Economie

Gabon : Foncier, la SNI remet les règles au clair

Libreville, Lundi 7 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Au Gabon, la régularisation foncière entre dans une phase où la précision des règles devient aussi importante que la volonté politique.

Lors d’une tournée de contrôle effectuée samedi 5 septembre 2026 à Owendo, Nkok et Essassa, le directeur général de la Société nationale immobilière, Jean-Pierre Ondounda, a voulu mettre fin aux ambiguïtés qui entourent l’opération engagée sur les terrains appartenant à la SNI. Le principe rappelé est simple mais lourd de conséquences, la régularisation concerne les parcelles effectivement bâties et occupées, pas les terrains simplement clôturés ou plantés.

Le rappel intervient alors que le gouvernement a lancé au début de l’année une opération exceptionnelle destinée à permettre à plus de 5 100 familles du Grand Libreville de sécuriser juridiquement leurs occupations sur le patrimoine foncier de la SNI. Le dispositif concerne notamment Akanda, Nkok, Bikélé, Essassa et Owendo. À Essassa, la SNI estime entre 1 500 et 2 000 le nombre de personnes disposant d’un cadre bâti intégrées au processus, mais relève que beaucoup n’ont pas encore engagé les démarches.

La mise au point de Jean-Pierre Ondounda répond à une difficulté concrète. Une clôture, quelques arbres fruitiers ou une simple occupation matérielle du terrain ne suffisent pas à établir un droit équivalent à celui d’un logement construit. La notion de « cadre bâti » constitue donc le pivot de la procédure. Elle permet à la SNI de distinguer l’occupation destinée à l’habitation d’une emprise foncière potentiellement utilisée à des fins de spéculation ou revendiquée au-delà de son usage réel.

Cette clarification intervient après plusieurs interrogations apparues à Essassa sur la superficie pouvant être régularisée. Le responsable de la SNI rappelle qu’un occupant ne peut réclamer l’intégralité d’un terrain de 5 000 mètres carrés s’il n’y a construit qu’une habitation sur une petite partie. À l’inverse, une occupation effectivement construite et cohérente avec la superficie revendiquée peut être prise en compte. L’objectif affiché est donc de faire correspondre le droit foncier à la réalité de l’occupation, tout en préservant les emprises nécessaires aux futures routes et équipements urbains.

Cette logique est déterminante pour le Grand Libreville. La sécurisation des occupants ne peut pas signifier la légalisation automatique de toutes les extensions réalisées au fil des années. Elle doit également permettre à l’État et aux collectivités de conserver la capacité d’organiser les espaces publics, les voies de circulation, l’assainissement et les équipements collectifs.

Une régularisation à vocation sociale mais encadrée

Les conditions financières retenues en début d’année avaient été volontairement réduites afin de faciliter l’accès des familles à la propriété. Les parcelles comprises entre 0 et 2 000 mètres carrés avaient été fixées à 600 000 francs CFA, tandis que les superficies comprises entre 2 000 et 4 999 mètres carrés étaient proposées à 1,2 million de francs CFA dans le cadre de l’opération exceptionnelle.

L’objectif était clairement social. Donner un titre foncier à des familles installées depuis parfois longtemps permet de sécuriser leur patrimoine et de réduire les conflits liés à la propriété. Mais cette politique ne peut fonctionner que si les bénéficiaires comprennent précisément les conditions d’accès et s’adressent aux structures compétentes.

La question est d’autant plus sensible que la régularisation intervient parallèlement à de nouveaux programmes d’aménagement et de logements de la SNI. À Owendo, Nkok et Essassa, l’établissement public développe actuellement des opérations qui combinent viabilisation des terrains et construction de logements. La sécurisation des occupations existantes doit donc être articulée avec la nécessité de préserver du foncier pour les nouveaux quartiers et les infrastructures futures.

Le foncier ne peut plus rester dans le flou

Le rappel de la SNI comporte finalement un message plus large. Le Gabon cherche à sortir d’un système où l’occupation physique d’un terrain peut parfois être considérée comme suffisante pour revendiquer un droit de propriété. Or, en matière foncière, la possession et la propriété ne se confondent pas automatiquement. La sécurisation durable passe par une procédure administrative et juridique aboutissant à un titre reconnu.

Cette évolution est essentielle pour les familles, mais également pour l’État. Un foncier mieux documenté facilite le crédit, réduit les litiges, améliore la planification urbaine et permet aux pouvoirs publics de connaître précisément les droits attachés à chaque parcelle.

La SNI doit toutefois veiller à ce que la clarification des règles soit accompagnée d’une information accessible et homogène sur tous les sites. Plus les procédures seront transparentes, plus il sera difficile pour des intermédiaires ou des agents indélicats de profiter de la confusion.

L’opération de régularisation ne doit donc être ni une faveur, ni une nouvelle source de spéculation. Elle doit devenir un mécanisme de sécurisation de la propriété et d’organisation de la ville.

Le message de Jean-Pierre Ondounda est finalement sans ambiguïté. Construire crée une réalité à régulariser lorsqu’elle répond aux critères établis, mais clôturer ou occuper ne suffit pas à transformer automatiquement une superficie en propriété. Pour le Grand Libreville, cette distinction est essentielle. Le Gabon ne pourra organiser durablement son expansion urbaine qu’en passant d’un foncier fondé sur l’occupation à un foncier fondé sur des droits clairement établis.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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