Macky Sall joue sa carte mondiale
Libreville, Dimanche 19 Juillet 2026 (Infos Gabon) – De retour à Dakar pour la première fois depuis son départ du pouvoir, l’ancien président sénégalais sollicite le soutien de Bassirou Diomaye Faye dans sa course au secrétariat général des Nations unies. Une séquence diplomatique qui dépasse les frontières du Sénégal et redessine les équilibres politiques africains.
Le retour de Macky Sall à Dakar, plus de deux ans après avoir quitté la présidence, n’avait rien d’une simple visite privée. Derrière cette apparition hautement symbolique se jouait une séquence diplomatique majeure. En campagne pour accéder au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, l’ancien chef de l’État est venu chercher un soutien indispensable, celui de son propre pays. Reçu au palais présidentiel par son successeur, Bassirou Diomaye Faye, il a ouvert une nouvelle étape de sa stratégie internationale tout en ravivant les débats qui continuent de traverser la vie politique sénégalaise.
L’entretien entre les deux hommes, confirmé par la présidence sénégalaise, constitue leur première rencontre officielle depuis l’alternance de 2024. Si le contenu précis des échanges n’a pas été détaillé, plusieurs sources indiquent que Macky Sall a présenté les grandes orientations de son projet pour les Nations unies et demandé le soutien officiel de Dakar à sa candidature. Dans toute campagne pour la direction de l’ONU, l’appui du pays d’origine constitue un préalable politique autant qu’un signal adressé à la communauté internationale.
Une candidature africaine à forte portée diplomatique
La bataille pour la succession du secrétaire général des Nations unies se construit bien avant les votes officiels. Elle repose sur une longue mobilisation diplomatique, où chaque soutien national renforce la crédibilité du candidat auprès des autres États membres.
Pour Macky Sall, obtenir l’adhésion des nouvelles autorités sénégalaises représente bien davantage qu’un geste symbolique. Un appui de Dakar pourrait faciliter un alignement progressif de plusieurs pays africains, notamment au sein de l’Union africaine, où certaines capitales avaient jusqu’à présent exprimé des réserves sur cette candidature.
Le déplacement à Dakar s’inscrit donc dans une offensive diplomatique plus large. L’ancien président multiplie les consultations internationales afin de convaincre que son expérience de chef d’État, son implication dans les grands dossiers africains et son réseau diplomatique constituent des atouts pour diriger une organisation confrontée à des crises géopolitiques, climatiques et sécuritaires sans précédent.
L’audience accordée par Bassirou Diomaye Faye traduit, de son côté, une approche institutionnelle. Selon les informations disponibles, le président sénégalais a écouté les propositions de son prédécesseur dans un climat de respect républicain, illustrant une continuité de l’État malgré l’alternance politique.
Le poids d’un héritage toujours contesté
Cette visite intervient cependant dans un contexte politique particulièrement sensible. Pour une partie de l’opinion, le retour de Macky Sall ravive les blessures laissées par les affrontements politiques ayant marqué les dernières années de son mandat.
Les nouvelles autorités lui reprochent notamment la répression des manifestations entre 2021 et 2024, qui avait provoqué plusieurs dizaines de morts. Elles mettent également en cause la gestion des finances publiques, estimant qu’une partie importante de la dette nationale aurait été dissimulée sous son administration. Plusieurs organisations de la société civile continuent d’ailleurs de réclamer que toute la lumière soit faite sur ces dossiers.
Ces controverses expliquent pourquoi la rencontre présidentielle suscite des réactions contrastées. Certains y voient un acte de maturité institutionnelle. D’autres redoutent un rapprochement politique entre deux dirigeants longtemps opposés. Dans un paysage politique profondément recomposé, où les relations entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko se sont fortement dégradées, chaque geste présidentiel fait désormais l’objet d’interprétations stratégiques.
Entre réconciliation institutionnelle et projection internationale
Au-delà des débats internes, cette séquence révèle surtout la capacité des institutions sénégalaises à distinguer les rivalités politiques des intérêts diplomatiques de l’État. L’image de deux présidents échangeant au palais présidentiel, malgré leurs divergences passées, renforce le message d’une République où la continuité institutionnelle demeure possible.
Pour Macky Sall, cette visite constitue une étape déterminante de sa campagne internationale. Pour Bassirou Diomaye Faye, elle représente un exercice délicat d’équilibre entre mémoire politique, responsabilité institutionnelle et intérêts diplomatiques.
La décision que prendra finalement Dakar sur cette candidature dépassera largement le cadre sénégalais. Elle pèsera sur la capacité de l’Afrique à parler d’une seule voix dans la désignation du prochain dirigeant des Nations unies. Dans cette compétition mondiale où les rapports de force se construisent patiemment, chaque soutien compte. Celui du Sénégal pourrait bien devenir l’un des plus décisifs.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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