Gabon-Grand Libreville : 7,75 milliards FCFA pour concilier modernisation urbaine et justice sociale
Libreville, Vendredi 6 Novembre 2026 (Infos Gabon) – En mobilisant près de 7,75 milliards de FCFA pour indemniser les populations affectées par les projets routiers d’Okala, de Diba-Diba et du Lac Bleu, le Gouvernement gabonais entend accélérer la transformation du Grand Libreville sans dissocier développement des infrastructures et protection des droits des citoyens. Une opération qui place la question foncière et l’équité sociale au cœur de la modernisation urbaine.
La transformation d’une capitale ne se mesure pas uniquement à la qualité de ses routes, à la fluidité de ses axes de circulation ou à l’étendue de ses infrastructures. Elle se juge également à la capacité des pouvoirs publics à protéger les populations dont les conditions de vie sont directement affectées par les grands projets d’aménagement. C’est précisément à cette exigence que le Gouvernement gabonais entend répondre à travers les opérations d’indemnisation engagées à Okala, Diba-Diba et au Lac Bleu, dans le cadre du programme de modernisation du réseau routier du Grand Libreville.
Au total, 7 748 821 147 FCFA ont été mobilisés pour compenser les préjudices subis par les personnes concernées. Au-delà de cet effort financier, les autorités ont prévu l’attribution de parcelles assorties de titres fonciers, une disposition destinée à offrir aux bénéficiaires une nouvelle assise patrimoniale et à limiter les risques de précarisation liés aux opérations de libération des emprises publiques.
Près de 7,75 milliards FCFA : trois territoires, un même impératif de compensation
La répartition des enveloppes traduit l’ampleur des opérations engagées. À Okala, le prolongement de la route de contournement de l’aéroport a nécessité 2 580 918 867 FCFA pour indemniser 69 propriétaires. Les paiements, organisés en deux phases les 29 octobre et 2 novembre 2026, ont permis de finaliser les compensations financières recensées, sous réserve de trois bénéficiaires qui ne se sont pas encore présentés pour retirer leurs chèques. L’indemnisation individuelle la plus élevée atteint 640,8 millions de FCFA.
À Diba-Diba, 1 811 532 280 FCFA sont consacrés à l’accompagnement de 139 familles affectées par les travaux de la voie principale et de ses aménagements complémentaires. Une première étape de remise des chèques s’est tenue le 4 novembre, sous la présidence du ministre du Logement, Mays Mouissi, en présence de la gouverneure de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba.
Le Lac Bleu concentre, quant à lui, l’enveloppe la plus importante, avec 3 356 370 000 FCFA destinés aux personnes concernées par l’aménagement de la voie principale et de sa desserte. Les premières indemnisations ont été engagées, tandis que le traitement des autres dossiers se poursuit.
Cette mobilisation financière s’inscrit dans un dispositif interministériel dont la répartition des responsabilités est déterminante : le ministère des Travaux publics assure le pilotage des infrastructures routières, tandis que le ministère du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre prend en charge les questions d’indemnisation, d’accompagnement social, de relogement et de sécurisation foncière.
Au-delà des chèques, la question centrale du patrimoine foncier
Le véritable enjeu de cette opération ne réside cependant pas uniquement dans les montants débloqués. Il tient aussi à la volonté affichée de ne pas réduire la compensation à un simple transfert financier. Chaque bénéficiaire éligible doit également recevoir une parcelle accompagnée d’un titre foncier. Des sites ont été identifiés ou sont en cours d’aménagement à Malibé, au 1er Campement et dans la commune de Ntoum, tandis que des solutions de recasement sont également prévues à Akanda.
Cette dimension est essentielle. Dans un contexte où la sécurisation de la propriété foncière demeure un enjeu majeur pour les ménages, l’attribution de terrains juridiquement reconnus peut constituer un instrument de reconstruction patrimoniale et de protection à long terme. Le dispositif prévoit également un accompagnement logistique gratuit pour le déménagement des familles concernées.
C’est dans cette perspective que Mays Mouissi a présidé, le 5 novembre, à l’immeuble interministériel, une réunion de suivi réunissant les autorités administratives locales, les responsables de l’Agence nationale de l’urbanisme, des travaux topographiques et du cadastre (ANUTTC), ainsi que les représentants des collectifs de riverains.
Les échanges ont notamment porté sur les paiements restant à effectuer, les éventuelles omissions dans les recensements, la situation des habitations proches des bassins versants, la continuité de la scolarité des enfants et les modalités techniques de retrait puis de réinstallation des compteurs de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Au total, 178 familles sont répertoriées dans le périmètre global des opérations faisant l’objet de ce suivi social.
Le ministre a par ailleurs rappelé une distinction juridique fondamentale : l’accompagnement social des occupants ne disposant pas de titres de propriété ne relève pas du même régime que le dédommagement légal des propriétaires titulaires de droits reconnus. Une clarification indispensable pour encadrer les attentes, garantir la transparence des procédures et prévenir les contestations.
La crédibilité de la transformation urbaine se jouera dans son exécution
Derrière ces opérations se dessine une question plus large : comment construire une ville moderne sans transformer les populations les plus vulnérables en premières victimes de son développement ? Pour le Gabon, l’enjeu dépasse les trois secteurs concernés. Il touche à la gouvernance foncière, à la confiance entre l’administration et les citoyens, mais aussi à la capacité de l’État à conduire des projets structurants dans le respect des droits individuels.
Sous l’impulsion du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, le Gouvernement inscrit ces aménagements dans une ambition de transformation du cadre de vie et de modernisation du Grand Libreville. Mais cette ambition ne pourra être pleinement crédible que si les engagements financiers se traduisent effectivement par des paiements achevés, des parcelles viabilisées, des titres fonciers délivrés et un accompagnement social vérifiable.
Les 7,75 milliards de FCFA mobilisés constituent ainsi un signal politique et budgétaire important. Ils ne représentent toutefois pas une fin en soi. La véritable mesure de cette politique sera la situation des familles après leur déplacement, leur capacité à reconstruire leur quotidien et la sécurité juridique des nouveaux biens qui leur seront attribués.
Une capitale ne devient pas moderne au prix de la fragilisation de ses habitants. La réussite de la transformation du Grand Libreville se jouera donc autant dans la qualité de ses infrastructures que dans la justice avec laquelle l’État conduit leur réalisation. C’est à cette condition que le développement urbain cessera d’être une promesse de modernisation pour devenir un progrès réellement partagé.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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