Afrique International

Silence autour de la guerre en Iran : quand l’Union africaine s’exprime presque seule

Libreville, Dimanche 1er Mars 2026 (Infos Gabon) – À Addis-Abeba, l’écho des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran a trouvé une seule voix réellement audible sur le continent : celle de Union africaine.

Alors que le conflit s’intensifie au Moyen-Orient et que la tension géopolitique monte, peu de pays africains ont pris publiquement position, une rareté qui soulève des questions sur l’engagement du continent face à une crise mondiale aux répercussions jugées potentiellement lourdes pour l’Afrique.

L’Union africaine appelle au calme et à la diplomatie

Dans une série de déclarations publiées entre le 28 février et le 1ᵉʳ mars 2026, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a exprimé une « profonde inquiétude » face à l’escalade militaire née des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran. Il a appelé à la « retenue », à une « désescalade urgente » et à un retour au dialogue, insistant sur le respect du droit international et de la Charte des Nations unies pour préserver la paix mondiale.

Dans l’un de ses communiqués, il a même condamné les attaques de missiles et de drones iraniennes visant les pays voisins du Golfe, les qualifiant de violation de la souveraineté territoriale et d’actes susceptibles de déstabiliser davantage la région.

La Commission a également souligné que la poursuite du conflit menace « la stabilité mondiale », avec des répercussions possibles sur les marchés de l’énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique, des enjeux qui touchent déjà de nombreuses économies africaines fragiles.

Une réaction diplomatique, mais isolée

L’intervention de l’Union africaine contraste fortement avec l’absence, jusqu’à présent, de déclarations claires émanant de la plupart des gouvernements africains. En dehors de l’organisation continentale, rares sont les États qui ont officiellement commenté l’escalade.

Dans certains cas, comme celui de Algérie, les autorités ont limité leur réponse à la création de cellules de crise et à des appels à la « retenue » pour leurs ressortissants présents dans la zone du conflit, sans prendre de position géopolitique tranchée.

Au Sénégal, le gouvernement a exprimé sa « vive préoccupation » et appelé à la plus grande retenue, sans toutefois condamner ouvertement une partie ou l’autre des belligérants.

Cette discrétion, ou cette prudence, se retrouve dans de nombreuses capitales africaines où, entre priorités internes et calculs diplomatiques, le conflit ne fait pas l’objet de prises de position publiques fortes. Les Etats s’adressent juste à leurs ressorissants dans la région et les appellent à la prudence. D’autres enviagent même d’organiser des évacuations.

Pourquoi cette réserve ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce silence relatif. La majorité des pays africains se trouvent engagés dans des défis internes urgents, c’est-à-fire économiques, sécuritaires ou sanitaires, qui absorbent l’essentiel de l’attention politique. D’autres préfèrent sans doute éviter de s’aligner publiquement sur une crise complexe et lointaine, par peur d’être entraînés dans des dynamiques géopolitiques qui dépassent leurs marges d’influence.

Par ailleurs, nombre d’États africains entretiennent des relations stratégiques variables avec les puissances impliquées dans le conflit (États-Unis, pays européens, acteurs du Golfe), ce qui peut les inciter à la prudence diplomatique plutôt qu’à une prise de position tranchée.

L’Afrique face aux retombées

Si peu de voix africaines se font entendre, l’impact économique et social d’un conflit de grande ampleur dans le Golfe risque toutefois de peser lourd sur le continent. Instabilité des marchés de l’énergie, hausse des prix des matières premières, perturbations des chaînes d’approvisionnement et risques accrus pour la paix globale ne sont pas des préoccupations étrangères aux États africains, nombreux à dépendre des importations et à faire face à des pressions inflationnistes.

Dans ce contexte, le discours de l’Union africaine, appelant à la diplomatie, à la désescalade et à la protection des principes du droit international, peut être vu comme une formule prudente, mais il reste à savoir si cette position isolée suffira à mobiliser une réponse collective plus large du continent face à une crise qui pourrait l’affecter de manière indirecte mais significative.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Chaos dans le ciel : le conflit iranien paralyse le transport aérien au Moyen-Orient

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *