Politique

Manganèse : Le Gabon sollicite l’expertise industrielle de Shanghai

Libreville, Mercredi 4 Novembre 2026 (Infos Gabon) – Le partenariat entre Libreville et Pékin entre dans une phase où la question centrale n’est plus seulement celle des échanges commerciaux, mais celle de la valeur que le Gabon peut conserver sur son propre territoire. À Shanghai, le 3 novembre, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a placé cette ambition au cœur de ses discussions avec le maire de la métropole chinoise, Zhu Zhongming. Sa demande est explicite : obtenir un accompagnement technique chinois pour développer la transformation locale du manganèse.

Sa demande est explicite : obtenir un accompagnement technique chinois pour développer la transformation locale du manganèse. Derrière cette sollicitation se dessine un enjeu stratégique pour l’économie gabonaise, celui de ne plus limiter sa place dans les chaînes industrielles mondiales à l’extraction et à l’exportation de matières premières.

Shanghai, un interlocuteur industriel stratégique

Cette rencontre, organisée en marge de la visite d’État du chef de l’État gabonais en Chine, s’est tenue en présence de l’ambassadeur chinois au Gabon, Zhou Ping, et de responsables municipaux chargés notamment du commerce, des transports, de la culture et du tourisme. Les échanges ont également porté sur l’intelligence artificielle, l’agriculture, la pêche et l’écotourisme. Autant de domaines dans lesquels Libreville recherche des compétences, des technologies et des partenariats susceptibles d’élargir la coopération bilatérale.

Le choix de Shanghai donne une portée particulière à cette démarche. Centre économique et industriel majeur de la Chine, la métropole représente un environnement où le Gabon peut chercher des interlocuteurs capables de contribuer à la modernisation de ses capacités productives. La demande adressée à ses autorités ne constitue toutefois pas, à ce stade, l’annonce d’un investissement ou d’un projet industriel conclu. Elle ouvre plutôt une piste de coopération technique dont les contours, les partenaires et les modalités de financement restent à préciser.

Sortir de l’économie de l’exportation brute

Le manganèse concentre une partie essentielle de cette ambition. Ressource stratégique pour la sidérurgie et certaines technologies industrielles, il occupe une place importante dans les exportations gabonaises. Mais l’enjeu dépasse les volumes extraits. Transformer davantage ce minerai au Gabon permettrait, à terme, de capter une part supérieure de la valeur créée, de développer des compétences industrielles, de stimuler la sous-traitance locale et de diversifier les emplois.

Cette évolution suppose cependant bien davantage que l’installation d’équipements. Elle exige une énergie disponible et compétitive, des infrastructures adaptées, une main-d’œuvre qualifiée, des financements durables et des débouchés commerciaux. Elle nécessite aussi un transfert réel de technologies, afin que les compétences et la maîtrise des procédés ne restent pas exclusivement entre les mains des partenaires étrangers.

C’est ici que se mesure la portée de la démarche présidentielle. L’expertise chinoise peut contribuer à accélérer cette mutation, mais elle doit s’inscrire dans un partenariat équilibré, où les intérêts industriels du partenaire rencontrent les priorités économiques du Gabon. La transformation locale ne saurait se réduire à déplacer une étape de production. Elle doit renforcer durablement les capacités nationales.

Faire de la visibilité économique une opportunité

Les discussions ont également abordé la perspective d’une foire d’exposition consacrée au savoir-faire gabonais, sous les couleurs nationales. L’objectif est de présenter aux opérateurs chinois et internationaux les ressources naturelles, les produits et les possibilités d’investissement du pays. Une telle vitrine pourrait faciliter les contacts entre entreprises et donner davantage de visibilité aux secteurs encore peu présents dans les échanges bilatéraux.

En évoquant les 52 années de relations diplomatiques entre les deux pays, les responsables ont réaffirmé leur volonté de consolider une coopération mutuellement bénéfique. Oligui Nguema a également exprimé sa reconnaissance à Xi Jinping pour l’accueil réservé à la délégation gabonaise depuis son arrivée en Chine.

Mais l’ancienneté d’une relation diplomatique ne garantit pas, à elle seule, la qualité de ses retombées économiques. Le véritable indicateur sera la capacité à convertir les intentions en projets financés, en unités de transformation, en emplois qualifiés et en compétences transférées. Pour le Gabon, l’enjeu est désormais de négocier les conditions de cette montée en gamme industrielle. La richesse du sous-sol ne devient une puissance économique que lorsque le pays maîtrise davantage ce qu’il en fait.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon-Tchéquie : Bruxelles ouvre une nouvelle piste économique

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *