Economie

Exonérations, le Gabon veut reprendre la main

Libreville, Jeudi 10 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon vient de fermer provisoirement une porte par laquelle des milliards de francs CFA échappaient au Trésor. À compter du 8 septembre 2026, le gouvernement suspend les effets des conventions et décisions administratives accordant des exonérations fiscales et douanières et interdit l’octroi de nouveaux avantages de cette nature.

À fin juillet, le manque à gagner cumulé est évalué à 283,277 milliards de FCFA, dont 209,239 milliards pour les Douanes et 74,038 milliards pour les services fiscaux.

Le montant donne la mesure de la décision. Mais son véritable enjeu est ailleurs. Une exonération n’est pas nécessairement une anomalie. Elle peut être un outil de politique économique lorsqu’elle facilite un investissement productif, soutient une industrie naissante, crée des emplois ou contribue à réduire les prix. Le problème apparaît lorsque le coût supporté par la collectivité ne produit pas les contreparties attendues. C’est précisément ce que le gouvernement veut désormais vérifier.

L’exécutif engage un audit couvrant la période 2023-2026 pour examiner les avantages accordés, leur fondement et surtout leur efficacité réelle. Les autorités entendent comparer les engagements annoncés par les bénéficiaires avec les résultats obtenus sur le terrain. Investissements effectivement réalisés, emplois créés, effets sur les prix, activité économique générée, autant d’éléments qui devront permettre de distinguer l’incitation utile de l’avantage devenu simple privilège.

Cette clarification est essentielle pour éviter une confusion dangereuse. Les 283 milliards de FCFA annoncés constituent un manque à gagner lié aux recettes auxquelles l’État a renoncé. Ils ne correspondent donc pas automatiquement à une somme détournée ou récupérable intégralement. L’audit doit justement déterminer quelle partie de cette dépense fiscale était économiquement justifiée.

Une rupture avec les avantages sans évaluation

Le gouvernement ne s’arrête pas à la suspension. Les entreprises bénéficiant de certaines dérogations administratives doivent désormais revenir au régime fiscal de droit commun, tandis qu’aucune nouvelle exonération ne doit être accordée dans le cadre visé par le communiqué. Pour les avantages directement prévus par la loi, une révision doit être proposée dans la prochaine loi de finances et soumise au Parlement.

Cette évolution est importante sur le plan institutionnel. Elle tend à replacer la dépense fiscale dans un cadre où son coût doit pouvoir être discuté, évalué et, le cas échéant, réorienté. Pendant trop longtemps, le débat sur les exonérations peut donner l’impression d’opposer deux blocs irréconciliables, l’État qui cherche à collecter davantage et les entreprises qui réclament des conditions favorables pour investir.

La vraie question est pourtant plus exigeante. Que rapporte au Gabon chaque franc de recette abandonné ?

Une entreprise exonérée qui investit, recrute, transforme localement et contribue à l’industrialisation peut justifier un effort temporaire du Trésor. Une exonération qui ne produit aucun effet mesurable devient en revanche une dépense publique invisible, mais bien réelle.

Le gouvernement doit donc maintenant démontrer qu’il sait distinguer les deux situations sans fragiliser l’économie productive.

Restaurer les recettes sans casser l’investissement

La décision intervient alors que Libreville cherche à renforcer ses marges budgétaires et à financer des infrastructures, des services publics et des politiques sociales. Dans ce contexte, la récupération d’une partie des recettes perdues peut constituer un levier important.

Mais la fermeté fiscale comporte également un risque si elle devient indistincte. Les investisseurs ont besoin de stabilité, de visibilité réglementaire et de règles prévisibles. Une politique d’incitation peut être efficace lorsqu’elle est temporaire, ciblée, transparente et assortie d’objectifs vérifiables. Son retrait brutal, sans différenciation entre les dispositifs efficaces et ceux qui ne le sont pas, pourrait à l’inverse renchérir certains projets ou décourager des investissements.

La réussite de la réforme dépendra donc moins du volume des exonérations supprimées que de la qualité du nouveau système. Il faudra connaître les bénéficiaires, les montants accordés, les bases juridiques, les engagements contractés et les résultats obtenus. Le gouvernement a annoncé que les conclusions de l’audit seront rendues publiques, ce qui constituera un test majeur de transparence.

Cette transparence doit être la prochaine étape, car les chiffres bruts ne suffiront pas. Les citoyens ont besoin de savoir où sont allées les dépenses fiscales et ce qu’elles ont produit.

Le Gabon se trouve ainsi devant une opportunité rare. Transformer une polémique sur les exonérations en une véritable doctrine de politique économique. Une doctrine dans laquelle l’État ne distribue plus des avantages sur la seule base de promesses, mais sur la base d’objectifs mesurables, contrôlés et réévalués.

Le signal politique envoyé par Thierry Minko est clair, chaque franc auquel le Trésor renonce doit pouvoir être défendu au nom de l’intérêt général.

C’est probablement la bonne direction. Mais le véritable tournant ne sera pas la suspension des exonérations. Il sera la capacité du Gabon à instaurer un système où l’avantage fiscal devient un contrat de performance entre l’État et l’investisseur.

Le pays n’a pas besoin de moins d’entreprises bénéficiaires. Il a besoin de plus de valeur créée pour chaque avantage accordé.

À l’heure où les finances publiques cherchent de nouvelles marges, l’exonération fiscale ne peut plus être un privilège invisible. Elle doit devenir un investissement dont le rendement économique, social et budgétaire peut être démontré.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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