Economie

Gabon : Okala, la modernisation négociée

Libreville, Mardi 3 Novembre 2026 (Infos Gabon) – En achevant le versement de près de 2,6 milliards de FCFA à 69 propriétaires touchés par le prolongement de la route de contournement de l’aéroport, le gouvernement clôt une étape financière majeure. Mais l’intérêt de cette opération tient aussi à la méthode adoptée. À Okala, le dialogue entre autorités et populations a contribué à faire évoluer la conduite du projet, rappelant qu’une transformation urbaine durable ne se décrète pas contre ceux qui vivent sur les territoires concernés.

Le 2 novembre, au gouvernorat de l’Estuaire, le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a remis les derniers chèques d’indemnisation aux propriétaires concernés par les travaux. Cette seconde séquence, après une première remise organisée le 29 octobre, porte à 69 le nombre de biens recensés et de propriétaires indemnisés. L’enveloppe globale atteint exactement 2 580 918 867 FCFA, soit près de 2,6 milliards. La compensation individuelle la plus élevée s’élève à 640,8 millions de FCFA. La cérémonie s’est déroulée en présence de la ministre de l’Éducation nationale, Jacqueline Ilogué Bignoumba, et de la gouverneure de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba.

À Okala, le dialogue comme méthode

Au-delà des montants, cette opération se distingue par le processus de concertation qui l’a accompagnée. Les habitants concernés se sont organisés en collectif pour défendre leurs intérêts et porter leurs préoccupations auprès des pouvoirs publics. Les échanges avec les autorités en charge du dossier se sont multipliés, aussi bien sur le terrain, à Okala, qu’au ministère du Logement. Les élus locaux et nationaux de la circonscription ont également été associés à cette démarche.

Cette concertation, conduite dans un climat de respect mutuel et d’écoute, n’a pas seulement porté sur les indemnisations. Les populations ont aussi proposé au gouvernement une expertise relative au projet d’élargissement de la voie de contournement. Cette contribution a été appréciée par les autorités, car elle a permis d’apporter un éclairage issu de la connaissance du terrain. Le collectif a également soumis une proposition complémentaire concernant l’ouverture d’autres voies dans le Grand Libreville.

Cette expérience montre qu’une population directement concernée par un aménagement peut être davantage qu’un interlocuteur auquel on présente une décision déjà prise. Elle peut devenir une partie prenante de la réflexion, apporter des solutions et contribuer à améliorer la conception même des projets. C’est cette dimension qui donne à l’expérience d’Okala une portée susceptible d’inspirer d’autres opérations urbaines.

Indemniser, reloger et préserver les parcours de vie

Le dispositif gouvernemental ne se limite pas aux compensations financières. En complément des chèques, les propriétaires concernés doivent recevoir des parcelles viabilisées assorties de titres fonciers, sur un site identifié à Malibé, où les travaux d’aménagement ont été engagés. L’objectif est de donner aux familles déplacées une nouvelle assise foncière et de sécuriser juridiquement leur installation.

Une autre mesure concerne les enfants scolarisés. Un mécanisme de réinscription gratuite dans les établissements situés à proximité de leurs nouveaux lieux d’habitation a été prévu afin que le déplacement des familles ne se traduise pas par une rupture de leur parcours scolaire. Cette disposition rappelle qu’une opération de libération d’emprise ne déplace pas uniquement des constructions. Elle affecte aussi des habitudes, des liens de voisinage, des activités économiques et des équilibres familiaux.

Construire la ville avec ses habitants

Le Grand Libreville a besoin de nouvelles voies, d’une meilleure circulation et d’infrastructures capables d’accompagner sa croissance. Le prolongement de la voie de contournement répond à cet impératif d’aménagement. Mais la modernisation urbaine ne peut être évaluée uniquement au nombre de kilomètres construits ou à la fluidité du trafic obtenue. Elle doit aussi se mesurer à la manière dont les populations sont traitées et à leur capacité à retrouver des conditions de vie dignes après leur déplacement.

L’expérience d’Okala offre ainsi un enseignement politique et urbain. L’État peut conduire de grands projets tout en reconnaissant aux citoyens concernés un rôle dans leur élaboration. L’indemnisation constitue une obligation essentielle, mais elle ne saurait remplacer l’écoute, la transparence et le suivi du relogement. La viabilisation effective des parcelles, l’accès aux services de base et la continuité des activités devront désormais confirmer les engagements annoncés.

Réaménager Libreville est une nécessité. Le faire avec ses habitants est une exigence de gouvernance. À Okala, le dialogue a montré qu’il pouvait devenir un instrument de l’action publique, et non un obstacle à son efficacité. C’est cette méthode, autant que les 2,58 milliards de FCFA mobilisés, qui mérite de retenir l’attention.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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