Environnement

Gabon : Grand Libreville, la guerre aux ordures

Libreville, Mardi 8 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Grand Libreville veut reprendre le contrôle de ses rues. Face à l’accumulation des déchets, aux dépôts sauvages et à une collecte encore trop irrégulière, le gouvernement gabonais durcit le ton et veut désormais imposer une méthode commune aux collectivités.

Réunis le 7 septembre à l’hôtel de ville d’Owendo, les responsables de Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum ont engagé la préparation d’un dispositif d’urgence associant municipalités, opérateurs de collecte et populations. Le délai fixé est particulièrement politique autant qu’opérationnel, les premiers résultats sont attendus dans les trois prochains mois.

Cette offensive intervient quelques jours après la réunion convoquée le 2 septembre par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault. L’exécutif avait alors posé un diagnostic sans détour sur les insuffisances de la collecte, les difficultés d’application des règles d’hygiène publique et la persistance des comportements inciviques. Le gouvernement veut désormais passer de la sensibilisation à l’application effective des sanctions prévues par les textes.

L’enjeu dépasse largement l’apparence des quartiers. Déchets abandonnés dans les rues, caniveaux obstrués et espaces publics dégradés affectent directement l’environnement urbain, la santé collective et la qualité de vie. Pour une capitale qui ambitionne de moderniser ses services et ses infrastructures, l’incapacité à maintenir durablement ses espaces propres devient un problème de gouvernance autant qu’un problème sanitaire.

La fin des responsabilités dispersées

La réunion d’Owendo marque une inflexion importante parce qu’elle cherche à sortir du cloisonnement administratif. Les quatre communes appartiennent à une même agglomération et les déchets ne respectent évidemment pas les frontières municipales. Une collecte mal organisée dans une commune peut rapidement produire des effets dans une autre. La réponse ne peut donc être durablement fragmentée.

Les discussions portent désormais sur les capacités logistiques réelles des opérateurs, la fréquence des rotations, la répartition territoriale des interventions et les responsabilités de chaque acteur. Clean Africa, Sanivit et EGCB participent à cette réflexion. Cette approche est essentielle, car sanctionner les citoyens sans garantir parallèlement un service de collecte suffisamment régulier reviendrait à traiter uniquement la conséquence d’un problème dont une partie est logistique.

Le gouvernement veut également renforcer les moyens de terrain. Le dispositif annoncé prévoit la création de brigades de propreté dans les communes, des équipes pédestres de proximité associant habitants, auxiliaires de commandement et associations, ainsi que l’appui de forces spécialisées sous réquisition du ministère d’État et de la Défense. Un projet de loi doit par ailleurs consolider le nouveau cadre réglementaire.

Cette architecture traduit une volonté de passer d’opérations ponctuelles de nettoyage à une politique permanente de surveillance, de collecte et de responsabilisation.

Sanctionner, mais aussi faire fonctionner le service public

La fermeté annoncée répond à une réalité que les autorités ne peuvent plus éluder. Le Code pénal et les arrêtés municipaux prévoient déjà des sanctions contre certains comportements qui dégradent l’espace public. Le problème est donc moins l’absence totale de règles que leur application insuffisante. Hermann Immongault a publiquement demandé pourquoi les collectivités rencontrent encore des difficultés à sanctionner des comportements pourtant interdits.

Mais une politique crédible ne pourra pas reposer uniquement sur la répression. La responsabilité doit être partagée. Aux collectivités et aux opérateurs revient l’obligation d’assurer une collecte organisée, prévisible et suffisamment fréquente. Aux habitants et aux opérateurs économiques revient celle de respecter les lieux de dépôt, les horaires et les règles élémentaires de salubrité.

C’est tout le sens de la campagne annoncée autour du slogan « Mon déchet, ma responsabilité ». La formule ne vaut que si elle s’accompagne d’une chaîne de service public capable de répondre aux besoins réels des quartiers. La discipline citoyenne ne peut durablement prospérer dans un environnement où les bacs débordent ou où la collecte fait défaut.

Le calendrier désormais arrêté place les autorités devant une obligation de résultat. Une nouvelle réunion doit finaliser le plan d’urgence et le soumettre à l’arbitrage du vice-président du gouvernement avant son déploiement.

Le Grand Libreville dispose donc de trois mois pour démontrer que cette nouvelle offensive n’est pas une campagne de communication supplémentaire. La propreté urbaine est un révélateur de la capacité d’un État à coordonner ses administrations, contrôler ses prestataires et faire respecter ses règles. Le Gabon peut imposer des sanctions, multiplier les brigades et lancer des campagnes de sensibilisation. Mais la victoire se mesurera à une chose très simple, des rues propres au quotidien. C’est sur cette réalité, et non sur le nombre de réunions organisées, que les populations jugeront désormais l’efficacité de l’action publique.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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