Gabon : Les femmes, l’autre mémoire des indépendances
Libreville, Lundi 03 Août 2026 (Infos Gabon) – À Bruxelles, l’histoire africaine a changé de perspective. À l’occasion de la Journée internationale de la femme africaine, une projection-débat consacrée au documentaire “Les Mamans de l’Indépendance” a remis au centre du récit celles dont les engagements ont longtemps été relégués à l’arrière-plan.
Aux côtés des acteurs mobilisés autour de cette mémoire, l’Ambassadeur du Gabon en Belgique, Eudes Régis Immongault Tatangani, a participé à une rencontre qui ne relevait pas seulement du devoir de mémoire. Elle posait une question politique toujours actuelle, celle de la place des femmes dans la construction des nations africaines.
Organisée à la fin du mois de juillet par Femmes Plurielles, avec le soutien d’ONU Femmes Bruxelles, cette rencontre a proposé, à travers le film réalisé par Diabou Bessane, une relecture des indépendances à partir de témoignages, d’archives et de trajectoires féminines. Une démarche qui vient corriger un déséquilibre persistant dans la manière dont l’histoire politique du continent est racontée.
Car les indépendances africaines ne furent pas uniquement l’œuvre de dirigeants, de militants ou de figures masculines devenues emblématiques. Dans l’ombre des grandes séquences politiques, des femmes ont organisé, mobilisé, sensibilisé et participé aux combats qui ont préparé l’émancipation des peuples.
Celles que l’histoire a laissées dans l’ombre
Le documentaire remet notamment en lumière Jeanne Martin Cissé en Guinée, Awa Keïta au Mali, ainsi qu’Arame Tchoumbé Samb, Adja Rose Basse et Maguette Bineta Diop au Sénégal. Des parcours différents, inscrits dans des contextes nationaux distincts, mais réunis par une même volonté de prendre part aux transformations politiques et sociales de leur époque.
Ces femmes ne furent pas de simples spectatrices des bouleversements qui conduisirent aux indépendances. Elles ont contribué à la mobilisation des populations, à l’éveil des consciences et à la défense d’idéaux politiques qui allaient accompagner la naissance des États postcoloniaux.
Leur relative invisibilité dans les récits dominants soulève dès lors une interrogation essentielle. Pourquoi celles qui ont participé à écrire l’histoire politique du continent ont-elles été si longtemps moins présentes dans sa mémoire officielle ?
La question dépasse largement le cadre d’un documentaire. Elle renvoie à la manière dont les sociétés construisent leur mémoire collective, choisissent leurs figures historiques et transmettent leur héritage aux générations futures. Réhabiliter ces pionnières ne revient donc pas à réécrire l’histoire pour y ajouter artificiellement une présence féminine. Il s’agit de restituer au récit historique une partie de sa réalité.
De la mémoire au pouvoir
La portée de la rencontre bruxelloise réside précisément dans le lien établi entre cette mémoire et les combats contemporains. Car rendre visibles les femmes des indépendances n’a de sens que si cette reconnaissance permet également d’interroger leur place dans l’Afrique d’aujourd’hui.
L’accès aux responsabilités, la représentation dans les institutions, la participation aux décisions publiques, le leadership économique et l’engagement dans la société civile demeurent des questions centrales pour les sociétés africaines.
L’héritage de ces pionnières rappelle surtout que l’engagement féminin sur le continent n’est pas une revendication récente. Il plonge ses racines dans les luttes politiques qui ont précédé les indépendances et s’est depuis déplacé vers d’autres champs, de la gouvernance à l’économie, en passant par l’éducation, la diplomatie, la société civile et le développement.
La participation de l’Ambassadeur du Gabon à cette initiative prend, dans cette perspective, une dimension particulière. Elle témoigne d’un intérêt pour une démarche qui associe mémoire historique, égalité et leadership féminin. Elle inscrit également la représentation diplomatique gabonaise dans un débat qui dépasse les frontières nationales et touche à la manière dont l’Afrique entend désormais raconter son propre parcours.
La rencontre de Bruxelles aura finalement fait plus que rendre hommage à quelques pionnières. Elle aura déplacé le centre du récit. Une indépendance racontée sans les femmes qui l’ont préparée demeure une histoire incomplète. Documenter leurs parcours, les enseigner et les transmettre n’est donc pas un geste secondaire de mémoire, mais une exigence historique.
L’Afrique ne peut construire son avenir en laissant une partie de celles qui ont contribué à construire son passé dans l’ombre. Les femmes des indépendances ne demandent plus seulement à être reconnues par l’histoire. Leur héritage oblige désormais les sociétés africaines à mesurer la place qu’elles leur accordent dans l’histoire qui reste à écrire.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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