Economie

Gabon : GOC, le dossier Addax devient un test de souveraineté

Libreville, Dimanche 27 Septembre 2026 (Infos Gabon) – La reprise des actifs d’Addax Petroleum devait symboliser une nouvelle étape dans la reconquête par le Gabon de sa souveraineté pétrolière. Deux ans après l’opération, elle fait émerger une question beaucoup plus sensible que celle du transfert de propriété.

Que deviennent les femmes et les hommes qui faisaient fonctionner les installations reprises par la compagnie nationale ? À Port-Gentil, d’anciens salariés d’Addax affirment attendre toujours leur intégration à la Gabon Oil Company. Derrière leur revendication se joue désormais la crédibilité d’un modèle de reprise industrielle fondé sur le contrôle national des ressources.

Une reprise qui n’a pas réglé tous les comptes

La reprise des actifs d’Addax Petroleum par la GOC, en 2023, s’inscrivait dans une volonté politique clairement assumée de renforcer la maîtrise gabonaise des ressources stratégiques. Après plusieurs années de différends avec l’opérateur chinois Sinopec, l’État a repris la main sur des périmètres pétroliers dont l’exploitation nécessitait pourtant bien davantage qu’un simple changement d’actionnaire ou d’opérateur.

Car un champ pétrolier ne se transmet pas uniquement avec des installations, des permis et des équipements. Il se transmet aussi avec des compétences, des procédures, une connaissance du sous-sol, des habitudes de production et une mémoire opérationnelle. C’est précisément sur ce terrain que le dossier des anciens salariés d’Addax prend une dimension particulière.

Selon le collectif concerné, plusieurs techniciens, ingénieurs et personnels de soutien n’auraient toujours pas obtenu de contrat formalisant leur intégration à la GOC. Des dossiers seraient restés sans réponse, tandis que certaines convocations n’auraient pas débouché sur une décision définitive. Le collectif demande notamment que les critères ayant présidé aux recrutements soient clarifiés.

Pour ces anciens employés, l’enjeu est évidemment social. Mais il est aussi industriel. Dans un bassin pétrolier comme celui de Port-Gentil, où les emplois hautement qualifiés demeurent directement liés à l’activité des hydrocarbures, une période prolongée d’incertitude peut rapidement devenir un problème de gouvernance.

Le capital humain, l’autre actif stratégique

La montée en puissance de la GOC constitue l’un des marqueurs de la politique de souveraineté engagée par les autorités gabonaises depuis la transition de 2023. La compagnie nationale est appelée à prendre davantage de responsabilités dans la chaîne pétrolière, de l’exploitation à la commercialisation, dans une économie encore fortement dépendante des revenus tirés des hydrocarbures.

Cette ambition impose toutefois une exigence rarement spectaculaire mais décisive. Savoir gérer les hommes aussi rigoureusement que les barils.

Les compétences accumulées par les équipes ayant travaillé sur les anciens actifs d’Addax représentent une ressource stratégique. Leur expérience des installations, des contraintes techniques, des procédures de sécurité et des réalités du terrain peut contribuer à sécuriser la continuité de la production. À l’inverse, une rupture prolongée avec cette expertise peut accroître la dépendance à l’égard de prestataires extérieurs et compliquer la constitution d’une véritable capacité opérationnelle nationale.

Le dossier pose donc une question plus large à la GOC. Une compagnie nationale peut-elle prétendre gagner en autonomie industrielle si elle ne parvient pas à organiser clairement la transmission des compétences issues des actifs qu’elle reprend ?

La réponse dépassera largement le cas individuel des anciens salariés d’Addax. Elle dessinera les contours du futur modèle de gestion de la compagnie.

La souveraineté se mesure aussi à la méthode

L’affaire intéresse également les acteurs internationaux encore présents dans le secteur pétrolier gabonais. La manière dont le Gabon traite les conséquences humaines et professionnelles d’une reprise d’actifs constitue un signal pour les opérateurs susceptibles, demain, de céder des participations ou de négocier de nouveaux partenariats avec l’État.

Une opération de souveraineté ne se juge donc pas uniquement à la capacité de reprendre le contrôle d’un champ. Elle se mesure aussi à la qualité de l’après-reprise, à la continuité de l’exploitation, à la transparence des décisions et à la capacité à préserver les compétences locales.

Le collectif réclame désormais un cadre formel de dialogue avec la direction de la GOC et, à défaut, une intervention du ministère du Pétrole. Sans clarification, le dossier pourrait évoluer vers un contentieux devant les juridictions du travail, avec des conséquences financières et réputationnelles pour la compagnie publique.

Pour la GOC, l’enjeu est désormais de sortir d’une logique d’attente. Une réponse officielle, transparente et fondée sur des critères clairement établis permettrait de distinguer ce qui relève des droits acquis, des besoins opérationnels et de la politique de recrutement.

Le véritable défi de la reprise d’Addax est là. La souveraineté pétrolière ne se résume pas à posséder les actifs. Elle consiste à maîtriser durablement leur exploitation, leurs compétences et leur gouvernance. Si la GOC veut devenir l’instrument industriel de cette ambition, le dossier des anciens salariés d’Addax pourrait bien être son premier grand test de crédibilité managériale.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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