Gabon : Malibé 2, le relogement doit devenir un projet de vie
Libreville, Lundi 2 Novembre 2026 (Infos Gabon) – Le déplacement des populations d’Okala Centre, de Diba-Diba et de Lac Bleu ne peut être réduit à une opération de libération d’emprises routières. En aménageant un site de relogement de 15 hectares à Malibé 2, le gouvernement gabonais amorce une réponse qui mérite d’être soulignée. Mais cette initiative ne tiendra pleinement ses promesses que si elle dépasse la simple attribution de parcelles pour construire un véritable cadre de vie, doté des infrastructures et des services indispensables.
Le ministre des Travaux publics et de la Construction, Millot Lambert Mouvinde, s’est rendu samedi sur le site afin de constater le démarrage des travaux d’aménagement. Selon les indications communiquées, au moins 100 parcelles doivent y être préparées. La Société nationale immobilière (SNI) annonce également la réalisation d’équipements collectifs, l’amélioration de la voie d’accès et la construction de routes intérieures.
Un autre engagement mérite une attention particulière. Cette fois, les familles concernées doivent bénéficier de parcelles assorties de titres fonciers, en plus de l’indemnisation proposée à chacune. Cette combinaison constitue un effort important. Elle vise à donner aux personnes déplacées davantage de garanties sur leur nouvelle installation et à éviter que le relogement ne se traduise par une simple perte de leur ancrage résidentiel. Le titre foncier représente ici bien davantage qu’un document administratif. Il apporte une sécurité juridique et une perspective patrimoniale.
Ne pas déplacer les familles vers l’isolement
Les travaux s’inscrivent dans le vaste programme de réaménagement du Grand Libreville, qui comprend notamment l’élargissement de la route d’Okala et l’ouverture d’un nouvel axe reliant les deux tricolores de Jeanne-Ébori à la voie de contournement, en passant par l’université, Lac Bleu, Diba-Diba et Ondogho. Ces aménagements doivent améliorer la circulation et faciliter l’accès au futur hôpital en construction à Angondjé.
L’intérêt collectif de ces infrastructures est réel. Mais il ne doit pas faire oublier les habitants qui en supportent directement les conséquences. Les familles quittant Okala Centre, quartier intégré à la ville et à ses activités, ne doivent pas avoir le sentiment d’être repoussées vers une périphérie sans services ni perspectives.
C’est pourquoi le gouvernement gagnerait à aller plus loin. Au-delà du lotissement, Malibé 2 doit bénéficier d’une route d’accès durablement praticable, de réseaux d’eau et d’électricité fiables, d’une couverture de téléphonie mobile satisfaisante et, à terme, de la fibre optique. Il faudrait également inscrire dans la planification un complexe scolaire réunissant école primaire, collège et lycée. L’accès à l’éducation ne peut dépendre de longs déplacements quotidiens pour des familles déjà contraintes de reconstruire leur vie ailleurs.
Faire de Malibé 2 un quartier à part entière
La réussite du projet dépendra aussi de sa capacité à favoriser une activité économique de proximité. Commerces, services, transports et petits métiers doivent pouvoir s’y développer afin que les habitants disposent de possibilités de travail et de revenus sans devoir systématiquement rejoindre le centre de Libreville. Un site de relogement ne devient une communauté viable que lorsqu’il offre autre chose qu’un terrain à bâtir.
L’État semble ainsi vouloir inscrire cette opération dans une démarche plus structurée, en associant indemnisation, accès à la propriété et aménagement collectif. Cette orientation témoigne d’une volonté de prendre en compte les conséquences humaines des grands travaux. Elle doit maintenant se traduire par des réalisations vérifiables, un calendrier lisible et un dialogue constant avec les familles.
Moderniser Libreville, fluidifier ses axes et faciliter l’accès aux équipements hospitaliers répondent à un intérêt général. Mais le développement ne peut être considéré comme équilibré si ceux qui en rendent la réalisation possible sont ensuite laissés à l’écart de ses bénéfices. À Malibé 2, le gouvernement a l’occasion de démontrer qu’un déguerpissement peut aussi ouvrir la voie à une réinstallation digne, sécurisée et porteuse d’avenir. La véritable réussite ne sera pas le nombre de parcelles distribuées, mais la qualité de vie que leurs nouveaux occupants pourront effectivement y construire.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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