Cameroun : L’heure des grandes manoeuvres
Libreville, Mardi 8 Juillet 2025 (Infos Gabon) – Plus que trois mois nous séparent des élections présidentielles au Cameroun. Sur le terrain, c’est loin d’être un fleuve tranquille. Pouvoir comme opposition s’épient mutuellement. Le décor est un mélange de démissions au sein du gouvernement (déjà deux démissions de ministres enregistrées) qui se mêlent aux concertations chez les opposants. Dans les arcanes du Palais d’Etoudi, c’est l’heure des grandes manœuvres de coulisses.
Le président Paul Biya, 92 ans en 2025, reste officiellement silencieux sur sa candidature, mais tout dans le discours de son porte-parole le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, et dans les actes du parti RDPC laisse penser à une manœuvre d’attente délibérée, une stratégie classique d’usure et de contrôle du tempo politique.
Selon toute vraisemblance, cette posture dilatoire viserait d’éviter les luttes de succession ouvertes trop tôt dans le parti. Une approche choisie pour conserver la loyauté des différents clans internes jusqu’au dernier moment. Sur un autre plan, l’on chercherait également à maintenir l’opinion publique et les partenaires étrangers dans une zone d’incertitude maîtrisée, propre au régime Biya.
Entre suspens, mythe du “candidat naturel” ou blocage institutionnel ?
Les cadres du RDPC continuent d’agiter le concept de candidat naturel pour désigner Paul Biya, ce qui peut être lu comme un acte de fidélité forcée autant qu’un aveu de vide de leadership alternatif.
Face à ce climat de supputations généralisé, deux hypothèses sont abondamment évoquées dans les différents cercles. Il s’agit de la possible candidature de Paul Biya ici scénarisée comme une “volonté de servir encore”, justifiée par la stabilité et l’expérience, malgré son âge avancé.
D’autres ne tarissent pas en conjectures allant jusqu’à parler d’un successeur désigné. Dans ce cas, une telle possibilité ne serait que le choix personnel et tardif du président Biya lui-même, dans un contexte de négociations internes, notamment autour de figures comme Ferdinand Ngoh Ngoh, l’inamovible secrétaire général de la présidence de la République, souvent cité.
Les grandes manœuvres au sommet
En ce moment au Cameroun, le sujet de la succession de Biya ou sa continuité est sur toutes les lèvres. Personne dans son entourage ne veut se risquer à franchir le Rubicon. En dépit de la valse de concertations qui s’enchainent à la présidence, les cadres du RDPC bottent toutes les interrogations en touche.
Ce ne sont pas les multiples assauts des médias qui feraient reculer René Emmanuel Sadi, porte-parole et ministre de la communication, qui reste droit dans ses bottes. « Soit le président Paul Biya va se déclarer candidat, soit il va faire une surprise à ses militants ». Un véritable flou artistique.
Ajoutant : « Ça peut être une surprise dans un sens comme dans l’autre », a précisé le ministre, qui garde encore le suspens à ce sujet, laissant l’honneur au chef de l’Etat lui-même, à 92 ans, de se prononcer. Les réunions entre parlementaires, ministres et le puissant secrétaire général de la Présidence en disent long sur les prémisses d’une reconfiguration interne ou une mobilisation pré-électorale. C’est selon.
Tous les scénarii sont envisageables parmi lesquels trois sortent du lot. Les uns estiment que l’intense activité actuellement observée serait le prélude d’une préparation logistique de la campagne pour voir le président Biya rempiler. Pour d’aucuns, ce n’est qu’une phase de test de loyautés pour identifier les clans et jauger les forces et faiblesses des alliances internes.
La maison vacillerait-elle ?
D’autres encore pensent qu’il s’agit d’un moment charnière qui s’apparenterait à une préparation d’un transfert doux de pouvoir, où le président choisirait son héritier au dernier moment, en “patriarche éclairé”.
A tout le moins le mercure du baromètre politique est loin d’afficher une température apaisante. Le contexte parait anxiogène, les démissions de certains ministres, notamment du septentrion (nord du pays), et les rumeurs persistantes alimentent un climat de flottement et de méfiance généralisée.
Autant d’ingrédients qui s’accumulent et qui révèlent les signaux d’une fracture régionale ou ethno-politique dans le système de pouvoir. Si ce n’est pas un ras-le-bol latent dans certaines élites fatiguées d’un système verrouillé, l’on parlerait alors d’une perte de contrôle du récit officiel, car la rue et les réseaux sociaux imposent une autre temporalité politique.
incertitude voulue, mais instabilité croissante
Le Cameroun est pris dans une dynamique d’ambiguïté maîtrisée par le sommet, mais celle-ci devient de plus en plus fragile. Le système Biya fonctionne encore sur le mode du suspens présidentiel, mais les signaux faibles (démissions, rumeurs, tensions) montrent que la société politique est en ébullition.
L’avenir proche pourrait se jouer sur un basculement : soit Biya se représente, et le système survit par inertie quelques années de plus. Soit il choisit un successeur, et une nouvelle ère de recompositions internes et de tensions s’ouvre. Soit un événement imprévu, de nature insoupçonnée, viendrait à perturber ce scénario millimétré. Dans le doute, la peur serait au ventre. De quoi serrer les ceintures.
Mais aux dernières nouvelles, sa formation politique le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC, au pouvoir) a confirmé que le Chef de l’Etat est le candidat naturel. « Paul Biya est le candidat du parti, et de manière absolue », a annoncé Jacques Fame Ndongo, secrétaire à la communication du RDPC. Celui qui est également ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur rassure que le Président l’annoncera bientôt.
FIN/INFOSGABON/FW/2025
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