La diversité, nouveau moteur de l’innovation gabonaise
Libreville, Samedi 22 Août 2026 (Infos Gabon) – Et si le principal réservoir d’innovation du Gabon se trouvait précisément dans les talents que son système éducatif peine encore à reconnaître ? C’est la question centrale posée par Serge Martial MOKANDA, consultant-formateur en management et transformation des organisations, ingénieur pédagogique, expert en conduite du changement, ancien conseiller technique ministériel et auteur de Changer l’Afrique !, dans la deuxième partie du troisième volet de sa réflexion sur la transformation du système éducatif gabonais et les enjeux stratégiques de la future “Université des Sciences de l’Éducation du Cap Estérias” devenue “Université polyvalente du Cap Estérias”.
Intitulée « Comment faire de la diversité des talents le socle de notre innovation ? », cette contribution déplace le débat. L’inclusion ne serait plus seulement une exigence sociale destinée à corriger les inégalités. Elle devient une question de puissance éducative, de productivité et de compétitivité. Pour un Gabon qui cherche à diversifier son économie et à renforcer son capital humain, continuer à laisser certains profils en marge du système reviendrait à se priver volontairement d’une partie de son intelligence collective.
Sortir du modèle unique
La question posée par Serge Martial Mokanda est volontairement dérangeante. Qui formons-nous exactement ? Si l’USE doit devenir un moteur du redressement national par les compétences, elle ne peut simplement reproduire un modèle pédagogique construit autour d’un profil d’apprenant supposé universel.
Les jeunes présentant des handicaps visibles ou des profils neurodivergents tels que la dyslexie, l’autisme, le TDAH ou la dyspraxie ne constituent pas une catégorie à « adapter » marginalement au système. Ils révèlent au contraire les limites d’un système trop rigide. L’enjeu consiste à concevoir une pédagogie capable de reconnaître différentes manières d’apprendre, de raisonner, de créer et de résoudre les problèmes.
Cette diversité peut devenir un avantage compétitif. Un étudiant confronté quotidiennement à des obstacles d’accessibilité peut développer une capacité particulière à repérer les failles d’une interface, à imaginer une solution différente ou à concevoir un outil plus intuitif. Avec les technologies éducatives, l’intelligence artificielle et les outils d’assistance, cette expérience peut devenir une source d’innovation plutôt qu’un facteur d’exclusion.
Les travaux récents de l’UNESCO vont dans cette direction. L’organisation souligne que les technologies numériques, l’IA et les outils d’assistance peuvent personnaliser les apprentissages et améliorer l’accès à l’éducation pour les personnes ayant des besoins éducatifs particuliers, à condition d’être accessibles, abordables et accompagnés par des enseignants correctement formés.
Le changement de paradigme est donc majeur. L’excellence ne devrait plus être mesurée par l’uniformité des parcours, mais par la capacité d’un système à faire émerger des réussites différentes.
Transformer la diversité en capital
Cette conception dépasse largement la salle de classe. La diversité est également devenue un sujet de performance économique. L’Organisation internationale du Travail souligne que des environnements professionnels caractérisés par davantage de diversité et d’inclusion sont associés à davantage d’innovation, de productivité, de performance, ainsi qu’à une meilleure capacité à attirer et retenir les talents.
Il faut toutefois éviter de transformer cette réalité en promesse statistique automatique. Le chiffre de 20 % de productivité supplémentaire évoqué dans la contribution de Serge Martial Mokanda ne peut être présenté comme une règle universelle applicable mécaniquement au Gabon. Les données internationales établissent plutôt une relation entre inclusion, diversité et performance, dont les effets dépendent des politiques effectivement mises en œuvre. L’enjeu est donc moins de promettre un pourcentage que de construire les conditions permettant à la diversité de produire de la valeur.
Pour le Gabon, cela suppose de revoir les contenus, mais aussi la formation des enseignants. L’USE pourrait devenir le laboratoire de cette transformation en formant des pédagogues capables de détecter les profils atypiques, d’identifier leurs forces et de construire des parcours adaptés. La technologie pourrait alors servir non pas à remplacer l’enseignant, mais à lui donner davantage de moyens pour personnaliser l’apprentissage.
Cette ambition rejoint les orientations internationales actuelles. En juillet 2026, l’UNESCO a consacré une réflexion spécifique à la diversité des profils d’apprentissage, à l’IA et à l’accompagnement de la dyslexie, en insistant sur la nécessité de développer des solutions personnalisées tout en encadrant les risques liés aux données, au profilage et aux biais technologiques.
L’USE doit apprendre à révéler
C’est dans cette perspective que Serge Martial Mokanda propose une « Pédagogie de l’Estime ». Son principe est simple mais profondément politique. Avant de demander à un jeune de produire, il faut lui permettre de croire qu’il en est capable.
Cela passe par une communication bienveillante qui valorise l’effort autant que le résultat, par des parcours académiques capables de reconnaître les intelligences théoriques mais aussi manuelles, techniques, créatives et relationnelles, et enfin par une véritable culture citoyenne de l’inclusion.
Son exemple de Marie-Noelle, ancienne camarade de classe de son épouse à l’Immaculée Conception et dyslexique non diagnostiquée, donne un visage humain à cette réflexion. Les difficultés de lecture, les moqueries et l’absence d’accompagnement ont peut-être durablement affecté son parcours. Personne ne saura jamais quelles compétences auraient pu émerger avec une détection précoce et un soutien approprié. C’est précisément cette incertitude que le système éducatif gabonais doit désormais refuser de reproduire.
Le défi de l’USE ne sera donc pas simplement de former davantage d’enseignants. Il sera de former des enseignants capables de voir ce que les méthodes traditionnelles ne voient pas.
La véritable innovation pédagogique ne consiste pas à faire entrer tous les élèves dans le même moule. Elle consiste à construire un système suffisamment intelligent pour que chaque talent puisse y trouver son chemin vers l’excellence.
Pour Serge Martial Mokanda, le redressement du Gabon par les compétences ne pourra ainsi reposer sur l’uniformisation. Il devra mobiliser toutes les formes d’intelligence disponibles dans la société. Si l’Université des Sciences de l’Éducation fait de cette diversité son principe fondateur, elle pourrait alors devenir bien plus qu’une institution de formation des enseignants. Elle pourrait devenir l’un des laboratoires où le Gabon apprend enfin à transformer sa diversité humaine en capital d’innovation, en emplois et en puissance économique.
La question n’est donc plus de savoir si le Gabon peut se permettre d’être inclusif. La vraie question est de savoir combien de talents le pays peut encore se permettre de perdre.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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