Affaire Mbanié : la Cour constitutionnelle veut une presse rigoureuse, mais pas une information à sens unique
Libreville, Jeudi 06 Août 2026 (Infos Gabon) – Dans le dossier frontalier qui oppose le Gabon à la Guinée équatoriale, la bataille se joue désormais aussi sur le terrain de l’information.
En réunissant les responsables des principaux médias publics et pro-gouvernementaux, la Cour constitutionnelle a voulu rappeler une évidence souvent malmenée dans les périodes de forte tension diplomatique. Sur un sujet qui touche à la souveraineté, à l’intégrité territoriale et à la crédibilité internationale de l’État, l’approximation journalistique peut avoir des conséquences qui dépassent largement le cadre d’un simple débat médiatique. Mais cette pédagogie institutionnelle, aussi légitime soit-elle, pose une autre exigence. Si tous les médias doivent contribuer à une information responsable, les médias privés ne sauraient être les grands oubliés de cette démarche.
Une clarification nécessaire sur un accord sensible
Le président de la Cour constitutionnelle, Dieudonné Aba’a Owono, a auditionné en séance plénière les responsables de L’Union, de l’Agence gabonaise de presse, de Gabon 1ère et de Gabon 24, en présence de représentants de la Haute Autorité de la Communication (HAC). L’objectif affiché était de revenir sur la manière dont ces médias couvrent le différend frontalier avec la Guinée équatoriale.
Au cœur des échanges figure l’Accord d’engagement conjoint signé le 28 juillet 2026 à Addis-Abeba sous l’égide de l’Union africaine (UA), après l’arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de Justice (CIJ). Une précision est particulièrement importante. Cet accord ne constitue pas, à lui seul, l’exécution immédiate de la décision de la juridiction internationale. Il établit un cadre de concertation permettant aux deux États de définir les modalités de sa mise en œuvre dans un esprit de dialogue et de coopération.
Cette nuance est essentielle. Dans une affaire où chaque déclaration peut être interprétée comme une victoire, une concession ou un renoncement, la précision des termes devient une exigence stratégique. Une information mal formulée peut nourrir des attentes irréalistes, exacerber les susceptibilités nationales ou brouiller la compréhension d’un processus diplomatique encore en cours.
La Cour, dont le président est le représentant du Gabon dans ce dossier, a donc insisté sur le recoupement des informations, la vérification des faits et la nécessité de privilégier les sources fiables. La HAC a, de son côté, rappelé que la liberté d’informer demeure indissociable des règles professionnelles et de la responsabilité journalistique.
La pédagogie institutionnelle mérite d’être saluée
Il serait pourtant réducteur de considérer cette rencontre uniquement comme un rappel à l’ordre adressé à la presse publique. Elle peut aussi être lue comme une démarche de pédagogie institutionnelle particulièrement utile. Sur un dossier aussi technique que celui de la frontière Gabon–Guinée équatoriale, les médias ont besoin d’un accès régulier à des informations précises pour expliquer au public les étapes d’une procédure internationale dont les enjeux dépassent largement les considérations politiques immédiates.
La disponibilité annoncée du président de la Cour constitutionnelle pour apporter, au fil des négociations, les éclairages nécessaires va dans ce sens. Elle peut contribuer à réduire les zones d’ombre, à combattre les interprétations approximatives et à permettre aux journalistes de distinguer clairement les faits établis, les positions officielles et les éléments encore en discussion.
Mais une pédagogie efficace ne devrait pas s’arrêter aux rédactions publiques. Le caractère national de l’enjeu commande une approche plus large.
Ne pas laisser les médias privés à l’écart
Le rappel adressé aux médias publics prend tout son sens s’il s’inscrit dans une démarche qui englobe l’ensemble de l’écosystème médiatique gabonais. Les médias privés participent eux aussi au débat public, à la formation de l’opinion et, plus largement, au développement du pays. Leur rôle devient même particulièrement important lorsque la population cherche à comprendre une question aussi sensible que le différend frontalier.
Il serait donc cohérent que les mêmes possibilités d’accès à l’information, d’éclairage institutionnel et de dialogue soient offertes aux rédactions privées. La rigueur ne peut être une exigence réservée à une catégorie de médias. Elle doit constituer une règle commune, tout comme le droit du public à une information pluraliste et vérifiée.
La question n’est finalement pas de savoir quelle presse doit parler, mais dans quelles conditions elle doit le faire. Sur l’affaire Mbanié, l’intérêt supérieur du Gabon exige certes de la responsabilité, mais cette responsabilité gagne à être accompagnée de transparence, de pluralisme et d’un accès équitable aux informations disponibles.
L’Union africaine a également une responsabilité dans cette bataille contre la confusion. En tant qu’organisation continentale ayant accompagné la conclusion de l’Accord d’engagement conjoint d’Addis-Abeba, elle gagnerait à maintenir une communication régulière, pédagogique et suffisamment précise sur les différentes étapes du processus. Dans un dossier où chaque mot peut être interprété comme une avancée, un recul ou une remise en cause des positions nationales, une information officielle qui circule avec suffisamment de fluidité constitue un instrument de prévention des tensions.
Il ne s’agit pas pour l’Union africaine de se substituer aux États dans leurs négociations, mais de contribuer à ce que l’opinion publique comprenne exactement ce qui a été décidé, ce qui reste à négocier et ce qui relève encore du processus diplomatique. Sur une question aussi inflammable, le déficit d’information peut rapidement devenir un facteur de tension. La clarté, à l’inverse, peut contribuer à préserver le dialogue.
La Cour constitutionnelle du Gabon a ouvert une porte utile en rappelant que le traitement médiatique de ce dossier ne peut être banal. Il reste désormais à élargir cette démarche. Car dans une démocratie, protéger les intérêts supérieurs de la Nation ne signifie pas réduire l’espace de l’information. Cela signifie donner à tous les journalistes les moyens de mieux informer, afin que l’opinion puisse suivre, comprendre et juger les évolutions d’un dossier qui engage durablement le Gabon.
La responsabilité de l’information ne peut donc pas reposer uniquement sur les rédactions gabonaises. Elle doit être partagée par toutes les institutions engagées dans ce processus, au premier rang desquelles l’Union africaine.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon – Guinée équatoriale : Mbanié, le bras de fer diplomatique qui ravive la bataille des récits

















