Gabon : FONED, le pari de l’épargne gabonaise
Libreville, Lundi 7 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut changer la manière dont il finance son avenir. Ouvert le 2 septembre 2026 à Libreville et organisé par la Caisse des dépôts et consignations, le premier Forum national de l’épargne pour le développement a posé une ambition inhabituelle par son ampleur.
Faire de l’épargne des Gabonais, au pays comme à l’étranger, une source de capitaux capables de financer directement la transformation économique nationale.
À la tribune, l’administrateur directeur général de la CDC, Marius Issa Nkori, a résumé le défi avec une formule qui donne sa logique au FONED. Il ne s’agit pas seulement de créer davantage d’épargne, mais de mieux la mobiliser, de la sécuriser, de l’inscrire dans le temps long et surtout de la transformer en investissement productif. La CDC entend ainsi jouer un rôle de tiers de confiance, en complément des banques, assurances, fonds d’investissement et autres acteurs financiers.
L’enjeu financier est considérable. Le Plan national de croissance et de développement 2026-2030 prévoit près de 27 000 milliards de francs CFA d’investissements, dont environ 18 000 milliards doivent provenir du secteur privé et des ressources nationales. Le FONED cherche précisément à donner un contenu concret à cette deuxième composante.
Le forum intervient aussi après une période qui a montré les limites et le coût du recours aux marchés extérieurs. En novembre 2024, le Gabon avait engagé un rachat anticipé de 290 millions de dollars de son eurobond arrivant à échéance en 2025, opération financée notamment par des émissions régionales en francs CFA. Pour la Banque mondiale, cette opération répondait à la pression exercée par le coût du service de la dette et la perception accrue du risque pays. Elle avait aussi pour effet de déplacer une partie de l’exposition de la dette extérieure vers la dette intérieure.
L’outil Okira et la bataille de la confiance
La première réponse opérationnelle présentée durant le FONED est le lancement d’Okira 241. Le produit doit permettre aux résidents comme aux membres de la diaspora de placer leur épargne dans un cadre réglementé et de l’orienter vers l’immobilier et les projets structurants du PNCD. La CDC entend progressivement construire une gamme capable de transformer une épargne parfois inactive ou dispersée en financement de long terme.
La diaspora occupe une place particulière dans cette stratégie. Le projet DIASDEV, soutenu par l’Agence française de développement et mis en œuvre par Expertise France, travaille avec plusieurs caisses de dépôts africaines, dont celle du Gabon, pour concevoir des produits sécurisés et attractifs destinés aux ressortissants vivant à l’étranger. Le principe est de faire évoluer le transfert de fonds vers une logique d’investissement.
Mais cette transformation repose sur une condition qui ne se décrète pas, la confiance. L’épargnant doit savoir où va son argent, quelle rémunération il peut attendre, quels risques il assume et comment sont contrôlés les projets financés. C’est pourquoi Marius Issa Nkori insiste sur la sécurisation et la gouvernance, tandis que les discussions du FONED ont porté sur les véhicules d’investissement, les mécanismes de garantie, la digitalisation et la transparence.
Le gouvernement devra donc éviter un écueil majeur. Une campagne destinée à mobiliser l’épargne publique ne peut réussir avec le seul argument patriotique. Elle doit proposer des placements économiquement crédibles. L’épargnant doit devenir citoyen-investisseur parce que l’instrument est sûr, lisible et rentable, et non uniquement parce qu’il souhaite participer au développement de son pays.
Après le forum, le temps des preuves
La clôture du FONED a fixé un premier objectif quantitatif. Selon le représentant du gouvernement, la CDC ambitionne de mobiliser environ 100 milliards de francs CFA sur dix ans à travers Okira et Okira 24, destinés respectivement aux résidents et à la diaspora. Ce montant resterait modeste au regard des 27 000 milliards d’investissements du PNCD, mais il constituerait un premier test de la capacité du Gabon à créer un véritable marché de l’épargne longue nationale.
Le chantier ne s’arrête cependant pas à la collecte. Le FONED a recommandé la création de fonds thématiques, de sociétés de projet et de mécanismes de financement mixte, afin d’orienter les ressources vers le logement, les infrastructures, l’agriculture, l’énergie et d’autres secteurs prioritaires. L’objectif est précisément d’établir un lien transparent entre l’épargne collectée et les actifs financés.
Cette évolution doit aussi accompagner la consolidation budgétaire. Le PNCD suppose une meilleure mobilisation des recettes, une dépense publique plus efficace et une utilisation plus sélective de l’endettement. L’épargne domestique ne remplacera ni la Banque mondiale, ni la BAD, ni l’AFD ou les marchés internationaux. Elle peut toutefois réduire la vulnérabilité du pays en diversifiant ses sources de capitaux et en augmentant la part du financement qu’il contrôle directement.
Le véritable test du FONED commencera donc après les discours. Il faudra connaître les montants effectivement collectés, les produits réellement souscrits, les projets financés, leur rentabilité et les emplois créés. Il faudra également rendre compte régulièrement aux épargnants.
C’est cette discipline qui fera d’Okira et de la CDC de véritables instruments de souveraineté financière. Le Gabon a déjà montré qu’il savait emprunter. Il cherche désormais à prouver qu’il sait aussi mobiliser son propre capital.
Le pari est stratégique. Une nation devient moins vulnérable lorsque ses citoyens ne sont plus seulement consommateurs ou contribuables, mais deviennent eux-mêmes une source durable de capital productif. Le FONED ouvre cette voie. Sa réussite ne dépendra pas de la taille du forum de Libreville, mais de la capacité à transformer l’épargne en investissements visibles, rentables et utiles au pays.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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