Transition gabonaise : élections imparfaites ou apprentissage démocratique ?
Libreville, Lundi 6 Octobre 2025 (Infos Gabon) – Au lendemain des élections législatives et locales du 27 septembre, la classe politique gabonaise se déchire entre satisfaction prudente, colère contenue et appels radicaux à l’annulation pure et simple du scrutin. Entre accusations de fraude et promesses de transparence, un observateur, qui a requis l’anonymat, y voit moins une crise qu’un miroir de notre jeune démocratie, encore en quête d’équilibre.
« Les élections couplées du 27 septembre sont une occasion manquée pour faire entrer le Gabon dans l’histoire », a tonné Alain-Claude Bilie By Nze, ancien Premier ministre et président du parti Ensemble Pour le Gabon (EPG).
Sa formation a d’ailleurs annoncé le retrait de ses candidats du processus électoral, dénonçant « une mascarade organisée » et réclamant l’annulation totale du scrutin.
Même tonalité du côté de Raymond Ndong Sima, autre ancien Premier ministre et chef de l’Alliance Patriotique (AP), qui a sévèrement critiqué le déroulement du vote, tout en prenant soin de préciser qu’il n’était « pas opposant », mais « républicain lucide ».
À cette chorale politique se sont ajoutées des voix religieuses, comme le pasteur Max Alexandre Ngoua, pour qui « Dieu n’aime pas la tricherie ». Bref, le Gabon politique bruisse d’indignation.
Pourtant, dans le même temps, les missions d’observation de la CEEAC, de l’Union africaine et de la Diaspora Africaine en Europe ont salué un scrutin globalement satisfaisant, tout en reconnaissant des « couacs localisés » dans certaines circonscriptions.
Des incidents, oui : urnes détruites ici, bulletins manquants là, électeurs transportés ailleurs ou encore vote par procuration dénoncé.
Mais selon leurs rapports, ces irrégularités n’ont pas affecté le caractère général du vote, qui reste conforme aux standards démocratiques de la sous-région. Autrement dit : des défauts, mais pas de désastre.
Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Intérieur Hermann Immongault, a reconnu ces dysfonctionnements et promis des sanctions.
Six présidents de commissions électorales locales ont été remplacés, certains scrutins annulés et reprogrammés, tandis que les recours ont été ouverts devant la Cour constitutionnelle et les tribunaux administratifs. L’État, du moins en apparence, semble vouloir corriger le tir.
Et c’est là que le débat prend une tournure plus… philosophique. Car à force d’exiger la perfection démocratique, ne finit-on pas par oublier que la démocratie est un processus, pas un miracle ?
« Le problème, explique notre observateur, n’est pas tant que les élections aient connu des ratés, toutes en connaissent, mais que les élites, elles, refusent d’apprendre de leurs erreurs. »
Et de poursuivre : « Chez nous, le réflexe est toujours le même : quand on perd, on conteste ; quand on gagne, on s’auto-félicite. Or la maturité politique commence quand on accepte que le vote, même imparfait, n’est pas un champ de bataille, mais une école de responsabilité. »
En réalité, poursuit-il, la transition gabonaise entre dans une phase de vérité : celle où les institutions doivent prouver leur solidité, et où les acteurs politiques doivent démontrer qu’ils sont capables d’élever le débat au-dessus de leurs intérêts immédiats.
Annuler tout le processus reviendrait à revenir à la case départ, à prolonger indéfiniment une transition déjà longue de deux ans, avec tout ce que cela suppose d’incertitude économique et de lassitude populaire.
Car, au-delà des querelles électorales, le pays attend autre chose : de l’emploi, des routes, de l’eau, des hôpitaux fonctionnels, des transports fiables. Les Gabonais n’ont plus le luxe de recommencer sans cesse, à chaque élection, le même cycle de tensions et de frustrations.
L’observateur conclut, non sans ironie. « On ne construit pas la démocratie en criant à la fraude chaque fois qu’on trébuche dans l’isoloir. Le Gabon n’a pas besoin d’une opposition qui s’indigne, mais d’une opposition qui construit. Et d’un pouvoir qui écoute, sans arrogance. Bref, d’adultes politiques. »
Et si, finalement, la vraie transition commençait là ?
FIN/INFOSGABON/SO/2025
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