Sénat gabonais : Une institution remise en ordre dans la nouvelle République
Libreville, Lundi 23 Mars 2026 (Infos Gabon) – Le Sénat gabonais sort progressivement de l’ombre. Le 16 mars, la chambre haute a acté la mise en place de ses commissions permanentes, marquant une étape clé dans la remise en fonctionnement des institutions depuis l’entrée en vigueur officielle de la nouvelle République en janvier 2026.
Présidée par Huguette Nyana Ekoume épse Awori Onanga, la séance consacre une volonté claire : tourner la page de la transition et réinstaller durablement les mécanismes parlementaires. Mais derrière cette relance, une réalité persiste : tout reste encore à stabiliser.
Une relance institutionnelle sous cadre provisoire
Paradoxalement, alors même que la transition est officiellement close depuis le 31 décembre 2025, le Sénat continue de s’appuyer sur un cadre réglementaire transitoire. Faute de nouveau règlement intérieur adopté, c’est celui de 2021 qui demeure en vigueur, avec l’aval de la Cour constitutionnelle.
Ce décalage met en lumière une tension structurelle : la nouvelle République avance plus vite que ses outils institutionnels. Autrement dit, les institutions fonctionnent, mais leur socle juridique reste partiellement hérité de l’ancien ordre.
Une situation qui interroge la cohérence de la refondation en cours.
Les commissions, cœur du pouvoir parlementaire
Dans ce contexte, la désignation des présidents de commissions prend une dimension stratégique. Ces organes ne sont pas de simples structures techniques : ils concentrent l’essentiel du travail législatif et du contrôle de l’action gouvernementale.
À la tête des Affaires étrangères et de la Défense, Pierre Rizogo Rousselot occupe un poste clé dans un environnement régional et international en mutation. Augustin Ndong Mba, aux Lois et Droits humains, se retrouve au centre des enjeux juridiques d’une République en reconstruction.
Le pilotage des Finances confié à Maryse Mariam Matsanga Mayila-Isselmou confirme l’importance du contrôle budgétaire dans une phase de relance économique.
Les autres commissions dont développement, affaires sociales et économiques sont respectivement dirigées par Valentin Mboumba, Jean Placide Owono Mbouengou et Gabriel Zomo Yebe, complétant une architecture pensée pour refléter les équilibres politiques du moment.
Une nouvelle République encore en rodage
Si la mise en place de ces commissions marque un retour à une activité parlementaire structurée, elle révèle aussi une phase de rodage. La nouvelle République, bien que proclamée, reste en construction dans ses pratiques.
Le Sénat doit désormais démontrer sa capacité à jouer pleinement son rôle : produire des lois pertinentes, exercer un contrôle effectif sur l’exécutif et incarner une institution crédible aux yeux des citoyens, surtout en matère de la décentralisation.
Or, cette crédibilité ne se décrète pas. Elle se construit dans la durée, par la qualité du travail parlementaire et la clarté des règles qui l’encadrent.
Entre continuité et refondation
Le choix de s’appuyer sur un ancien règlement illustre une logique pragmatique : faire fonctionner l’institution sans attendre. Mais il soulève aussi une question de fond : jusqu’où peut-on refonder sans rompre ?
La nouvelle République gabonaise se trouve face à un dilemme classique : préserver une continuité administrative pour garantir la stabilité, tout en affirmant une rupture politique pour incarner le changement.
Le Sénat est aujourd’hui l’un des terrains où cette tension est la plus visible.
L’épreuve de la crédibilité
La relance du Sénat est une étape nécessaire. Mais elle ne suffira pas à elle seule à asseoir la légitimité de l’institution dans la nouvelle République.
Le véritable défi commence maintenant : transformer cette remise en marche en véritable montée en puissance. Car dans un contexte de refondation nationale, les institutions ne sont pas seulement attendues sur leur existence, mais sur leur efficacité.
Le Sénat a repris sa place. Reste à savoir s’il saura pleinement jouer son rôle.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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