contrôle et accompagnement apparaît désormais centrale.
La reprise du dialogue avec Meta pourrait ouvrir une première issue technique à la crise. Mais pour les autorités comme pour les usagers, l’enjeu de fond reste entier : organiser un espace numérique mieux régulé sans freiner les usages économiques et sociaux qui s’y sont installés.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon : la coupure des réseaux sociaux suscite une fronde générale

















