Gabon : L’arbre à palabres peut encore sauver la paix
Libreville, Mercredi 9 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Il existe une autre manière de gouverner les tensions, celle qui consiste à parler avant de contraindre, à écouter avant de décider et à chercher un compromis avant que le désaccord ne se transforme en fracture.
Au Gabon, cette méthode retrouve aujourd’hui une actualité particulière. Le règlement du conflit foncier de Nzeng-Ayong après 32 années de bras de fer, les concertations autour des projets routiers et les échanges engagés avec des populations directement concernées montrent qu’une pratique ancienne peut retrouver une place au cœur de l’action publique, celle de l’arbre à palabres.
Le 6 septembre 2026, la signature d’un protocole d’accord entre Serge Esnault et les occupants d’une partie de sa propriété, sous la médiation du ministère du Logement dirigé par Mays Mouissi, a donné une traduction concrète à cette philosophie. Le compromis respecte le titre foncier, prévoit une compensation pour le propriétaire et ouvre la voie à la régularisation des occupants remplissant les conditions légales. Après trois décennies de procédures, l’État a choisi de ne pas ajouter un affrontement à l’affrontement. Il a fait du dialogue un chemin vers la paix.
Cette méthode mérite d’être saluée, non seulement pour le résultat obtenu, mais pour ce qu’elle révèle d’une conception différente de la responsabilité publique. Une médiation réussie ne fait pas disparaître le droit. Elle cherche à permettre au droit de s’appliquer sans produire une nouvelle crise sociale.
Retrouver l’esprit de l’arbre à palabres
L’image de l’arbre à palabres n’est pas qu’une métaphore. Elle renvoie à une tradition africaine dans laquelle la communauté se réunit pour entendre les griefs, rapprocher les positions et rechercher une issue acceptable par tous. Le Gabon possède aujourd’hui l’occasion de donner à cette philosophie une traduction moderne dans sa gouvernance.
Cette dimension prend une résonance particulière depuis la reconstruction de la Cité de la Démocratie, désormais dotée du Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba. Le site, entièrement rénové sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, a été pensé comme un lieu de grandes rencontres nationales et internationales, avec un musée consacré à la mémoire du patriarche Omar Bongo Ondimba. Le bâtiment renoue ainsi avec une vocation historique de Libreville comme espace de dialogue, de concertation et de rencontres africaines.
Le symbole est puissant. Omar Bongo Ondimba avait fait du dialogue et de la médiation l’un des ressorts de son action politique et diplomatique, au Gabon comme sur la scène africaine. La renaissance de ce lieu sous Brice Clotaire Oligui Nguema peut donc être lue comme une volonté de réveiller cet héritage et de lui donner une nouvelle utilité. La Cité de la Démocratie n’est plus seulement un monument de mémoire. Elle redevient progressivement un espace où l’on se parle pour éviter de se combattre.
C’est précisément cette culture que les responsables publics gagneraient à exporter jusque dans les quartiers, les communes et les provinces.
Okala, quand les populations deviennent force de proposition
L’exemple de Mays Mouissi est particulièrement révélateur. Son implication ne s’est pas limitée au dossier de Nzeng-Ayong. Dans les opérations d’aménagement de Libreville, il a également accompagné les discussions avec les populations de la Baie des Cochons, dont certaines emprises étaient nécessaires aux travaux routiers. Les familles concernées ont été indemnisées par l’État, permettant aux opérations de se poursuivre dans un cadre négocié.
À Essassa, les échanges avec les populations touchées par les opérations de régularisation foncière ont également contribué à installer une logique de proximité. Le principe est simple mais essentiel, expliquer, écouter, répondre et corriger lorsque les contraintes du terrain imposent de revoir une solution.
La séquence d’Okala est peut-être encore plus instructive. Le projet d’élargissement de la route entre l’ancien dispensaire d’Okala et Canal 7 avait suscité l’inquiétude de riverains confrontés au risque de voir leurs habitations affectées. La rencontre organisée le 2 septembre entre Mays Mouissi, son collègue des Travaux publics Edgard Moukoumbi et le collectif des habitants a permis de calmer les tensions et de rétablir le dialogue.
Mais l’évolution la plus intéressante est venue des populations elles-mêmes. Au lieu de se limiter à dénoncer le projet, elles ont formulé des propositions techniques visant à préserver davantage les habitations, notamment en envisageant une voie de contournement pouvant passer à proximité des mangroves avant de rejoindre les grands axes. Cette attitude est capitale. Elle transforme le citoyen de personne impactée en partenaire de la décision publique.
Voilà ce que peut produire une véritable culture du dialogue. L’État conserve son rôle d’arbitre et de décideur, mais la population apporte sa connaissance du territoire. Le conflit cesse alors d’être un face-à-face entre administration et administrés pour devenir un problème commun à résoudre.
Le Gabon devrait encourager cette pratique partout où elle est possible. Membres du gouvernement, directeurs généraux, maires, élus locaux, responsables d’établissements publics, chefs traditionnels, leaders communautaires et acteurs économiques disposent chacun d’une capacité d’influence qui peut servir à désamorcer des conflits avant qu’ils ne deviennent irréversibles.
Le président de la République ne peut évidemment pas être présent sur tous les fronts. Mais ceux qui incarnent l’État sur le terrain peuvent prolonger son message d’unité nationale par des actes. Une médiation réussie à Nzeng-Ayong produit une signature. Une réunion à Okala produit un apaisement. L’apaisement permet aux habitants de proposer des solutions. Et ces propositions peuvent à leur tour permettre de construire une paix plus durable.
La paix, une richesse que le Gabon peut partager
C’est probablement là que se trouve la portée la plus stratégique de cette dynamique. Le Gabon dispose d’une expérience historique du dialogue politique et diplomatique qui peut devenir une véritable ressource d’influence. Dans un continent encore traversé par des tensions foncières, sociales, communautaires et politiques, savoir réunir des adversaires autour d’une table est une compétence qui vaut autant qu’une infrastructure.
Le Gabon qui aspire à servir de modèle doit montrer l’exemple à tous les niveaux. Il ne suffit pas d’appeler à l’unité nationale. Il faut créer les mécanismes qui la rendent possible dans la vie quotidienne.
La paix peut devenir l’une des richesses immatérielles du pays. Elle peut même devenir une expertise que le Gabon partage avec d’autres États confrontés à leurs propres fractures. La reconstruction du Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba donne un écrin à cette ambition internationale. La médiation de proximité lui donne son contenu humain.
Il faut donc encourager Mays Mouissi à poursuivre dans cette voie, sans réduire son action à une communication personnelle. Son expérience montre qu’un responsable public peut utiliser son autorité non pour imposer le rapport de force, mais pour restaurer la confiance.
À Nzeng-Ayong, 32 années de conflit viennent de démontrer qu’il n’est jamais trop tard pour recommencer à se parler. À Okala, le dialogue a rouvert la possibilité d’un compromis. À la Baie des Cochons, la concertation et l’indemnisation ont permis d’accompagner la libération des emprises.
Le peuple regarde et retient ces signes. La véritable force d’un État ne réside pas seulement dans sa capacité à construire des routes, des bâtiments ou des infrastructures. Elle réside aussi dans sa capacité à empêcher que les désaccords ne deviennent des blessures nationales.
Le Gabon possède pour cela un héritage, un lieu symbolique et désormais quelques démonstrations concrètes. Il lui reste à transformer ces expériences en méthode. L’arbre à palabres est réveillé. Il serait dommage de le laisser dormir à nouveau.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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