Dassault Aviation change de dimension
Libreville, Dimanche 02 Août 2026 (Infos Gabon) – Les chiffres du premier semestre 2026 racontent une histoire qui dépasse largement la seule performance financière de Dassault Aviation. Dans un environnement militaire et géopolitique marqué par la guerre en Ukraine et la crise dans le Golfe, le groupe français affiche une progression spectaculaire de son activité, portée par l’accélération des livraisons de Rafale, la vigueur retrouvée de la gamme Falcon et un carnet de commandes qui reste à un niveau exceptionnel.
Derrière les résultats publiés le 22 juillet se dessine surtout une réalité industrielle. Dassault Aviation s’installe au cœur d’un nouvel âge de la défense européenne et des recompositions stratégiques qui traversent le marché mondial de l’aéronautique.
Éric Trappier, Président-directeur général de Dassault Aviation, a tenu une conférence de presse à l’occasion de l’annonce des résultats semestriels 2026.
Le chiffre d’affaires consolidé ajusté atteint 4,157 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année, contre 2,847 milliards un an plus tôt, soit une progression de 46 %. Le résultat opérationnel ajusté grimpe de 180 à 330 millions d’euros, tandis que le résultat net ajusté atteint 496 millions d’euros, contre 386 millions au premier semestre 2025. La trésorerie disponible progresse elle aussi, à 10,099 milliards d’euros au 30 juin, contre 9,415 milliards fin 2025.
Le Rafale, moteur d’une puissance industrielle
Le premier semestre confirme la place centrale du Rafale dans cette dynamique. Douze appareils ont été livrés, dont dix à l’export et deux à la France, contre sept appareils livrés sur la même période en 2025. Le chiffre d’affaires Défense atteint ainsi 2,944 milliards d’euros, contre 1,751 milliard un an auparavant. La composante export représente à elle seule 2,102 milliards d’euros.
Mais l’indicateur le plus révélateur reste le carnet de commandes. Il s’établit à 45,359 milliards d’euros au 30 juin 2026, représentant 291 avions, dont 208 Rafale et 83 Falcon. La Défense concentre 39,930 milliards d’euros de ce portefeuille, dont 32,456 milliards à l’export. Le carnet Rafale export comprend encore 165 appareils, auxquels s’ajoutent 43 Rafale destinés à la France.
Cette visibilité industrielle donne au groupe une position particulièrement solide au moment où les dépenses militaires augmentent et où la France actualise sa Loi de Programmation Militaire. Elle explique également pourquoi certaines décisions internationales revêtent une importance considérable pour Dassault Aviation.
L’Inde occupe notamment une place stratégique. Le Defence Acquisition Council a décidé d’entrer en négociation de gré à gré en vue de l’acquisition de 114 Rafale. Dassault Aviation présente ce dossier, associé à l’accélération du « Make in India », comme son objectif stratégique majeur. La perspective d’un tel contrat pourrait donc prolonger considérablement la dynamique actuelle du Rafale et renforcer l’ancrage industriel français sur l’un des marchés de défense les plus importants du monde.
Falcon, innovation et nouvelle équation stratégique
La performance du groupe ne repose toutefois pas exclusivement sur la défense. Le Falcon connaît lui aussi une inflexion significative. Vingt-trois commandes ont été enregistrées au premier semestre, contre huit un an plus tôt, pour un montant de prises de commandes de 1,854 milliard d’euros, contre 903 millions en 2025. Treize Falcon ont par ailleurs été livrés, contre douze sur la même période l’an dernier. Le carnet de commandes Falcon atteint désormais 5,429 milliards d’euros, correspondant notamment à 83 appareils.
L’autre signal fort vient du Falcon 10X. Son premier vol, réalisé le 19 juin 2026, a marqué le lancement de la campagne d’essais en vol. Le calendrier du programme a cependant été recalé et son entrée en service est désormais prévue en 2029. Le programme figure parmi les principaux postes de recherche et développement du groupe, dont les dépenses autofinancées atteignent 131 millions d’euros au premier semestre.
Sur le front militaire, une rupture importante est également intervenue avec la décision des dirigeants français et allemand d’arrêter le programme SCAF/NGF. Des discussions sont désormais engagées avec l’État français autour d’une alternative, qu’elle soit franco-française ou menée en coopération, pour développer un démonstrateur d’un futur avion de combat. Ce changement pourrait ouvrir une nouvelle séquence industrielle et technologique pour Dassault Aviation.
À cette recomposition s’ajoute la feuille de route conclue le 13 juillet entre la France et l’Ukraine, prévoyant l’acquisition par Kiev de 16 Rafale. Le même jour, Dassault Aviation et Harmattan AI ont annoncé la réalisation en vol d’un engagement collaboratif simulé entre un Rafale et un drone équipé de la charge utile de guerre électronique « NAMIB ».
Une puissance financière au service d’un nouveau cycle
Le paradoxe de ce semestre est que les prises de commandes consolidées reculent fortement, à 2,878 milliards d’euros contre 8,075 milliards un an auparavant. Mais cette comparaison doit être lue avec prudence. Le premier semestre 2025 avait notamment bénéficié de la commande indienne de 26 Rafale Marine. En 2026, le ralentissement des commandes Défense est en partie compensé par le redressement du Falcon. Les prises de commandes de ce dernier ont plus que doublé en valeur sur un an.
Le groupe conserve surtout une capacité financière considérable. Sa trésorerie disponible dépasse désormais les 10 milliards d’euros, en grande partie grâce aux acomptes reçus sur les commandes de Rafale export. Les acomptes nets reçus sur commandes atteignent 14,866 milliards d’euros, tandis que les stocks et en-cours s’élèvent à 8,207 milliards.
Dassault Aviation maintient par ailleurs sa guidance pour 2026, avec un chiffre d’affaires attendu en hausse par rapport à 2025, autour de 8,5 milliards d’euros, correspondant notamment à la livraison de 40 Falcon et 28 Rafale.
Le message envoyé par ces résultats est finalement plus stratégique que comptable. Dans un monde où la sécurité, la souveraineté technologique et la maîtrise des chaînes industrielles reprennent une place centrale, la capacité à concevoir, produire et financer des systèmes aéronautiques de haute technologie devient un attribut de puissance.
Dassault Aviation aborde ce nouveau cycle avec des commandes importantes, une trésorerie solide, un Rafale toujours recherché, un Falcon qui retrouve de l’élan et plusieurs programmes appelés à redéfinir son avenir technologique. Le véritable enjeu n’est donc plus seulement de savoir si le groupe connaît une bonne année. Il est de mesurer jusqu’où cette nouvelle configuration géopolitique peut transformer durablement son rôle dans l’industrie mondiale de défense et de l’aéronautique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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