Souveraineté alimentaire au Gabon : pourquoi le riz reste le grand absent des priorités agricoles ?
Libreville, Dimanche 15 Mars 2026 (Infos Gabon) – Une déclaration ministérielle qui fait grincer des dents dans les milieux agricoles.
Au Gabon, la question de la souveraineté alimentaire revient régulièrement dans le discours officiel. Pourtant, une récente intervention du ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, a déclenché une vive réaction dans les milieux agricoles.
Invité de l’émission « Le Gabon s’exprime » diffusée sur Gabon 24 le 13 mars, le membre du gouvernement a détaillé les cultures que l’exécutif considère comme prioritaires pour développer l’agriculture nationale : le manioc, la banane plantain, le maïs et le soja.
Mais une absence a immédiatement sauté aux yeux de nombreux observateurs : le riz n’apparaît pas dans cette liste. Une omission qui a surpris une partie des professionnels du secteur agricole et relancé le débat sur les véritables orientations de la politique alimentaire du pays.
Une céréale centrale dans l’alimentation des Gabonais
Pour beaucoup d’acteurs du monde agricole, la question dépasse le simple choix technique. Elle touche directement aux habitudes alimentaires de la population.
Le riz est aujourd’hui l’un des produits les plus consommés au Gabon. Selon plusieurs estimations, la consommation moyenne dépasse 45 kilogrammes par habitant et par an, ce qui en fait un aliment quotidien pour une large part des ménages.
Cette dépendance se traduit par une facture d’importation particulièrement lourde. Chaque année, le pays dépense près de 45 milliards de francs CFA pour s’approvisionner en riz sur les marchés internationaux.
Dans un contexte où l’État affirme vouloir réduire la dépendance alimentaire vis-à-vis de l’extérieur, certains spécialistes s’interrogent donc sur la cohérence d’une stratégie agricole qui ne placerait pas cette céréale parmi ses priorités.
Une filière pourtant déjà structurée
Contrairement à certaines idées reçues, la production locale de riz n’en est pas à ses débuts. Plusieurs initiatives scientifiques et techniques ont déjà été lancées au fil des années.
Des chercheurs ont notamment développé des variétés adaptées aux sols et aux conditions climatiques gabonaises, permettant d’envisager une production plus importante à l’échelle nationale.
Parallèlement, un programme de production de semences impliquant plusieurs coopératives agricoles a été mis en place. Ces initiatives bénéficient du suivi des services techniques du ministère, notamment en matière de production végétale et de protection phytosanitaire.
Le pays dispose également d’un cadre stratégique : une stratégie nationale de développement de la riziculture, accompagnée de projets techniques en attente de financement pour passer à une phase d’industrialisation.
Pour les spécialistes du secteur, ces éléments montrent que la filière dispose déjà d’une base scientifique et organisationnelle solide.
Le souvenir révélateur de la crise sanitaire
La pandémie de COVID-19 a également mis en lumière la place centrale du riz dans l’alimentation des Gabonais.
Lors des distributions alimentaires organisées pendant la crise, cette céréale constituait l’un des produits essentiels destinés aux populations. Dans la plupart des paniers d’aide, le riz figurait en première ligne, bien avant d’autres produits agricoles.
Pour plusieurs observateurs, cet épisode a démontré que la sécurité alimentaire du pays reste étroitement liée à l’accès à cette denrée.
Entre dépendance aux importations et interrogations économiques
La mise à l’écart du riz dans les priorités agricoles soulève également des questions d’ordre économique. Certains acteurs du secteur s’interrogent sur le rôle potentiel des circuits d’importation dans cette situation. Le marché du riz représente en effet un volume financier important, dominé par quelques grands importateurs.
Cette dépendance comporte également des enjeux sanitaires et logistiques. Les volumes importés proviennent de divers marchés internationaux, et les contrôles systématiques sur la qualité, la conservation ou les intrants utilisés restent parfois limités.
Pour les défenseurs d’une production locale renforcée, développer la riziculture nationale permettrait non seulement de réduire la facture d’importation, mais aussi de mieux maîtriser la qualité des produits consommés.
Un enjeu stratégique pour la souveraineté alimentaire
Le débat dépasse désormais la simple polémique autour d’une déclaration ministérielle. Il renvoie à une question plus large : quelle agriculture pour assurer l’autonomie alimentaire du Gabon ?
Si le gouvernement met en avant certaines cultures vivrières comme le manioc ou la banane plantain, de nombreux experts estiment qu’une stratégie cohérente devrait également tenir compte des habitudes réelles de consommation.
Sans reconnaissance officielle du riz comme culture stratégique, les projets agricoles liés à cette filière risquent de rencontrer davantage de difficultés pour mobiliser les financements publics ou internationaux nécessaires à leur développement.
Une question toujours ouverte
Pour l’heure, le débat reste ouvert entre les autorités publiques et les acteurs du secteur agricole. Alors que le pays affiche l’ambition de renforcer sa souveraineté alimentaire, plusieurs spécialistes estiment que la production locale de riz pourrait constituer l’un des leviers majeurs de cette stratégie.
Reste à savoir si cette céréale, omniprésente dans les assiettes des Gabonais, parviendra un jour à s’imposer également parmi les priorités de la politique agricole nationale.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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