Eramet consolide son emprise économique au Gabon
Libreville, Lundi 25 Mai 2026 (Infos Gabon) – Dans un contexte international marqué par la compétition mondiale pour les minerais stratégiques, le Gabon confirme son rôle central dans la stratégie africaine du groupe minier français Eramet.
En 2025, les activités de Comilog et de Setrag ont généré près de 560 milliards de FCFA de retombées économiques pour le pays, contre 494 milliards un an plus tôt. Derrière cette progression se dessine une réalité plus large. Le manganèse gabonais devient l’un des piliers silencieux des nouvelles chaînes industrielles mondiales, au moment où la transition énergétique et les besoins technologiques redessinent les équilibres économiques internationaux.
Cette montée en puissance des investissements d’Eramet intervient également à un moment stratégique pour Libreville. Le Gabon cherche désormais à transformer sa richesse minière en véritable levier de souveraineté économique et de développement territorial. Longtemps perçu comme un simple pays extractif, l’État gabonais tente progressivement d’imposer une logique différente fondée sur l’industrialisation locale, la création d’emplois nationaux et le renforcement des infrastructures sociales.
Le manganèse gabonais au cœur des équilibres industriels mondiaux
Premier ancrage africain du groupe Eramet, le Gabon occupe une place essentielle dans l’approvisionnement mondial en manganèse, minerai indispensable à l’industrie sidérurgique et de plus en plus stratégique pour les technologies liées à la transition énergétique.
À travers Comilog et la Setrag, le groupe français a injecté environ 315 milliards de FCFA dans l’économie locale via les achats nationaux et la sous-traitance. À cela s’ajoutent près de 136 milliards de FCFA versés à l’État gabonais sous forme d’impôts et de taxes.
Ces chiffres illustrent le poids considérable du secteur minier dans les équilibres budgétaires du pays. Ils montrent également la dépendance croissante des grandes industries mondiales envers les ressources naturelles africaines.
Dans un environnement marqué par la volatilité des marchés internationaux et les tensions sur les matières premières critiques, le manganèse gabonais apparaît désormais comme un actif stratégique de premier ordre. Les grandes puissances industrielles cherchent à sécuriser leurs approvisionnements tandis que les États africains tentent, eux, de mieux valoriser leurs ressources.
Le Gabon semble vouloir tirer parti de cette nouvelle donne mondiale. Les autorités affichent une ambition claire. Renforcer les retombées locales de l’exploitation minière tout en consolidant la présence industrielle du pays dans les chaînes de valeur internationales.
Une influence économique qui dépasse l’exploitation minière
Au-delà des chiffres de production, Eramet représente aujourd’hui un acteur structurant de plusieurs bassins de vie dans le Haut-Ogooué. Le groupe soutient près de 11 000 emplois directs et indirects, avec une masse salariale dépassant les 103 milliards de FCFA.
Mais c’est surtout sur le terrain social et territorial que l’entreprise cherche désormais à renforcer sa présence. En 2025, près de 5 milliards de FCFA ont été consacrés à des projets communautaires dans les communes de Moanda, Mounana et Bakoumba.
Ces investissements concernent aussi bien les infrastructures routières, l’éclairage public, l’accès à l’eau que l’éducation ou la santé. Parmi les projets les plus emblématiques figure la construction d’un lycée d’excellence destiné à renforcer l’offre éducative locale.
L’hôpital départemental de Moanda illustre également cette stratégie d’ancrage territorial. L’établissement a accueilli plus de 6 500 patients au cours de l’année, participant au renforcement de l’offre sanitaire dans une région fortement dépendante des activités minières.
En parallèle, Comilog poursuit le financement de projets entrepreneuriaux locaux. Vingt-sept initiatives économiques ont été soutenues dans le cadre du fonds d’amorçage du groupe, bénéficiant à environ 130 entrepreneurs.
Cette politique vise à préparer progressivement l’après-mine en stimulant un tissu économique local plus diversifié et plus autonome.
Le défi de la souveraineté économique gabonaise
Derrière ces performances économiques se pose néanmoins une question centrale pour l’avenir du Gabon. Comment transformer durablement la rente minière en puissance économique nationale.
Car malgré l’importance des investissements réalisés, le débat sur la transformation locale des ressources reste entier. Une grande partie de la valeur ajoutée continue d’être captée hors du continent, tandis que les économies africaines demeurent largement dépendantes des exportations de matières premières brutes.
Le Gabon tente précisément de rompre avec ce modèle historique. Les autorités multiplient les discours en faveur de l’industrialisation, de la montée en compétence des nationaux et du développement des chaînes de transformation locale.
Dans cette stratégie, Eramet apparaît à la fois comme un partenaire incontournable et comme un symbole des nouveaux rapports économiques entre l’Afrique et les grands groupes internationaux.
L’enjeu dépasse désormais la seule extraction du manganèse. Il concerne la capacité du Gabon à convertir ses ressources minières en infrastructures durables, en emplois qualifiés et en souveraineté économique réelle.
Dans un monde engagé dans une nouvelle bataille mondiale pour les minerais critiques, le sous-sol gabonais devient plus stratégique que jamais. Reste désormais à savoir si cette richesse permettra au pays de peser davantage dans les équilibres économiques du XXIe siècle, ou si elle continuera principalement d’alimenter la puissance industrielle des autres.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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